ACTE ï, SCÈNE L ^5g
céder à un joug infâme : méprisant les vertus guerrières, ils recourent à la perfidie. La foi sacrée, rhonneur, les plus solonnels traités , ils rompent tout , une fois qu'ils en sont venus à leurs méprisables fins. L'humanité ne se fait jamais entendre dans le cœur endurci de ces êtres féroces n'ayant d'humain que l'apparence.
DISTALÉON.
Puisque cette nation qui se dit née pour changer la face du monde entier forgée les plus noires trahisons au moment où elle promet la paix, que la guerre soit éternelle avec elle; que les traités soient regardés comme des cris de vengeance. Les traîtres une fois connus , les armes tomberontde leurs mains infâmes. Souvent des batailles qu'on croyait perdues furent gagnées par le désespoir. Je n'ai pas la gloire d'être enfant de l'héroïque Lusitanie ^*); mais mon sort est lié à ses destinées; je lui ai consacré mon sang et ma vie en voyant en elle l'unique bouclier ofi viennent s'émousser les lances de l'ambition, et l'asile auguste de cet honneur national qui ne craint rien.
MINURUS.
Je suis aussi d'un climat étranger, mais mon coeur est lusitanien : amant de la liberté, je viens ici en fuyant les nations vaincues. Ce n'est qu'à l'extrénaité de l'Europe où j'ai rencontré des hommes. Le sol qui produit des héros s'arrose ici avec le sang des agresseurs. Rome tremble encore davantage en entendant l'auguste nom de Viriatus, qu elle ne le fît pour celui du courageux Annibal.
a«o LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS,
VÏRIATUS.
VaillaDS compagnons, dont les invincibles bras m'aident dans cette entreprise, vous êtes dignes d'être enfans de Lusus. La victoire que nous venons de gagner se doit en partie à vos efforts, et c'est d'elle que re'sultent les plus grands avantages; mais le guerrier Curins, le courageux Âpuléius, se sont laisses emporter par tine trop grande ardeur jusqu'au camp ennemi où ils demeurent prisonniers : en les perdant » nous fifisons une grande perte. Ah ! qui sait si la haine jurée des Romains ne les fera pas mourir ! Dieu de l' Averne , si les mânes de ces héros sont envoyés chez vous par les mains de la cruauté, je vous promets de sacrifier tous les captifs qui sont en mon pouvoir.
CORHOBA
Ce sont eux qui nous ont rendus insensibles à la voix de la nature , et qui nous ont donné les premières leçons de cruauté. Repousser l'agression ne fut jamais un crime ; défendre le lieu où nous sommes nés y le toit paternel , une épouse chérie, nos tendres enfans, est un devoir sacré qui commande même aux animaux, par le plus juste des instincts. Tant d'a- • trocités doit nous faire haïr à jamais le nom romain : anéantissons tous ceux qui oseront venir nous insulter. Quand dans l'Italie on parlera encore de la Lusitanie , les pères diront à leurs enfans : « On ne peut vaincre qui aime la liberté, n C'est ici que demeureront ensevelies les armées les plus formidables qui aient conquis les Gaules et l'Espagne. Le traître Qalba a tellement allumé dans les coeurs lusitaniens