ACTE V, SCÈNE VIII. ' , a^S
menter. par une incertitude qui aigrit encore da^ vantage mon cœur.
ALMAGRO
Serez- VOUS discrète? garderez- vous le secret? aurez-vous assez de constance pour une entreprise audacieuse ?
SÉMIRA.
N'en doutez pas , seigneur ; plutôt mille morts ^ que de trahir celui qui se fie en mon secours.
ALMAGBO.
Dites-le-moi franchement ,; le vil Pizarre n'a-t-il pas feint d'être un amant passionne^ afin de vous se'duire? n'a-t-il point souhaite votre main pour appuyer des droits qui manquaient encore à son ambition ?
SÉMIRA.
Vous me faites rougir de honte, Almagro. Oui, ce n'est pas un secret ; il a voulu gagner mon cœur ; et quand il a vu que, ferme en mon amour, je repoussais les feintes expressions d'une âme esclave de la guerre et de l'ambition , laissant la liberté' aux furies qui dominent dans son sein , il n'a respiré que la veur geance, contre ceux qui ne donnèrent jamais motifs à ses fureurs. Plein d'orgueil et de dureté, il a marché vers le champ de bataille, en disant que le trône du grand Âtabalipa lui appartenait par droit de conquête. Vous qui êtes son égal , que les soldats respectent, allez éteindre l'incendie; sauvez^ moi des horreurs d'une guerre atroce. Pour récompense d'un tel service, quand vous retour-
Theâti e Portugais, I ^
arf LA CONQUÊTE DU PÉÀOU,
neree dans votre patrie, je votis oflrii^ai une immense quantité de ce me'tal brillant. VoUs pourrez emporter de riches prësens pour le souverain de l'Espagne, et votre nom sera toujours che'ri parmi nous.
ALMÀGRO.
Ce n'est pas moi , c'est vous qui devez consommer l'œuvre hardie , en délivrant la terre d'un assassin •qui veut vous enlevet» vos parens , votre patrie , la liberté, votre époux.
SÉMIBA.
Moi ! et dé quelle manière ? Une terreur glaciale se répand dans mon 4me«
ALMAGBO.
Il n'y a pas à balancer* Sachez, madame, que le ciel même a choisi votre bras pour la vengeance de tant de crimes. ( // tire un poignard qu'il lui présente. ) Voici , Sémira , le présent que le Dieu de la haute justice me charge de voUs remettre ; vous serez heureuse si vous accomplissez sa loi a-^ec fermeté.
SÉMIRA.
tJn fer pénétrant I... Ah ! Dieu ! je tretnble !.è. Qu'exîges-t» de moi ? tu veux mon sang ? je le répandrai avec joie ^ s'il peut apaiser aujourd'hui ta colère en sauvant la patrie !
ALMAGBO.
Ce çi'est pas le sang innocent que réclame aujourd'hui la céleste justice , c'est celui qui anime le cœur le plus infâme et le plus pervers. Adore, Sémira ^ les ordres de mon Dieu , qui souvent s'est