LA VIE DE DON QUICHOTTE
La pièce^lont on va lire la traduction est tirée du théâtre comique. d' A ntonioJozé^ qui est, après celui de Gil Vicente , le plus considérable que possède la nation portugaise : il eut un tel succès qu^il a été réimprimé quatre fois, et se trouve dans presque toutes les bibliothèques. .Malheureusement cçtte vogue extraordinaire paraîtra peu motivée, aux Français , qui exi* gent avant tout que le goût préside aux productions théâtrales. Ces pièces, tout im^parfaites qu'elles se trouvent être , ont été pendant assez long-temps, avec quelques fiitermez, les seules production^ qui alimentassent le théâtre de Lisbonne : quoiqu'elles amusentencore, on leur préfèremaixttenant la traduction des pièces fran« çaises , et cejia n'est pas extraordinaire de la part d' une nation qui fait tous les j ours de nouveaux progrès dànsja littérature et dans les arts.
Le célèbre comte d'Ériceyra , ramî de Boileau et Fauteur d'un poëme épique estimé ainsi que d'une foule d'autres poésies , sentait mieux que personne les défauts d|i nQUTel Mteur dmmatique qui s'élevait en Portugal. Après avoir assisté à la représentation d'une de ses pièces , il lui recommanda y dit-on , de lire Molière et de faire en sorte de Timit^. Mais Aiîtonio Jozé ne suivit , à ce qu'il paraît, qu'une partie- du conseil ; il continua à se laisser aller aux écarts de sa folle imagination : dès lors son protecteur le regarda comme vraiment incqrrigible , et ne fit plus de vains efforts pour ramener dans la bonne route un auteur qui ne s'y trouvait pas après avoir lu le Tartufe et le Misanthrope.
J'aurais voulu pouvoir me procurer, sur la vie et sur les autres écrits du malheureux Aûtonio Jozé, quelques détails circonstanciés^ mais î»es efforts ont été inutiles : sa déplorable fin n'est que trop connue ; jamais auteur dramatique n'eut peut^tre à souffrir imé mort aussi horrible. Accusé de judaïsme*, il- ftit Imtnë dans lès cacKots du saint-ofl&ce , y languit quel-
que temps, et périt au niilieu jdes flammes. Tout le monde ne fut pas insensible k ce ju^e-
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ment affi-^ix s ies cris de riiifortui^ retentirent long^tempd at^t Oreîlks de ceiu-qn^it avait tant de'fbts cliarm^ parla vivadtë de son es^ prit y par la gcâeijé de qiielqne^uiis dé ses personnages. On ne se ccmtenta pâ6 de le plahïdre en silence ^ quelques hommes eon^agetet ëlevèi^ent la voix peur fléplorëp son sert : pat^i cenx-ci , on repiarqUe nn pi^efesséur^ ^l&tsMùé Jozë Ana$tasto Dacunha , pe^$ëcutë Heniiae lui par l'inquisition. Dans un morceau dé poésie qu'il fit imprimer, on trouve ces vêts :
O Antonio Jokjb dèce e £aceto ^ - \ Tu que foste o çrimeiro que.pizaete Com miais regular socco à scena lusa , O povo de Lisboa mais sensîvel Foi no theatro à teus jocosos ditos Que nû rocio à voz da humanidade.
Que infâme , que korrenda pompa ^ Te vejo preparada ?
« O Antonio Jozé ! toi qui unissais la douceur à la plaisanterie , toi qui as été le premier à fouler d'un pas plus régulier la scène lusitanienne , le peuple de Lisbonne se montra plus sensible à tes joyeux récits , qu'il ne le fut sur la place des exécutions à la voix de Thumanité. Quelle infâme , quelle horrible pompe voi»-je préparée pour toi ?»
Parmi le grand nombre de pièces réunies dans
36o NOTICE
le théâtre oomiîïue(i)5 j'ai choisi la Vie de don Quichotte comme ce qui méritait le mieux .d'être traduit. Le nom du héros de Cervantes réveille toujours dans .l'imagination des idées plaisantes , et il est difficile de ne pas s'amuser des folies ou des frayeurs de json écuyer. On trouvera certainement que l'auteur portugais n'a pas tiré tout le parti qu'on pouvait attendre de son sujet , et qu'il est allé beaucoup trop loin en outrant les plaisanteries ; mais il ne faut pas oublier qu'on ne possédait plus de véritable théâtre depuis long-temps à Lisbonne quand il donna ses pièces, et que les anciennes comédies, qui n'avaient guère été représentées autrefois qu'à
( I ) I^ f^ie d'Ésope , les Enchantemens de Médée , Jupiter ei Alcmene , Abdolonjrme à Sjftlonie , la Nymphe Sirynga , les Nouveaux enchantemens de V amour ^ Atlréen en Syrie , Fi^ lintOj les Enchantemens de Circé^ Sémiramis ^ les Enchantemens de Merlin y le Labyrinthe de Crète, les Guerres du Ho^ marin et de la Marjolaine , les Métamorphoses de Prothée^ le 'Précipice de Phaêton, On trouve , dans un volume sçparé , /^iriatus dans la Lusitnriie , Phalaris à Athènes , Cassiopée dans VÉthiopiCj le Sacrifice d'ïphigénîe Celte dernière pièce est la seule qui soit entièrement en vers, et d'un style plus noble; il y a dans toutes les autres un ou plusieurs gradosos qui rivalisent de mauvaises plaisanteries ^ et qui en rencontrent quelque^ fois de fort bonnes.
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la cour ou dans les'CoUéges, étaient presque oubliées : il commençait donc , et il lui importait surtout de claire à ses spectateurs, qui probablenaent n'avaient vu que des pièces italiennes dans le même genre. Ici , comme dans la plupart de ses pièces , il n'y a ni unité de temps, ni unité de lie u, ni unité d'action ; ce sont les aventures de don Quichotte passées en revue. Le héros figure même, à la fin du premier acte , dans un espèce d'intermède où se trouvent réunis Apollon et les Muses : c'est l'intérêt du roman qui doit rejaillir sur la pièce. On jugera quelquefois les plaisanteries de Sancho dignes des tréteaux ; mais celles qui se trouvent dans la bouche de certains personnages grecs ou latins du même théâtre sont encore plus triviales et paraissent bien plus étranges : des notes expliqueront celles qui ne pouvaient être traduites. On trouvera néanmoins assez de vivacité dans le dialogue , et l'on remarquera quelques scènes vraiment comiqpes. Voulant faire connaître un auteur jadis si célèbre , et surtout ce qui a été présenté plus fréquemment que tout le reste , j'ai dû traduire une pièce du théâtre comique y quelque imparfaite qu elle fût. Je joins ici l'a-
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yertissement que Fëdîteur des œuvres d'Antonio Jozë a mis au commetatcement de la quatrième ëdition ; elle prouvera le succès qu'eut cet ouvrage , succès que le bon goût des Portugais n'a pas toujours approuve depuis.
AyERTlSSÈMEJST
DE L'ËDITÉUR.
' JL E c T E tr R , les- pièces tncléés fle couplets^'^ fc[ùe l'on a représentées sur le* théâtre public du Bkirro ÀJto'de Lisbonne, depuis 1733 jusqu'en i^SS; prit été accueillies avec de si grands applaudissemens , quW grand nombre de curieux, non cottlens de les entendre tous les jours, finirent par les copier en les gardant depuis avec une si gi^ande avarice , qu'elles devenaient invisibles pour les personnes qui désiiraienft satisfaire le désir dé les connaître par la lecture, et pour celles qui, les ayant vues représenter, voulaient ré veiîler le plaisir qu'elles leur avaient fait éprouver au théâtre. Pour conleiiter tout le monde , j*ai entrepris de les réunir et de les faire imprimer sous le titre de Théâtre comique portugais , afin que chacun puisse jouir facilement , et sans les dépenses nécessitées par les copies manuscrites de ces œuvres si recherchées, en raison de ce qu'elles ont de remarquable. Je suis persuadé que ma collection sera loin d'être désagréable ; car, outre que je satisfais les désirs du public, je sers la patrie en publiant des pièces qui , selon les règles de la composition dramatique , sont les premières de ce genre qu'on ait écrites dans notre idiome. On lisait déjà imprimées quelques comédies, telles que celles d'Antonio Prestes , de Gil Vicente , d'Antonio Ribeiro , de Sébastien Pirès^ de Simaon Machado , écrites en vers. George
364 AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUa.
Ferreira a publié en prose VEufhos^pa , Uljrssipo Vcudo^ grqfie : Francisco de sa e Miranda a paru avec deux pièces intitulées : les Étrangers et les fFilhalpandos. Don Francisco IManudi a donné celles qui ont pour titre : le Labyrinthe de lajbrtime et les Secrets bien gardés. Nous n'oublions pas non plus les deux qu'a faites notre Louis de Camoëns ^^^^ et qui sont imprimées à la fin de ses c^vres; mais toutes ces pièces, les unes, par l'esprit, diffèrent du temps, les autres, par leur disposition in^ forme ou leur trop grande étendue , étaient plutôt susceptibles de donner de l'ennui aux curieux que du plaisir. Dans celles que j'offre maintenant, grâces aux bienfaits de l'impression, tu trouveras, au contraire, une disposition agréable et naturelle des parties, les caractères des personnages bien soutenus , l'obsarvation du langage qui convient à chacun des interlocuteurs, et cette plaisanterie tellement adoucie par l'honnêteté ,^qu'elle ne peut offenser les oreilles, en même temps que la vivacité fait qu'il ne s'en rencontre pas de semblables dans les productions de notre langue, et je dirai même dans celles des nations étrangères.