ACTE II, SCÈNE I. 6i
pies que le ciel leur a confiés , et ceux qui se préparent à donner des lois doivent se montrer capables de ces nobles sacrifices. Les mariages des princes sont l'ouvrage des intérêts de l^tat; ils décident ^ ils disposent de nous, il faut laisser au vulgaire ces futiles égards avec lesquels il exige que l'amour préside aux liens de l'hyménée : les douceurs de lamour sont de peu de valeur pour les souverains ; notre gloire ne s'appuie pas sur d'aussi faibles fondemens.
DON PÊDRE.
S'il est nécessaire que ceux qui doivent régner abandonnent les privilèges et les droits que la nature a donnés à tous les hommes, à un tel prix, seigneur , je ne veux pas du trône ! Former des liens que le cœur rejette, voilà la source des malheurs et des crimes.... Je l'ai assez éprouvé. Ces fers si durs, attachés par tes mains, je les ai longtemps -traînés bien péniblement.... En supporter d'autres,... oh! non , seigneur, je ne le puis pas.
Téméraire ! c'est déjà assez de souffrir un fils ingrat. Si tu ne veux pas céder aux prières d'un père clément, cède aux ordres d'un monarque juste et sévère. J'ai donné ma parole, tu dois la remplir : les traités de rois sont infaillibles ; tu t'opposes en vain à mes décrets.
DON PÈDRE
Mais, hélas! pèse au moins....
DON ALPHONSE
J'ai tout décidé. Veu^-tu par hasard, en refu-
sant 4'âccomplir mon traite , allumer Une guerre horrible entre les peuples? reux-tu voir le Portugal nageant dans le sang ; l'Europe entière conspirant contre nous^ et embrassant le parti de la Castille^ Tenir venger son injuA? Âh !...
DON PÈORE.
Que crains-tu ? Le Portugal victorieux , sans jamais avoir été vaincu , se rira du pouvoir du monde entier. L'Espagne sera-t-elle assez audacieuse et assez aveugle pour oser exciter à la guerre contre nous? son roi ne doit -il pas encore se souvenir qu'il te doit les états qu'il possède ? qu'il y a encore bien peu de temps, qu'environné d'ennemis, et voyant dans ses mains le sceptre vacillant, il envoya sa propre épouse , ta fille, te supplier de lui donner des secours, ou plutôt de le soutenir sur le trône ? ne lui souvient -il pas qu'ému par les larmes filiales, non content de lui envoyer des troupes , tu voulus toi-même aller généreusement combattre ses ennemis , et assurer la couronne sur sa tcte ^^^ ? doit-il attaquer celui qui a su le défendre ; celui ' qui , presque aussitôt qu'il le voudra , peut l'anéantir? Non; le prince qui a vu combattre les Portugais sous tes ordres aut ri-^ ves du Salado , ne s'exposera point à attaquer les Portugais ; et si sa folie va jusque-là , pleurant, comme ses ancêtres, l'opprobre d'avoir été vaincu, son audace insensée lui coûtera cher. Plût à Dieu qu'il nous invitât à la guerre î ton fils pourrait alors te montrer qu'il sait t'imîter quand il le faut, en entourant de nouveaux lauriers ton diadème.