‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 133 sur 292 · ACTE V , SCÈPE VHI. sis · texte numérisé non relu

ACTE V , SCÈPE VHI. sis

servi du faible bras d'une jTemn^ pour renverser las tyrans. Voici la loi qu'un mortel ft'a point droit de ne pas accomplir. Feins d'être l'amante de ton oppresseur, pj:odigue-lui les doux encouragemeas , trompe avec adresse sa passion effrénée; et dans le moment le plus opportun pour conquérir la liberté , venge ton juste amour d'une injuste offense ; dirigeant le coup d'une main ferme, perce le cœur du parjure; accomplis les ordres du ciel, et n'hésite point.

SÉMIRA

Le ciel peut-il ordonner un crime horrible ? l'assassinat peut-il être agréable à ton Dieu ? Si cela est ainsi , je déteste les cultes étrangers; je veux suivre la loi pure et sacrée que dicta le soleil à nos premiers pères : être bienfaisant, ne pas souiller du sang de ses semblables une indigne main ; prêter, avec compassion, du secours au malheureux indigent, à l'infortuné; ne point blesser autrui, donner à la vertu la préférence sur la naissance ,' voilà la loi immortelle qu'un Dieu juste a gravée dans nos cœurs.

ALMAGRO

Nous ne devons pas nous arroger le droit de pénétrer les grands secrets de la Providence i elle gouverne les hommes par des voies ignorées. Se soumettre aux décrets du ciel, est tout ce que doit pratiquer un mortel , en abandonnant les idées que Téd^cation a inculquées dans son cœur à un. âge encor^ tendre.'

SÉMIRA,

Ce n'est pas l'éducation, c'est le sentiment de mon

propre cœur qui conserve toujours de l'horreur poiHle crime, et sent un doux penchant pour la vertu. Ton Dieu exige la trahison , le sang des hommes et la mort. Les passions qui avilissent les hommes sont étrangères à un Dieu; et s'il les ressent, je déteste sa loi, son culte et son nom.

ALtfAGRO.

Ton cœur est dominé par une vertu trop austère. Il fut toujours juste de punir les vices , de sauver la patrie , de sacrifier d'une main noble le perfide moteur de nos tourmens. Puisqu'il te plaît de contempler l'empire nageant dans le sang de tes peuples; puisqu'une seule vie a plus de valeur à tes yeux que celle de milliers de sujets; qu'il ne te fait point horreur de voir s'asseoir sur ton trône un injuste tyran, et tes parens chargés de fer, ou condamnés à de redoutables supplices; puisque tu ne frémis pas en pensapt à ton amant privé de l'existence, à ta gloire menacée , à la contrainte de satisfaire par violence la passion d'un monstre, je m'éloigne, Sémira; et comme unique récompense de mon affection , je te conjure , par les lois de la nature , de garder ce secret qu'un Dieu puissant n'a voulu déclarer qu'à toi seule par ma bouche.

(Il veut partir.) SÉNIRA.

Arrête!... donne-moi le fer!... un Dieu m'inspire!... La victime que Finexorable destin a proscrite en sa fureur, qu'elle perde l'existence dans ce moment que tu achèves de peindre!... Mon bras saura lui déchirer le sein* pour prévenir de plus funestes disgrâces.

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