‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 278 sur 292 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

SArrCHO. I

Que je sois ce que vous voudrez, et laissez-moi manger. Qu'on m'avance la soupe.

LE MÉDECIN

De la soupe. Non pas, enlevez. Ne mangez pas de soupe; c'est une chose extrêmement nutritive, très-dangereuse, donnant beaucoup desang^ et qui peut vous occasioner une stupeur générale.

Ainsi la soupe donne des stupeurs ; c'est vous qui m'en feriez avoir. J'en mangerai , dût-il en résulter deux cents étourdissemens.

LE MÉDECIN

Je vous requiers, de la pavt de la faculté, de ne point manger de soupe, parce que dans cette île elle a les plus maiivais effets .

SANCHO

C'est parce que vous ne savez pas bien la manger.

LE MÉDECIN

Monsieur le gouverneur, laissez cela ; iltfie manque pas d'autres mets dont vous pouvez vous satisfaire ; mangez de ce plat de rôti.

LE CHIRURGIEN

Non, avec votre permission, monsieur le docteur, il n'est pas convenable maintenant que M. le gouverneur mange du rôti ; cela peut lui blesser la gorge , à cause des parties trop cuites dans le four et de l'acrimonie de la sauce.

47t» DO H QUICHOTTE,

LE MÉDECIN

iUors ne mangez pas de rôti, si la chîrargie Tordonne.

SANCHO

Ainsi y monsieur le docteur, vous êtes inqubiteur ^'^^ de mon ventre. Le chirurgien nous fait là une plaisante histoire, en nous disant que le rôti fait mal à la gorge.

L*HU1SSIER.

Monsieur le gouverneur^ tout ce que ces messieurs disent est pour votre bien ; et ils savent bien ce qu'ils faut.

SANGHO.

Huissier, j'ai toujours entendu dire : Qui te donne un os ne désire pas de te voir mourir. Ces médecins non-seulement ne' me donnent pas de viande, mais ils me refusent même les os. Je voudrais savoir pourquoi ils m'ont invité, s'ils ne me laissent pas mangeri

LE MEDECI19.

Voilà qui est singulier; nous ne vous refusons que ce qui est nuisible. Nous le répetons, il y a ici une foule de choses dont vous pouvez manger.

• SANGHO.

C'est fort bien. Tâtons de ces perdrix.

LE MRDECIN.

Ta , ta , ta I des perdrix dans aucun cas. Elles sont on ne peut plus pernicieuses à la vie de l'homme.

SANGHO.

Âhl messieurs, comment pouvez-vous dire cela

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