‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 221 sur 292 · ACTE I, SCÈNE t · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE t

pas davantage, j'irai chercher ma vie ailleurs. Le prix de mes services est dans votre bouche; iL n'est pas nécessaire qu'il y reste. Donnez-n^toi quelque, sûreté qui me puisse servir, dans le cas où vous, me manqueriez.

Prends ce papier; j'y ai écrit ce que je te dis de vive voix.

SÂNC0Û.

Ah ! seigneur , j'ai bien peur que les papiers n'aillent avec les services ; et plaise à Dieu qu'après vous avoir suivi, nous ne nous brouillions pas avec quelques-uns de ces enchanteurs qui nous persécutent, parce que les malheurs des maîtres s'attachent comme la teigne au corps des écuyers! Je vois bien que mes services ont des ailes, mais ils ne s'envolent pas malgré cela; ils restent toujours dans la secrétairerie des procédures avec un couvercle par-dessus.

Sancbo Pança , mets la main à l'œuvre , prends du cœur et ranime ton courage ; je jure , foi de chevalier errant , que dans cette seconde entreprise je ferai voir au monde ce qu'est don Quichotte de la Manche. Jusqu'à présent on l'a nommé le chevalier de la Triste Figure ; mais ce sera désormais la joie de runivei*s. Va donc te préparer; demain, au lever de l'aurore, nous nous mettrons en voyage.

SANGHO.

Je vous donnerais un conseil.

DON QOIGHOtTE.

Qaei ést-'il? dis toujours : on p^rétend que les con^ seils d'un fou servent quelquefois dayantage que ceux d'un homme de sens.

SANCHO

Je vous donnerais donc le conseil que nous ne fassions pas lever l'aurore ; parce que , si nous la mettons de mauvaise humeur, nous ne là trouverons pas un autre matin ^*\

Laisse-là tes sottises, et fais ce que je te dis.

SàNOBO,

C'est bon ; je voua du adieu* Je vais m'armer chevalier , ou , pour mieux dire, ànier ; attendu que je n'ai point de cheval , et que je ne monte qu'un grison. Je prendrai en ihême temps congé de ma chère Thérèse Fanca,

GARRASGO, à part.

C'est fort bien : je vous promets, maître et valet, d'a^raQger une expëdition qui vous dégolitera de ▼es chevaleries errantes.

LA NIÈCE

Oncle de mon âme, voyez l'ajbaudon dan;a lequel vQus me laissez; ayez égard à ma jeunesse, et considérez qu'en vous en allant vous noua lais$ez toujours sans appui.

LA GOUVERNANTE

J'ai été votre gouvernante pendant plusieurs années, ne m'oubliez pas.

A<:TBI, SCÈNE L 377

DOK QUICROTTB

Il n'y a pas moyen ; je Veux m'en iillei* : Il û'ést pas juste que ma mémorable histoire reste sans la suite qu'elle mérite. Je vais en même temps faire une foule de bonnes œuvres. Combien de damoi'* selles ont besoin qu'un chevalier errant vienne défendre leur bien et leur honneur! combien d'orphelins se trouvent lésés ! combien ' d'honorables chevaliers ont été victimes des enchanteurs , faute de la chevalerie errante! enfin^ je n'ai plus rien à dire^ je vais châtier les insolens, et redresser les torts (^^.

la: nièce.

Mon oncle^ ne vous absentes; point»

Taisez-vous , impertinente .

LA GOUVERNANTE

Mon maître , c'est une folie,

CAARASCO.

AUez^ allez ; don Quichotte^

LA NIÈCR

Mais, que ferai-je sans oncle?

LA GOUVERNANTE

Que vais-je devenir sans maître ?

CARRASCtr,

Laisséz-le partir.

Allons ; allons, qu on ne pleure pM dava>ntaga%

37» DONQUrCHaTTE\

LA GOUVERNANTE

Un maître que j'aime tantî

LA NIÈCE

Ah ! nièce nciaHieureuse !

Adieu ^ ô ma chère patrie!

CâRRASGO

En avant ^ en avant, don Quichotte î

LA NIÈCE

La douleur me fera mourir.

LA GOUVERNANTE

La peine me suffoque.

Ce que je tiens à la main est une ëpëe , et non pas une quenouille.

CARRASCO,àpai-t.

Ah! don Quichotte, tu t'cju vas pour ton malheur.

Page 1