SANG H O
Bra^e homme , conter votre affaire. Je me débouche les oreilles pour tous entendre.
Seigneur, yoici le cas...
SANCBO.
Cela suffit; ne m'en dites pas davantage. Ah! voici le cas. Y a-t-il une plus grande insolence y et peut-on perdre ainsi le respect dû à la justice? Holà ! holà!
Ecoutez-moi^ seigneur, cela n'est encore rien; écoutez*moi jusqu'à la fin.
SANCHO
Qui a entendu cette affaire ne peut pas en demander davantage I et doit 'faire sur-le-champ justice. Ho I huissier I qu'on dresse une potence dans mon cabinet, pour que le délinquant soit châtié plus publiquement.
LE GREFFIER
Quel délinquant, seigneur? vous n'avez pas encore entendu de qui il était question.
. ACTE II, SCÈNE IV. 45c^
SAIÏGHO.
J'ai un tel désir de rendre justice , que la colère me monte à la tête en un tour dé main^ de sorte que si vous ne m'avertissiez point qu'on n'avait pas encore parlé du coupable , j'étais capable de vous envoyer pendre vou$-même comme la personne que j'avais le plus à ma disposition.
Monsieur le gouverneur^ considérez que..»
SANCHO
J'ai considéré; qu'y a-t-il de plus?
UHOMME.
Que j'allais... en allant... pour aller...
SAIÏCHO.
N^avez-vous pas achevé d'aller? Finissez^ avec Tos allées et venues.
En allant donc...
SANCHO
Allez donc, brave homme, cela, a déjà été dit, ne me faites pas damner. Les moindres retards que j'apporte à mettre la justice en exécution, sont autant d'éternités de peines que vous me mettez sur la conscience. «
UHOMME.
J'allais donc tranquillement, sans fair%de mal à personne, lorsque je rencontrai un grison attaché à une porte; je voulus passer, et je lui en demandai permission , mais il ne me répondit pas : je recommençai à la lui demander avec des paroles fort po*
4rio DON QUICHOTTE,
lies, lorsque^ leTantles pieds de terre, il m appliqua ses deux fers droit sur restomaCi de manière à me faire sortir le sang de la bouche. Voici l'affaire , seigneur; je vous supplie de ne point laisser sans châtiment une insulte semblable^
Je m'en occuperai certainement. Je jure par ma foi d'écuyer errant, et par les yeux de ma femme dona Thérèse Pança ^^^^, que le monde Terra le châtiment exemplaire d'un aussi grand crime.
Aï! monsieur le gouverneur, c'est là dans le creux de l'estomac qu'est tout mon mal.
SANGHO.
Voyez bien si ce n'est pas la faim ! Ce qu'A y a de certain c'est que si l'estomac avait des dents comme la bouche, le grison vous les brisait. Dites-moi ^ brave homme , cet âne qui vous a envoyé une ruade de quelle taille e'tait-il ?
« UHOMMë.
Je n'ai pas ici de quoi faire la comparaison.
SANCHO
Regardez-moi bien , était-il de ma stature ?
Cela sc^ipourrait.
SANCHO
C'est fort bien : l'huissier va aller avec vous , vous approcherez doucement de ce grison , vous lui dire^ : Au nom de monsieur le gouverneur, vous êtes