ACTE II, SCÈNE IV. 46i
prisonnier; et vous l'amènerez devant moi bien attaché.
( Uhuissier etThomme viennent avec Vâne. )
L'HUISSIER
Voici le délinquant prisonnier; il m'a donné bien" de la peine à le lier. y
Monsieur le gouverneur, c'est l'agresseur; c'est lui qui m'a blessé ; appliquez-lui la loi.
. SAWCHO.
Voyez , messieurs , qui trouble la république. Dismoi, grison, quel mal t'a fait cet homme pour le maltraiter delà sorte? Le diable d'animal ne répond pas, ses torts sont certains : celui qui se tait a commis le délit, aussi sûr que nous sommes ici présens. Gomment t'appelles-tu, grisoiî? A qui appartiens-tu? Quelle est ta demeure? De qui es-tu fils? Que distu? Cet âne ne s'émeut de rien. Il doit être vieux, car il se serre les côtes et rie veut pas parler. Huissier, ne le connaîtriez-vouspas, vous qui êtes plu» ancien dans le pays?
L'HUISSIER
Votre grâce nous en dit de nouvelles ! Ne reconnaissez-vous pas votre âne , surnommé le grison ? C'est peut-être parce que cet animal se fie en votre clémence qu'il commet de semblables insultes. Nous verrons maintenant votre justice.
SAMCHO, à part.
Y a-t-il une plus grande (Msgrâce? Ah! grison de mon âme, qui aurait pu te dire que je deviendrais
ton bourreau ? C'est pour cela sans doute qu'en entrant tu me jetais quelques regards pour implorer ma compassion. Il n'y a pas de remède , il faut que je prononce la sentence. Tout ce que je puis faire c'est de ne pas l'exécuter. Holà , que personne ne se rappelle ce que je viens de dire.
Expédiez-moi, seigneur.
SANCHO
Pour que le monde con/iaisse mon intégrité et mon incorruptibilité, je fais savoir à tous que je lance la sentence suivante contre mon propre grisou. (// dicte la sentence.) Vu le grisou et l'accusation du* demandeur , preuves données de part et d'autre , il résulte que le susdit demandeur allant se frotter contre la jambe de l'âne coupable , celuici y levant le pied gauche , lui a détaché une ruade qui, lui donnant dans le ventre, malgré la délicatesse de cette partie, l'a étendu par terre comme une lamproie; et parce qu'il est évident, d'après le rapport de l'huissier ici présent , qui ne me laisserait pas mentir, que le coupable grison portait sous le pied une garniture de fer , vu que de telles armes sont prohibées, parce qu'on les considère comme armes courtes, nous ordonnons que ledit grison soit déferré, et aille sans bât au marché aux mules, exposé aux railleries des grisons ses camarades, afin que sa figure rougisse , et qu'il nous montre qu'il n'est pas un âne . sans honte ; item , qu'il ne puisse plus être père de petits ânons ; item, qu'il soit envoyé sur la rive de Cotovia , où il ne pourra manger