ACTE II, SCÈNE I
sous un joug léger ^ que les mauvais rois rendent seuls pesans ! J'adresse mille grâces au ciel de ce que je puis croire que les Portugais sont satisfaits de moi, et je ne désiré rien davantage que de leur laisser en mon fils un autre moi-même qui les aime toujours y et qui soit toujours aimé d'eux. Commence dès à présent à assurer leur bonheur par ce mariage. Oui , aujourd'hui même , tu dois partir avec moi pour la cour, afin de le célébrer aussitôt que sera arrivée l'infante de Castille, digne objet que j'ai choisi pour être l'épouse de mon fils,
Ah ciel ! est-il possible , pour mon malheur, qu^ le meilleui?^lies monarques de l'univers ne soit pas également le père le plus tendre ? qu'un roi vigilant , qui a cherché toujours à repdre ses sujets heureux, veuille faire de son fils un infortuné?.... Tu es convenu , seigneur , d'un mariage sans me consulter , sans savoir si ton fils peut ou veut se lier par les lois de l'hyménée ; si celle que tu lui destines pour épouse doit être agréable à son cœur ! Jugestu donc que mon approbation ne soit pas nécessaire pour célébrer ces noces? Un cœur ne sera-t-il pas libre au moins dans le choix d'une épouse qu'il doit aimer? Ah! ne consens pas, seigneur, que par une telle violence....
DON ALPHONSE
Tais-toi, insensé; ne poursuis pas des discours indignes qui me remplissent de honte. Je connais bien la raison pour laquelle tu penses ainsi. Quels if^dignes sentimens ! quelle faiblesse pour celui qui
6o USEZ DE CASTRO,
doit être un jour souyeraio ! Comment^ quand tu prendras les rênes de l'empire^ quand tu tiendras dans ta niain l'ëpee formidable de la justice^ pourras-tu réprimer le honteux efiet des passions^ étant toi-même leur esclave ? Comment seras-tu jamais ohéi^ si tu désobéis toi-même à ton roi? Avec quels regrets les Portugais méconténs ne verront-ils pas sur le trône de laLusitanie^ où. tant de héros se sont assis ^ un roi efféminé abandonné à ses pas-* sious^ et incapable de tenir le sceptre le plus auguste !
DON PÈDRE
Mais capable de les gouverner et de les défendre. Si je suis susceptible de grandes passioj^ je déteste la mollesse , tu le sais bien. Quand je me trouve^ seigneur^ sur un champ de bataille^ instruit par toi, je sais, en brandissant mon épéé, montrer par des actions que je suis ton fils. Four être un bon roi, pardonne-moi, seigneur, mais je ne juge pas qu'une âme dure soit nécessaire ; je suis persuadé au contraire que celui qui est insensible ne devrait point régir des hommes; les cœurs qui ne se rendent pas à la tendresse ne savent jamais compatir aux maux d'autrui, ni s'affliger des larmes de la douleur.
DON ALPHONSE
Ta raison est éteinte, aveugle, tu délires ; les rois doivent être exempts de passions : les moeurs publiques émanent des leurs. S'ils donnent de mauvais exemples à leurs états, les vices de leurs sujets sont leurs vices. Ils doivent sacrifier leurs désirs ^ être cruels envers eux-mêmes pour le bien des peu-