‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 279 sur 292 · ACTE II, SCÈNE V. 47t · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V. 47t

de la perdrix ^ que Ton mange en s'en léchant les doigts, parce qu'elle est si délicate , qu'on ne veut pas en perdre le goût ^^^^ ?

LE MÉDECIN

Monsieur le gouverneur, prêtez-moi. attention. La perdrix, comme le dit Averroès, est extrême^ ment indigeste : O nis saturatio mala, perdix autem pessima ^^^^ »

S^BGHO.

Mais, messieurs, laissez-moi au moins par charité manger de ce bœuf, pour la consolation de ma panse, J'^i toujours entendu dire que s^acar^ culpâ magnum ^t solatiunih.

LE MÉDECIN

Écoutez, monsieur le gouyerneur ; nous ne doutons pas que le boei;f pe ^oit un aliment très-géné^ reux; cependant, comme vous n'avez enco|-e rien pris , il ne vous est pas permis de manger du bœuf à jeun. C'est un aliment très-substantiel : l'estomac est faible, il s'établit uiie lutte entre eux ; nécessairement la victoire reste au vainqueur ; et de cette victoire il peut résulter très-aisément la mort.

SÀKCHQ.

Il paraîtrait, d'après cela, que je ne suis pas . même capable de manger du bœuf.

LE MÉDECIN

Cela est vrai pour l'instant.

SANGHO.

Que me répétez-vous encore , quand je me sens

47a DOV QUICHOTTE,

par moment prêt à tomber de faiblesse? Laissez-moi

manger de ce plat que voilà; je meurs de faim.

LE MÉDECIN

Etes-Tous fou y seigneur? Vous voulez manger un plat; ne voyez-vous pas qu'il est d'étaim^ et qu'il peut vous causer des obstructions?

LE CHIRURGIEN

C'est vrai, seigneur , l'ëtaim n'est pas bon pour l'estomac étant fondu; encore bien moins quand il est dans toute sa crudité.

SANGHO.

Tout cela est vraiment honteux. Je mangerai ce que je voudrai , parce que je suis gouverneur en chef de cette île et de ses alentours.

LE MEDECIN

Vous y avez la main , seigneur.

SANGHO.

Oui, j'ai la main poUr vous donner des soufflets; à vous, médecin des urines, et à vous, chirurgien du diable (^°>.

UHUISSIER.

Seigneur , ne mangez pas , cela peut vous faire du mal ; ces messieurs le disent.

SANGHO.

Si manger fait mal , ne pas manger en fait aussi ; et si je dois mourir de ne pas manger, je pféfère mourir en mangeant. Que la martre meure , mais qu'çlle meure rassasiée.

(11 s'élève une grande querelle , et Tonfait beaucoup de bruit. )

Page 1