SDR LE THÉÂTRE PORTUGAIS
en Portugal. Ce que nous en a conservé Bouterwek n*en donne pas. une idée très-avantageuse ; mais les Portugais instruits assurent qu'on rencontre daps plusieurs pièeea des scènes d'un véritable talent. Je regrette de ^e pou* voir donner à mes lecteurs une analyse de ce poète dramatique , qui précéda ceux, de l'Espagne , de l'Ânglen terre et de la France*
Barbosa affinae qu'un des fils de Gil Yicente surpas^ sait tellement son pè^re en talent, que pour ne point diminuer la gloii^e que c^lui-ci. avait s^^quise, on l'envoya dans l'Inde^ où il mourut. Il n'est point dit si ce fut sa £sunille qui es;.erça. cet acte aFj3itraire , ou le gouyerno^ ment d^ Jean III;. il paraît seulement que ce second Yir cente avait composé un grand nombre d^autos sacrés et profanes parmi lesquels, on. estimait surtout D. Luiz d^>. los Turcos.
Le concours de circonstances qui donnait une imput* sion si extraordinaire au Portugal, et faisait naître parmi ses habitans le désir de s'élever au faîte de la gloire, développa tout à coup chez quelques hommes privilégiés un génie inconnu aux., autres nations. On vit paraître presque à la même époque Sa de Miranda, si connu par ses charmantes élégies; Fecreira, qui rappelle souvent. Horace dans ses. épîtres.;. Pedro de Andrade Caminha , qu'ion vit réussir dans plusieurs genres de poésies ; Diogo Bemardes, célèbre par son analogie dans le style avec le premier des auteurs portugais ; Jeronymo Corte Real , si touchant dans son récit des malheurs de Sépulveda ; Rodriguez Lobo , le plus entraînant des poètes bucoliques , et une foule d'autres auteurs , qui semblent s'être réunis pour .fixer la langue» Cajnoêns était aussi le con^ temporain de la plupart d'entre eux ; niais, lancé dans une
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fie à^tée, eôiitifitfelléfiieiit éloigné de sa patrie, il {irépdrdiît ed seùtëti le làôtfum&iït de sa ^oir^e , et né jouit pas eomme ceu^t que nous avons ûotmiié» dà bonheur d'être apprécié de ses eoiiipatrioted.
Quoique quelques hommes ie livrasseiit spécialement au théâtre à l'époque doitt je parle , les auteurs ce-* lèbres qui illustrèrent les règnes d'Emmanuel , de Jean III et de Sébastien , semblèrent ne s'en occuper qu'accidentellement et marchèrent bien daysmtage sur les traces des ancien^ que leur prédécesseur Gil Vicente.
Sa de Miratida, qui était allé en Italie, rapporta probablement dans sa patrie le goût de ces pièces imitées de^ comiques latins que l'on commençait à donner à la cour de Léon X. Cet auteur, qu'on regarde comme le premier qui ait fait de grands vers en portugais, possédait parfaitement plusieurs langues , et s'était surtout livré à l'étude du grec^ A la suite d'une vive altercation avec un graï)d seigneur , il fut obligé de se retirer dans une solitude où il se livra plus que jamais à la culture des lettres. Il y mit à profit les observations qu^il avait pu faire à la eour, et l'on voit inéme qu'il était loin de la regretter , malgré les avan-* fàges dont il avait pu y jouir. Son caractère était aussi éétimable que ses talens, l'dn en rencontre de$ preuvesfréquentes dans ses ouvrages , ùh. il semble quelquefois Prendre plaisir à se peindre : « Un homme, dit41, invariable dans son opinion , n'ayant qu'un seul visage , qu'une seule foi, rompant plutôt que de plier, peut être tout, mais n'est pas homme de cour. » Ce fut cependant pour cette cour , qu'il Voulait instruire , qu'on lui vit composer ses dent comédies ; et le père Macedo j dans soii élûge latin , semblé indiquer qu'elles y furent repi'ésentées. Les f^ii^ halpandos et lés Étrangers parurent à peu {)rèd dai}$ le
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méttie vsmp^ et }&nitent d'un a«sez grâiid swcdès, parce qu'ils i-appelaifcnt soUrent l'excellent comique dés latins à une époque ôîi tout paraissait nouveau.
Quoique M. Antonio das Nefves^ Pereira , trouvé que cet auteur soit parfaitement heureux dans ses iniita*^ tions , je ne puis être de son avis que relativement au style. Dans les Vilhalpandos , où l'on rencontre quelques scènes assez plaisantes , on cherche envaln Ùnë a<^ion; elle est indiquée contintiellement et n'arrive jamais; Les Éttangers présentent peut-être un peu plus d'intérêt, mais on est en droit de leur reproclier le filême défaut qu'à la pièce préoédente«
Ce fut encore à peu près vers le milieu du seizième sièdle^ que l'on vit paraître quatre autetir& qui se livrèrent au théâtre, et obtitirent une espèce de célébrité, mais dont il n'est pas fait mention dans les ouvrages étrangers qui paHent de la littérature du Portugal. Ils semblent être de l'école de Gil Vîcente , et composèrent principalement des autos 2 il paraît que ce genre de pièdes^ en conservant un titre presqùef religieux, ne roulait pastonjouts^omme dans le principe sur des sujets sacrésé
Antonio Fi*estes, qui fut le comique le plus fécond de tous ceuJt doilt je viens dé parler en dernier heu, avait acquis une rapidité dans la composition, qu'on ne vit égaler plus tard que par Lope de Vega, Il publia dtirant sa vie des cotnédies et différens autos 2 elles fii^ i^nt réunies après sa mort , probablement avec d'autres pièces, par Antonio Lopez, employé de la chapelle royale. On les trouve dans la première partie des Autos et Comédies portugaises publiées à Lisbonne en ^687, pur André Lobato.
Sébiistteii Pirez , employé à la douane de F^yal ^ en
i556, eut un véritable génie pour la poésie dramatique*
11 paraît que son principal ouvrage était intitulé Re^ présentation des glorieux /cUts tirés du texte sacrée Le Nasfire dujils de Dieu fût imprimé' avec une églogue , intitulée Syheria^ en 1577.
Antonio Ribeiro, quoique ayant reçu fort peu d'in-* struction, était parvenu à acquérir quelques notions, des belles-lettres; il Improvisait dit-on avec facilité et imitait si bien, au rapport de Barbosa, les gestes et l'accent de différens personnages, qu'on aurait cru les voir ou les entendre. Il laissa plusieurs comédies, mais son auto da natural Ins^encaô fut représenté devant Jean IIL II mourut en iSqi.
Simon Machado, qui paraît avoir été dans l'Inde , composa la comédie de Diu et celle da Pastora Alfèa ; on ne parle pas du succès qu'elles obtinrent.
George Ferreira, auteur d'un roman de la Table ronde écrivit en i^tosq Eufrosina^ Ulyssipo^ \Aulogrqfie; et ces trois comédies jouissent encore de quelque estime^ surtout^ cause du style. On ne peut malheureusement se procurer que dans les anciennes bibliothèque de Portugal les différentes pièces dont j'ai fait mention ; il paraît que les recueils où elles étaient contenues, ont été pour la plupart détruits lors du tremblement de terre de 1755. Ce seraient des monumens utiles à consulter, plutôt pour observer la marche de la poésie dramatique, que pour y puiser des sujets intéressans ou des pensées, saillantes.
Jusqu'alors on n'avait point vu paraître une seule tragédie digne de ce nom, excepté en Italie; lorsque Antonio Ferreira , qui ne paraît pas être parent de celui que j'ai déjà cité, entra dans la carrière après avoir pro-
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duit deux comédies, il voulut s'essayer dans un genre plus élevé, et donna dès lors des preuves irrécusables d'un véritable génie. Cet auteur , toujours animé de l'amour de la patrie, et bien éloigné de suivre les traces de ses contemporains , qui semblaient souvent dédaigner leur langue, pour écrire en latin ou en espagnol, voulut probablement faire connaître qu'elle était susceptible de rendre les pensées les plus nobles; mais il l'affranchit en même temps des règles trop austères de la rime. La fin terrible d'Inès, dont le souvenir occupait encore les esprits après plus de deux siècles, lui parut devoir exciter la compassion d'un peuple qui \a^ déplorait depuis si longtemps : il y avait néanmoins de la hardiesse à adopter ce sujet national, car il voulait le traiter vers i557, selon les formes simples des tragiques grecs , au moment où le goût de la nation semblait être peu en harmonie avec le genre qu'il allait adopter (i). On ne peut point se dissimuler qu'il lui fallut à cette époque un esprit bien juste et un bien grand courage pour écrire avec la simplicité de
(i) Il est probable que Ferreîra dut ce goût pour les anciens à Bucbanan , qui professait à Coïrabre lorsque ce poêle y faisait ses études ainsi que Camoëns. Le savant écossais étant devenu l'ami des frères Gouveas , de Dioga de Teive et d'autres Portugais qui se trouvaient au collège de Sainte-Barbe , à Paris, fut appelé avec eux,. par Jean III, pour occuper une chaire d'humanités et de philosophie. M. Yerdîer, en parle dans les excellentes notes dont il a enrichi le poëme portugais de YHj-ssopey et pense que les auteurs célèbres du temps lui durent beaucoup. Buchanan traduisit en latin la Médée et / Alceste d'Euripide; il composa dans la même langue deux tragédies intitulées JèpMé et Jean-Baptiste.
Il NOTICE
Sophocle sa tragédie ^ quaûd il était probable qu'elle pro* duirait plus d'effet sur des cotiteinporains en se conformant aux règles du tetnps. Gomme l'a dit^ fort bien uti auteur portugais : lorsqu'il ne resterait pas d'autre monu?»^ ment du talent de ce poète ^ il suffirait pour prouver qu'il a su imiter les anciens avec un esprit original , et qu'il ne doit pas être compris dans cette proposition' aussi absolue que fausse^ par laquelle plusieurs mo**demes altèrent l'histoire littéraire, en disant que les imitateurs des anciens, dans le seizième siède, ont tous mis des obstacles aux progrès de l'esprit humain. Le plus grand déÊiut de la pièce de Ferreira est tout entier dans l'action^ car les caractères sont bien tracés et les situations sont souvent intéressantes* Le style présente des ^beautés du premier ordre , mais c'est surtout dans les choeurs où Ferreira prouve combien il s'était inspiré des anciens. Souvent même Horace, qu'il imita dans d'autres poésies , lui fournit pour la scène de sublimer pensées.
Quoique les deux comédies laissées par le même auteur soient loin d'être dépourvues de tout mérite , elles ne peuvent cependant point faire époque dans la littérature comme la tragédie que je viens de citer. Néanmoins , dans une de ces productions , on voit encore •Ferreita animé du désir de l'utilité, puisqu'il ne se contente pas d'amuser l'esprit de ses spectateurs par une intrigue, mais qu'il conçoit dès lors la bonne comédie, en peignantun caractère. Le Cioso , ou le Jaloux^ n'est malheureusement pas bien conçu ; c'est un mélange d'aventures bizarres, mais quelquefois ingénieuses et fai* sant ressortir le principal personnage ; toutefois il est im* possible de ne point y reconnaître quelques bonnes plai-