‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 262 sur 292 · ACTE II, SCÈNE IIl · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIl

Hëlas ! ami Sancho , est-il bien possible que mes yeux soient assez heureux pour considérer enfin la belle f la charmante , la sage Dulcinée du Toboso , l'envie de Vé^us, Tardeur de Cupidon?

SANCHO

Je voudrais bien avoir deux œufs pour faire frire avec mon maître; il se fond comme du be.urre,

DULCINÉE

Don Quichotte, prodige de valeur, colonne du temple de Mars, nec plus ultra de la vaillance, bras droit d'Achille , cœur de Pyrrhus*, ô tof qui sais mêler les plaisirs de Vénus aux rigueurs de Mars, l'occasion de me désenchanter est arrivée; tu peux me délivrer du pouvoir de ces magiciens , qui , à cause de toi, et par jalousie de ta valeur, m'ont tourmentée.

SANCHO

^ C'est une pitié, monsieur; sefcourons-la, la pauvre dame est sur tes épines. Pauvre petite , piauvre petite !

DULCINÉE

Es-tu muet? ne me réponds-tu pas? Si l'amour ne se fait plus sentir dans ton âme, laisse-toi émouvoir par mes larmes;, unies aux tendres acçens de ma voix. Qu'importe que tu saches renverser une bête féroce , si tu ne sais pas vaincre les fureurs d'un monstre cruel animé par la colère ? Cette valeur brillante qu'on admire dans ta personne, c^est une ii\iure de te la rappelei', A tu ne peux pas délivrer une femme.

Dulcinée 9 si je ne t'ai point répondu, c'est que jusqu'à présent j'ai été extasié de ta beauté. Ce n'est pas par des paroles que je veux te faire connaître mes dispositions ; les actions seules prouveront ce que je dois faire pour toi, esprit léger qui animes mon âme. Dis ce que tu veux que je fasse pour te désenchanter.

SANGHO.

Voilà bien le cas de tous y mettre : quand bien même vous voudriez combattre trois cents géans^ je dirait que trous feriez fort bien. L'occasion vient vous trouver, et madame Dulcinée en vaut bien la peine.

DULCINÉE

Don Quichotte, je sens venir l'instant fatal où les enchantemens m'empêcheront de parler, car il ne m'a été accordé qu'un quart d'heure pour m'entretenir avec toi , mais le seigneur Merlin te dira qui doit être l'instrument de ma délivrance.

Oh ! quelle douleur ! Tenchantement lui ferme la bouche et Tempéche de parler.

SANGHO.

Si* c'est à la bouche qu'est arrivé l'accident, il doit être causé par une goutte coraline, car elle est ma foi bien vermeille.

JIIERLIN.

•Yaillant don Quichotte, cette infortunée que tu vois est ta Dulcinée bien-aimée. Je veux la désen-

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