ACTE l, SCÈNE T
stres se réjouissent d'exterminer d'un seul coup deux êtres rendus si chers l'un à l'autre par les lois de la nature. D'autres femmes, e'ievant en l'air leurs enfans, d'un faible bras, leur font éviter les coups ^ et préseâtei^t leur sein, d'albâtre au fer pénétrant. L'époux meurt à côté. de l'épouse; l'amanf ne peut défendre son amante, et n'a que le temps de lui dire : «Fuis situlepeux ; no^s sommes trahis. » Dans ces vallées à jamais célèbres, où les I^omains souillèrent leur nom d'un opprobre éternel*, on ^entendait que des cris de douleur, que le& sou.pii*s des mourans. La terre en gémit , les monts caverneux répétèrent ces tristes accens* Voyant que jç i^e pouvais point m'opposer à la furie dç ces bourreaux, je parvins à échapper aux pièges de la perfidie par les sentiers tortueux des montages escarpées. Quelquesuns des nôtres, qui avaient pu fuir, sortaient tout à coup des cavernes pour me joindre : nous y passâmes trois jours d'a&lfction ; mais désirant savoir le sort de nos malheureux compatriotes, et si Galba , satisfait d'horreurs, avait accordé la vie à quelquesuns d'entre eux , nous gagnâmes secrètement les plaines. Quelle triste scène la trahison nous présenta! Les trois vallées étaient devenues troismontagnes.de cadavres -nus et sanglans; les infâmes Romains, non oontens d'être assassins, étaient devenus de lâches voleurs, ils avaient même dépouillé les misérables cadavres de leurs vêtemens. La décence gémit, la pudeur s'était enfuie en couvrant d'une main ses yeux en pleurs. Celui-ci montrait sur soo sein'une atroce blessure; celui-là avait la gorge enlr'ouverte; cet autre gissait auprèa de son ami, quil tenait eacore
264 LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS, embrasse. Près des monceaux de morts , le gazon ^ teint de sang^ ne présentait qu'un lac rougi qui feti-* sait horreur. Les chairs blanches. des jeunes filles avaient pris la couleur du lis violet ; leurs bouches livides nous appelaient à la plus juste ^es vengeant ces ; et nous , écartant la première impression de l'angoisse et de la douleur, nous nous abandonna-* mes à la fureur; nous teigninies nos mains de leur sang^'^ nousjurâmesune.guerre interminable à l'in-» solente Home. Les dieux vengeurs noi:|s ecQutèrent dans rOlympe.* Au milieu des profondeurs de l'Averne, Pluton ratifia notre serment. Comme accom^ plissement de notre auguste promç^se , des milliers , de Homains sont descendus dans son royaume som-^ bre. Aujourd'hui Garon a laisse tomber §es rames d'effroi en voyant la multitude que notre honneur a envoyée sur les rivages de l'épouvantable Styx. Continuons donc; que la détestable race des Romains soit exterminée dans la Lusitanie; que ses lances viennent s'émousser à l'occident de l'Europe asservie ; que les aigles romaines meurent dans leur per-? versité ; que la douce et chère liberté ait toujours un asile et un culte ^^M .
GOBROBâ.
C'est assez de tant d'horreurs; nos cœurs ne peuvent déjà plus contenir l'esprit de vengeance qui nous anime. Ton discours^ en donnant une nouvelle chaleur à nos sermens , nous appelle avec force à des combats nouveaux. Mânes de mes compatriotest que la perfidie envoya daps les Champs-Elysées, vous serez vengées! réjouissez- vous quand noiisi vaincrons. Considérer le ch^mp de$ bs^tailles san-