ACTE II, SCÈNE IIL
^ SANGHO.
Je ne doute point qu'il y ait ceHaines déesses auxquelles on doive payer ses hommages dans le temple de la beauté; qu'il y ait dés Dulcinées : ex parte objecti , j'en conviens ;*à parte reiy je ne puis le croire. Et d'ailleurs , pour prouver ce que c'est que l'amour ^ je m'atpliquerai mieux en chantan^.
Tel en miaulant un vieux chat , pont rintrépidité ne dément pas la race , S'élance sur un pauvre rat Qui lui demande en vain sa grâce ; Tel Amour , ce tyran des cœurs , Dont les blessures sont mortelles , Lance sur nous ses traits vainqueurs Quand il nous tient dans $es griffes cruelles.
( La terre tremble , et Ton voit paraître un diable sur un âne. )
LE DIABI^E*
Lequel d'entre vous est don Quichotte de la Manche ?
C'est moi; que me voulez-vous ?
LE DIABLE
Lequel est Sancho Pança ?
SANCHO
Ce n'est pas moi ; que me voulez-vous ?
LE DIABLE
Dites-le ^ sous peine de la mort.
SANGHO.
C'est ce petit serviteur de votre courtoisie.
444 ï>ON QUICHOTTE,
LE DIABLE
Eh bien! attendez ici tous deux; Merlin vient pour désenchanter madame Dulcinée du Toboso.
(Iliort.) SANGHO. ,
Je n'ai jamais tu de diable plus poli : il a été fort bien élevé ^ et devait être fils de bonne maison; car il a donné à Dulcinée le titre de madame.
\0h! que ne suis-je déjà en ta présence, chère Dulcinée !
LÀ DAME, à pan.
Notre plaisanterie va très -bien. Ce don Quichotte et son valet sont de grandes dupes.. *
( On voit arriver un char sur lequel paraissent Merlin , Dulcinée , et d'autres persoa-
nages tenant à la main clos torches enflammées.)
0 Sancho^ tel est ma satisfaction et ma joie^ que je regarde ce jour comme le jour le plus heureux de ma vie entière !
SANCHO
Monsieur mon maître^ ne voyez-vous pas audessus de l'impériale du char une chose qui ressemble à un épouvantail pour empêcher les oiseaux de manger les figues?
Oui. Et qu'est-ce que cela peut être ?
SANCHO
Ce que cela peut être ? C'est madame Dulcinée du Toboso; mais ne le dites à persenne.