SCÈNE IL
Les mêmes, MÉCIPSA, HILPÉRIC.
BftÉGIPSA.
Ainsi le vainqueur le plus généreux envers la nation africaine me permet de retourner vers mes lares paternels. Mon âme lutte cependant entre l'amitié, l'honneur et la reconnaissance ; je ne voudrais point laisser exposé à la fureur d'un guerrier vindicatif et victorieux un allié bien cher, dont les grands intérêts me firent traverser TOcéan ; mais le général est tellement strict dans ses décisions que je me résous à m'éloigner aujourd'hui même , en donnant à Rome une preuve de fidélité, puisque je sauve une armée presque anéantie qui peut encore la servir. Conserve de la constance dans les revers, que la fortune envoie souvent au guerrier. Tu as été général , nous avoirs combattu avec honneur et courage ; ce qui t'arrive aujourd'hui, ami, les capitaines les plus distingués»* jetés dans des circonstances critiques, l'ont souffert
3a6 LE CARACTÈRE DES LUSITANIENS, également sans que le mépris souillât des triomphes déjà acquis.
SERVlLIUBv
Comment vieiui^u m annooceï* sans pudeur la plus noire des perfidies j homme ingrat enrers Rome ! Astu déjà oublié l'auguslMl traité qui te donna l'existence ? As-tu oublié qu'au lieu de la condition d'esclave, à laquelle le sort de la guerre avait réduit tes audacieux voisins, nous fûmes t'asseoir d'une main protectrice sur ce trône qui tremblait sous tes pas? Sens le poids du bienfait^ monstre africain , né dana ce climat embrasé oci l'inconstance et la trahison ont élevé leur sauvage empire. Estce parce que tu vois te6 amis dans la disgrâce, que tu les abandonnes perfidement polu* écouter les offres de l'ennemi comuiun ? Vois quelle bassesse tu veux commettre. Rome offensée tournera contre toi l'immense puissance de ses liions. Tu seras conduit, gémissant dans les £^rs^ devant le sénat ^ pour répondre d'une action îqflàme qui doit t'avîlir aux yeux du monde entier. 0 roi! pense à ce
ue tu fais. Ne profane point ton caractère augosle.
i le hasard nous a placés aujourd'hui dans un em^ barras critique, peut-être que demain le destin, tournant une page du livre obscur^ serappelleraque nous sommes descendans des fondateuï-s du sucré Capitole.
MÉCIPSA.
N'abuse point, Sfervilîus, de lamitié ni du traité qui lêM lient à Jlomé. Je suis roi , mes états ne sôuflfV'iront pas Ces revers que tu exagères tant. Je
ACTBV, SGȻE II. 3*7
n'étais point esdare quand nous aouB tdmes^ j'avais des arxaées paissanles , je pouyais aisément sontenir mon trone snr lé champ de bataille; mais, écoutant les accens affli^de mes sujets , j accédai à tout ce que soUUutait de moi ton sénat. Cette alliance ouvrit une injuste route aux rapides conquêtes de l'Afrique y je me vis obligé de protéger l'avarke de fiome 9 et de donner un appui, même daiis ma patrie , au despotisme^ Quels avantages ai'^je tires de cette amitié illnsoire? quand jecherdiais, pour les peuples de mon royaume > ce bonheur qui croit k la source &Ttun6e de i'aimaUe paix, je me vis obligé par une exigence arrogante d'abandonner mon trorne, et de traverser les ondes pour porter la guerre à des nations qui n'avaient jamais provoqua ma fureur , qui toujours pleines d^hbnneur soutenaient leur indépendance par la lutte la plus héroïque. Dis maintenant^ injuste consul j.. de quoi peut-il servir à Rome que je demeure prisonnier dans la Lusitanie? Je ne veux point être ingrat , en récompense des bienfaits qu'un généreux vainqueur vient m^'ofirir : Adme peut traiter avec Virialius d'une paix glorieuse, sans voir expirer ses amis dans les bras du malheur.
SERVIMUS.
Des amis! où y en a-t-il ? jet<te lès yeux , ingrat, sur ta conduite I tel est le caractène des âmes corixnnpuas. Quand tu voyais que la victoire conduis sait nos ariines, que tout cédait à. notre impulsion , tu accomplissais sans réflexion les lois du suprême sénat, et tu nous as juré l'alliance la plus étendue. Aujourd'hui que le sort de la guerre noijs a été
328 LE GAKAGTËRE DESXUSITANIENS, peu favorable^ écoutant les trompeuses propositions d'un ennemi commun, tu yeux, chai^ d'infamie ^ souille des noms de traître, de parjure, d'ingrat ^ nous abandonner et retourner en tremblant vers ton royaume. Non , barbare , de tels crimes ne doivent point former ton cortège. Nos armes vont se mesurer sur le champ de.bataille. N'espère point te séparer de nous sans que les cimeterres africains se trempent dans le sang de l'amitié. Insolent^ appelle à ton secours les légions des Lusitaniens, invoque Yiriatus , unis-toi à lui , combats contre nous , lié à ce monstre. Je ne veux point t'écouter davantage. Attends patiemment la fin de cette scène , qui ne se montre horrible que pour un cœur faible, ou crains la vengeance que Rome tirera d'une telle perfidie,
MEGIPSiL
En agissant *ainsi , je reconnais un maître au lieu d'un allié, et je suis esclave.
SERVILIUS
Tu dois être esclave de l'honneur et des traités; et tu ne peux, sans fouler aux pieds ce qu'il y a de plus sacré, te séparer des destinées de la maîtresse du monde. Va, Manilius; amène-moi ces audacieux , qui projettent de me dicter des lois : qu'ils tremblent de m'entendre; qu'ils sachent que les généreux Romains sacrifient à la gloire de la« patrie ui^ vie qui n'a plus de prix sans l'honnetir.
MÉCIPSA.
3i j'eusse pensé qu'un consul traitait ainsi dans son