ACTE II, SCÈNE I. 6S
BON ALPHONSE
Quelle démence! 0 ciel!..* j'ai honte de t'a voir donné l'être : je tremble en t'écoutant.... Malheureux sujets , chers enfans , quel monarque je vous laisse sur le trône ! Tu désires la guerre y ce fléau qui déshonore et dévaste l'humanité! qu'importe aux peujples les caprices des rois ? Écoute les leçons d'un père ; quoique irrité, il ne doit s'occuper qu'à te corriger : je ne puis pas, mon fils , quand je t'écoute , ne point te reprendre et ne point t'instruire ; peut-être qu'en m'envoyant toi-même dans la tombe, tu me succéderas bientôt au trône ; n'oublie donc pas mes maximes, épargne le sang de malheureux sujets, apprécie la vie du moindre, d'entre eux comme la tienne ; crains la guerre , elle est toujours funeste, même au vainqueur. Les bons rois pleurent au milieu du triomphe. Dans cette même bataille si célèbre, que tu juges m'avoir ceint d'un immortel laurier, quand les rives du Salado étaient jonchées de montagnes innombrables formées par les cadavres d'infidèles ennemis, pour avoir perdu seulement trente de mes soldats, je pensai que cette victoire me coûtait bien cher; et, recueilli avec moi-même, je versai plus de larmes qu'ils n'avaient répandu de sang. Les rois doivent être les pères de leurs sujets ; rien ne doit leur importer que leur bien : ce bien exige le mariage que je t'ordonne ; J'écoute sa voix, et non pas celle de ton cœur. Je t'ai déjà dit que j'avais donné ma parole, et je te répète que tu dois la remplir : Alphonse est ton roi ; il ordonne, et cela suffit. Souviens-toi qu'aujour-
d'hui même tu dois partir avec moi pour la cour y
va te pre'parer.
DON PÈDRE
Je suivrai tes pas , mais c'est en vain gue tu prétends célébrer cette union. Je voudrais t'obéir, je ne le puis pas. Sans t'en dire davantage ^ je t'en dis assez.
(Il sort.)
SCJÈNE IL
DON ALPHONSE seul.
Est-il possible ^ ô ciel ! que mon fils résiste à m^s ordres avec tant de témérité ? Quel aveuglement ! quelle audace ! Il est nécessaire de" déraciner de son âme, par la violence, la funeste passion qui l'entraîne et le fait ramper ; mais de quelle manière ? il faut y penser.,.. Quelque chose qu'il arrive mon traité doit être accompli. Le fils ingrat, au lieu d'un père tendre, va rehcontrer en moi un roi sévère. {Appelant s^ers le fond du théâtre. ) Holà ! don Nuno !