ACTE II, SCÈNE IV
LA SEI9TINELLE.
Au large Dans C€ftte tente personne ne peut
y entrer le jour , encore bien moins durant la nuit.
ORMIA.
Quel trésor gardez-vous avec tant de vigilance ? Peut-être est-ce là que notre consul fatigue se repose. Que le jour d'hief a été un jour terrible pour nous^ mes camarades !
LA SENTINELLE
Cela est vrai ; si nous en voyons encore un semblable^ la Lusitanie peut compter qu elle sera libre à jamais»
ARISTÉA, ^part.
Si le ciel est juste ^ il en arrivera ainsi.
ORMIA.
' Pour échapper au glaive terrible de cette indomptable nation , nous nous sommes cachés parmi les buissons^ nous avions déjà perdu beaucoup de sang. Avons-nous aussi fait des prisonniers? Quelques-uns des chefs nous servent-ils d otages ? ou le consul , pour se venger d'une noire mésaventure, a-t-il ordonné de répandre un sang que Rome a mis à prix? ( A part.) Mon cœur respecte ces momens critiques ; plus prudent, étouffe une vive douleur, aide-moi à soutenir la feinte.
ARISTEA, à Ormia à voix basse.
Calcule tes expressions, ne te laisse pas emporter.
284 L£ GARACTÉRB DES LUSITANIENS,
LA SENTINELLE
Notre consul connaît les lois de la guerre ; il sait que le vainqueur doit traiter le vaincu avec douceur. Les Lusitaniens , pour chacun des leurs , feraient immoler cent des nôtres. C'est dans cette tente que sont les prisonniers les plus distingués.
ORMIA.
Jusqu'aux généraux? Coipme leur orgueil sera abattu ! Us doivent être gardés , pour plus de sûreté^ au milieu des chaînes?
LA SENTINELLE
Oui^ certainement. Mais pour cela leur fierté naturelle ne se laisse pas abattre sous le poids des fers les plus durs. Ils sont dans le malheur encore plus circonspects et plus constant.
O R M I A , k ArisI éa à voix basse.
Vois , chère compagne , comme les dieux nous ont conduites ici. Nous sommes près de nos époux; il ne dépend que de nous de rompre leurs fers. ( Elle tire son épée. ) Cette arme, Aristéa , va nous ouvrir la route de l'héroïsme ; imite ma valeur , perce d'un bras ferme le cœur de l'autre sentinelle. Tu me verras faire mordre la poussière à celle-ci. Affermis bien ton coup, qu'il arrête dans son sein une infâme voix. Allons , la constance , l'amour , l'honneur, le devoir, combattent pour nous.
ARISTÉA.
Voilà assez de réflexions; j'y vais. Les dieux me prêtent un nouveau courage.
Elles attaquent à Fimproviste les deux sentinelles et les tuent ^ on les voit entrer ensuite dans la tente. )