‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 202 sur 292 · ACTE V, SCÈNE IIÏ · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IIÏ

^Lusitaniens que nous apprîmes à vaincu les Romains. Nos destinées dépendent de cette invincible nation.

SERYILIUS.

La franchise de TOtre caractère excite dans mon cœur la compassion. Je gémis des maux c^u'une aveugle politique prépare à votre intrépidité. Echangez-vous sans réflexion les délices de Rome et ses triomphes contre les coutumes de nations grossières , contre de frivoles et momentanés avantages ? Pensez^ généraux, un seul moment à votre bonheur; prêtez-vous généreusement aux liens d'amitié que Servilius, guidé par la sympathie, vous ofFre avec plaisir. Pour preuve de cette affection , qui ne peut naître que d'une loi secrète dictée par la nature, je veux vous présenter des objets précieux. Voyez si les coutumes polies des Romains peuventse comparer aux usages grossiers des Lusitaniens , qui ne cherchent qu'à vous tromper. Manilius, apporte le présent que j'ai destine aux amis de Rome. ( Manilius sort. ) Connaissez mon caractère, et voyez comme on sait rendre parmi nous justice à la vertu. Ce faible don sera le sûr précurseur d'immenses récompenses : vous êtes déjà de Rome , les fils adoptifs qu'elle chérit le plus.

MAMlLinS, entrant avec nn soldat qui porte un coffre fermé.

Voici le coffre , seigneur ; jamais l'or de la patrie ne fut employé plus utilement.

SERVILIUS, au soldat qui avance et ouvfe le coffre.

Approche, ouvre, {jiux généraux.) Voyez les effets de notre gratitude. Cet or est à vous, c'est la

faible réc||ppeQse d'une action sublime. Je tous le répète : Ronie> qui attend tout de vous^ saura mieux, vous remercier.

M1MURU5.

Vous offensez» consul, l'honneur et le caractère de deux soldats. Qui suit la route des armes et aspire sans cesse à la gloire, ne s'achète point avec un brillant métal. Si Rome nous eût comptés parmi ses enfans, si elle nous eût donné le commandement brigué de deux légions» si le sénat nous eût réservé une place honorable ; peut-^tre , changeant un service incertain , eussions-nous consenti à suivre dans les climats reculés le vol audacieux de vos aigles.

SERYILIUS;

Amis, n'hésitez point, on récompense toujours la valeur dans Rome. Les hauts faits, les services importans font admettre au sénat et dans le Capitole. Vous recevrez une foule d'avantages, si vous accomplissez tout ce qu'attend de vous la grande nation.

mSTALÉOIf.

Mais que veut-elle encore de nous , si nous lui livrons un sang qui coulait, il y a peu de temps, pour la cause ennemie? La tactique brillante que nous avons apprise sur le champ de bataille sera toujours utile à qui veut donner des lois au monde les armes à la main,

sERvrnus.

Nous n'exigeons de vous que l'action la plus noble , la paix de l'extrémité de l'Europe , le terme d'une guerre cruelle, soutenue plutôt par la haine

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et la vengeance que par l'honoeur et le Atsvoir.. Sauvez l'exigteace infortuaëe des Liisitamens ^ don^ nez à Rome un repos dësirë; puisqu'un sauvage cruel et téméraire veut follement désoler son pays et nager dans le sang.

distâléoh»

Et de quelle manière de telles prospérités peuvent-elles venir de nous seuls? Dites-nous , consul , en un mot, ce qu^ôn exige de nous.

SERVILIUS

Une seule victime , un sang exigé par la paix , par l'humanité, qui soupire sur des monceaux de morts, qui voit en gémissant deux peuples de héros se déchirer , seulement à cause du faux enthousiasme qu'a pu alluif^er un homme turbulent. Le monstre une fois anéanti , le feu de la haine et de la vengeance s'étçint , la Lusitanie devient heureuse, et jouit de la protection de l'auguste Rome. Pour tout dirç , en un mot , la vie infâme de Vi* riatus étant une fois éteinte , la paix bienfaisante doit féconder de nouveau les champs dévastés.

MINURUS.

Quavez-vous proféré, consul! Mînurus, Distaléon, soldats toujours redoutés, ont-ils le caractère d'in£àmes assassins? Vous pensez quCtViriatus est le seul qui soutienne une guerre audacieuse contre Rome ? vous vous trompez : tons les Lusitaniens ont dans le cœur cette haine qui l'effraie.

DISTALÉ019.

Assassiner un général adoré d^une nation héroï-

€jne, qui 9 toujours véritaHe ami ^ toujours modeste, repartit impartialement les fruits de la victoire ; qui, dans une négociation de la plus haute importance , ne s'en est remis qu'à nous seuls ! Cette proposition révolte le cœur , en insultant l'honneur.

SERYILIDS.

Prétez-moi attention , et abandonnez les fausses idées d'un chimérique honneur , qui ne servent qu à émousser la raison. Quand d'un* seul homme proviennent des maux cruels ; quand son génie , auteur fécond d'horribles disgrâces , projette de détruire des races entières , sans mettre de limites à son ambition ; au lieu d'être un crime de l'assassiner , c'est une vertu , c'est un courage digne de récompense. Qui anéantit une béte féroce, rend un puissant service à l'humanité. Lisez, les histoires , lisez nos fastes , et vous verrez que les dieux ont fait immoler mille fois ces êtres pervers , en choisissant parmi des hommes vertueux les ministres sacrés de leur volonté. Ce monstre , qui a la vengeance dans le cœur, qui, jamais rassasié de sang, ne médite que des massacres, doit mourir par les mains de héros amis de la raison, de la paix et des hommes.

MÉGIPSA, ipart;

C'iest ^insi que ces. perfides combattent avec les armes, de la fraude ! Quel prestige a Êisciné mes yeux! je déteste Rome.

HILPÉRIC.

Quelle exécrable trahison ! Peuples du monde, ouvrez les yeux 9 anéantissez ces tyrans.

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