‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 151 sur 292 · ACTE.I, SCÈNE I. a6i · texte numérisé non relu

ACTE.I, SCÈNE I. a6i

la vengeance y qu'il n'a pas été possible de les &ire succomber par la force ou par la crainte.

VJRIATOS.

Puisque vous me rappelez le nom infâme de ce perfide et lâche assassin^ je yeux ranimer vos haines» et TOUS faire sentir de nouveau le poids de cet ^u** guste et terrible serment que vous fîtes en plaçant la main sur le^in d'une infortunée jeune fille qu'un fer perfide , forgé dans Rome , avait déchiré : vous jurâtes alors par son sang innocent d'en tirer la plus implacable vengçance , de vous rappeler cette cruelle trahison qu'avait- osé commettre^ dans nos vallées^ le mortel le plus audacieux , en se couvrant d'in* famie , lui et Rome. Le sénat captieux feignit de d^ tester le traître^ tout en aimant les effets d'une barbare trahison. Marcus Âttilius avait déjà vu se filé* trir les brillans lauriers arrosés par le Tibre ^ et il fit retomber sa fureur sur>Ostrace : de cette ville infortunée, il ne nous reste pltis que des souvenirs de vengeance. Galba yint: ce monstre» que les fu-* ries vomirent de l'A ver ne pour l'oprobre de la détestable Rome ^ en nous voyant toujours «élés disputer sur le champ de bataille la douce liberté , se sentit pâlir^ et trembla de lutter avec des gens qui sa-« valent mourir libres; il recourut à la trahison» feignit de nous aimer; et» couvrant de discours caressans ses horribles projets» invita les imprévoyans Lusitaniens à jouir du fruit de leur valeur. Il voulut que nous nous rassemblal^ions dans nos vallées» plus propres que d'autres lieux à la perfidie» sous le prétexte de nous y donner des terres» et de

26a LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS, nous accorder l'honneur de devenir les amis de ce peuple féroce et du yil sénat. Nous marchâmes vers l'embûche , ne pensant pas qu'un mortel pût se rendre aussi parjure ; le perfide trembla en voyant les valeureux Lusitaniens armés ; il nous sépara dans trois vallées profondes et caverneuses. Mais il était effrayé de ces armes encore teintes d'un sang détestable; et il nousdit^ dans ses discours trompeurs, que le gage le plus sûr de la paix était de lui remettre ces épées formidables. Quelques hommes courageux refusèrent de le faire; mais en écoutant les ordres de leurs parens blanchis par les années^ les prières de leurs épouses , la douce voix de ces jeunes et innocens enfans qui , guidés par le plaisir^ se trouvaient en ces lieux^ et se réjouissaient de voir l'heureuse paix briller dans les champs que la guerre avait dévastés , ils se rendirent à la perfide proposition : ils remirent sans effroi, en de traîtres mains, ces armes héroïques qui avaient fait trembler tant de fois leCapitole. C'est maintenant , amis, que je sens dans mon sein la lutte excitante des passions les plus fortes. La haine , la terreur, la compassion , la vengeance , formant une horrible réunion , viennent me montrer l'épouvantable carnage que Servilius Galba , l'horreur de la nature , fit faire des Lusitaniens désarmés! Au signal donné, des troupes de bourreaux nous assaillissent tout à coup, le sang de l'un et de ^'autre sexe coule ; de respectables vieillards tombent^ percés de coups, et leurs barbes blanchidk se teignent dans le sang de leurs filles charmantes : ]es mères désolées serrent contre leur sein les fruits de leur amour, et les mon-

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