ACTE V, SCÈISE X
vous le plus grand des mortels ; rhomme courageux.... (0/1 entend un grand bruit dans T intérieur.) Mais quel horrible bruit se fait entendre? Empêchons la trahison si 'cela est encore possible. ( // s^eut entrer. Minurus sort, tenant à ta main une épée ensanglantée. ) Malheureux, qu'as-tu fait? Cache ce fer teint dans le sang du meilleur des amis.
MINURUS , avec horreur.
Qui me parle?.,.. Fuyons L'ombre irritée de
ce guerrier, qui parait encore plus terrible après sa mort, veut arrêter mon bras criminel ! ou sont les Lusitaniens ? Les éclairs se croisent.... Le soleil
s'obscurcit, la terre tremble Mon bras faiblit,
tout mon sang se glace.
DISTALÉON.
Et tu as pu, cruel, vil assassin, séduit par une honteuse perfidie , frapper ce héros, cet ami si cher à qui tu avais juré fidélité, dont tu suivais les bannières triomphantes ? Mais , qui parle ici ? ne suis-je pas comme toi coupable du crime le plus horrible? ne t'ai-je point laissé suivre l'exécrable impulsion que t'ont donnée cet or méprisable, ces honneurs infâmes, tachés d'un sang héroïque Oui, je suis aussi le messager d'un monstre que les lois doivent punir, que Rome pleine d'horreur attend pour le couvrir d'opprobre ^^\
MINURUS.
Remords qui ne venez qu'après le crime, pourquoi n'avez-vous pas déclaré, à ce cœur plein d'ingratitude, la guerre intraitable que vous lui faites
348 LE CARACTERE DES LUSITANIENS, maintenant? Vous préveniez le coup le plus stfireux. Je suis détestable entre tous les virans , puisque j'ai souillé dans un sang précieux ce fer honoré il n y a que peu d'instans par la Ttctoire. Exécrables Romains, vil Servilius, infâme séducteur ! Or, toi qui corromps par ton éclat les hommes aveugles^ que la nature, effrayée des crimes dont tu es l'origine, te fasse rentrer dans les entrailles de la terre. Il n'existe plus le père des Lusitaniens, la terreur de Rome ! Réjouis-toi, cité fatale, réjouis-toi du crime qu'ont fait commettre tes prestiges ! Mais s'il existe encore quelque vertu dans l'enceinte de tes abominables murs , c'est elle qui doit me faire punir comme un assassin ! Fuis, Dîstaléon, fuisuniponstre qui dans son insensibilité a tué son père, son ami! Ah! si tu l'avais vu goûtant le repos d'un visage serein, et qu'ensuite tu eusses aperçu cette tête, tournant des yeux irrités vers le traître qui l'avait tranchée d'un seul coup, tu tremblerais comme j'ai tremblé , redoutant encore ce bras aussi formidable que la foudre*
dîstaléon.
Fuyons ces lieux consacrés à la trahison et à la perfidie. Les Lusitaniens arrivent ; du sang de ce héros vont naître des fleuves rapides , qui changeront en sang les eaux de la mer. Champs que la victoire a plantés de lauriers, ne voyez jamais se souiller votre gloire. Mon sang a déjà coulé pour vos intérêts ; mais aujourd'hui que je suis devenu faible , infâme, criminel, je vais me bannir loin de vous eu emportant le titre d'assassin. Âme heureuse.
•ACtÉ'V, SCÈNE XI.' 349
toi, qui au milieu des héros les plus célèbres, jouis dans; rjËlysée des récompenses sublimes de la vertu , pardonne à un maUieureux dont le bras n'a pas su détourner le coup fatal.
■ .MINUKUS-. - * '
L'ombre indignée de ce ' guerrier va me suivre en tous lieux î "Toutes les furies se sont rassemblées dans mon sein pervers. Je sens les tortures que souffrent les malfaiteurs au milieu de l'Averne ! Dieux justes, peut-etjpr" ma douleur surpasse-t-elle mon crime.
., , . (Us sortent. )