ACTE III, SCÈNE V. 3oi
voir est satisfait. Qui suit la justice n'a pas droit à des récompenses.
VIRIATOS.
Entends-tu ; Corroba? nos pensées ne veulent pas nous trahir. Dites , soldats , à quelle école avez-vous appris cette sublime morale de la vérité ? Ce ne fut pas dans Rome , ce ne fut pas sous la protection d'un sénat inique que la vérité et la raison ont répandu ces justes maximes. Vos visages , qui devraient se montrer à la lumière du jour plus brillans que le soleil dans son zénith, sont couverts d'une visière qui indique un mystère que je ne puis sonder. Si vous êtes Romains > vos sentimens sont nés dans la
Lusitanie.
corb;oba.
Romains ! une forme étrangère ne me trompe pas.
O RMI A. Elle tire son casque et le jette à lerre.
Ces armes infâmes, qui n'ont servi cependant qu'à la plus juste fraude , me pèsent déjà.
ARISTÉA^rimitant.
Leur utile secours ne fait pas disparaître de mon cœur la haine et la vengeance.
VIRIATUS.
Que vois-je? grand Dieu! tant d'héroïsme ne peut naître que dans des cœurs lusitaniens.
GORROBA.
Jî^mais mon cœur n'a pu me tromper.
DISTALÉON.
Sous cet heureux climat les femmes font aussi la guerre aux ennemis.
8o2 LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS,
MINURUS.
Comme les épouses sont dignes ici d*étre aimées !
CURIUS
Vous avez devant les yeux , seigneur, celles qui, au milieu d'une nuit obscure , des montagnes effrayantes, des lances ennemies, des redoutables escadrons, ont su nous délivrer ; celles qui, démentant un sexe délicat et craintif, ont combattu à nos côtés avec gloire , en suivant l'impulsion de Tamour. Voyez s'il existe des hommes qui puissent aujourd'hui disputer de bonheur avec moi et avec Apuléius. 0 chère Ormia, intrépide Aristéa, vos noms seront célébrés chez les nations reculées, et serviroot, d'opprobre à Rome.
APULÉIUS.
La vie chérie , la douce liberté, ces deux présens si précieu]i;, nous ont été donnés par des épouses fidèles. 0 tendres Lusitaniennes, contemplez vos modèles. Dans ce pays où la beauté , l'honneur , l'amour, la vertu, s'unissent à- un courage immortel, c'est en vain que le redoutable despotisme essaie d'établir son trône.
yiRlATUS.
Héroïnes qui avez été au delà de ce que veulent les lois de la nature , qui avez donné aux guerriers enfans de la Lusitanie l'exemple de la valeur, racontezmoi l'histoire que doit transmettre le temps aux nations futui^s. Votre entreprise . rciiferme en elle tout ce qu'il y a de grand et de noble.