ACTE II, SCÈNE V
L'HDISSIER.
QuQst-ce que Ton joue?
sanguo.
Cette fanfare est sans doute de rigueur; elle semble être en musique.
LE MEDECIN
Monsieur le gouverneur, ÊiitesHnous l'honneur de manger; accordez-nous cettie grâce.
SANGHa
Il ny a pas besoin de tant de prières^ {A part.) Ce médecin est poli.
LE MÉDECIN
Premièrement, monsieur le gouverneur, je vous engagerai à manger avec parcimonie.
SANCHO
La parcimonie, est-ce quelque chose qui se mange?
LE MÉDECIN
Manger avec parcimonie , c/est manger avec tempérance.
SANCHO
Et la tempérance est un terme de cuisine ?
LE MÉDECIN
La tempérance , c'est la même chose que manger modérément, parce que, conformément à la meilleure opinion des modernes ^ beaucoup manger détruit les forces de la nature.
SANCHO
Voilà qui est pis que tout le reste ; moi , je vous
dis que vous êtes un âoe : manger beaucoup est utile à l'estomac, parce que c'est le moyen de l'emplir, et que y conformément à la meilleure philosophie y non datur vacuum in rerum natura. C'est pourquoi je mangerai.
LE CHIRURGIEN
Monsieur le gouverneur, avant que vous ne mangiez, je veux, avec votre permission, remplir auprès de vous un petit office tenant à ma profession.
SANGHO.
Sans doute que ce banquet a quelque apostume , puisque le chirurgien s'en mêle. Voyons, de quoi s'agit-il?
LE CHIRURGIEN
Je veux vous redresser •la poitrine; tenez-vous droit, ne vous penchez pas en mangeant; vous pourriez vous briser aisément une artère.
SANCHO
Est-ce que vous ne mé laisserez pas manger à ma fantaisie? Que vous importe que je mange droit ou penché? Croyez-vous par hasard que c'est la première fois que je dîne dans ma vie?
LE MÉDECIN
Seigneur, autre chose est de prendre ses repas comme e'cuyer ou comme gouverneur; c'est conime tel que nous voulons vous faire manger selon les règles de la médecine et de la chirurgie. La conservation de votre vie nous importe infiniment. Nous vous regardons comme l'unique refuge de notre espérance.