SUR LE THÉÂTRE PORTUGAIS
santeries, et elles sont fréopiemment empruntées des comiques latins.
Le Cioso pouvant être considéré , comme une des premières pièces de caractères données lors de )a renaissance du théâtre en Europe , si ce n'est même la pius ancienne de ce genre , je crois devoir en offrir l'analyse.
La scène se passe à Venise : le jalouK 9 nommé Julio , a épousé Li via, fille d'un riche particulier, et U rend la plus malheureuse des femmes , par les bizarreries de son caractère. Bernardo, jeune Portugais , qu'elle a aimé au*trefois , arrive de Lisbonne , et fait part de ^e$ sep)timens à un certain Octavio son ami d'enfance ; c'est au jaloux qu'il a été adressé par des lettres de reçommandatippi ; mais son page, envoyé en avant, a été ^i mal reçu qu'il ne juge pas à propos de se présenter luirmdme. Cependant ce même page est parvenu à s'introduire dans la maison; il raconte tous les mauvais traitemens qu'éprouve Livia , et le vif désir qu'elle a de revoir l'homme dont elle a été si vivement aimée. Les deux amis ont appris que Julio désire obtenir les faveurs d'une jeune courtisane nommée Faustine, éprise d'Octavio, et ils imaginent, pour se débarrasser du jaloux, un moyen qu'on n'admettrait plus guère sur notre théâtre : 1^ fidèle ami df3 Bernardo, doit prier sa maîtresse de donner rendez-vous à Julio pendant la nuit ; mais eelle*ci s'irrite à une semblable proposition, en prenant même laré^ solution de se venger quelque jour. Julio de son côté, qui a fait proposer une bague , veut voir l'effet qu'elle peut produire; comme il doit passer la nuit dehors ^ il prévient sa gouvernante Bromia de n'ouvriif à qui que ce fioit ap nionde, et , pour éviter toute supercherie, de ne pas le laisser entrer lui-même , quand bien même il se
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nommerait. Bromia ne tarde pas à instruire le page de cette circonstance, et Bemardo se trouve bientôt introduit dans la maison. Julio se rend chez Faustine , mais l'on s'empare de sa bague, il est chasse de la maison , et l'on ne .veut pas même le recevoir dans la sienne, en sorte qu'il se voit obligé d'aller demander un asile à son beau-père, vivement irrité depuis long-temps contre lui. Cependant Bemardo reparaît sur la scène; il nous apprend que la vertu de Livia égale toutes ses autres qualités, et qu'il ne pourra s'empêcher de la venger, si l'on continue à lui faire éprouver des mauvais traitemens. Sa résolution devient inutile , car le jaloux a fait des réflexions un peu rapides à la vérité , mais fort heureuses pour ceux qui l'entourent ; la nuit l'a totalement changé , il prend la ferme volonté de se corriger de tous ses défauts , de devenir bon mari , et même de recevoir l'hôte qu'on lui a envoyé de Portugal. Il se trouve, par un incident totalement étranger à la pièce , que Bemardo et Octavio sont les deux frères ; ils doivent bientôt après partir pour Lisbonne.
C'est surtout dans ce dénoûment qu'on voit l'enfance de l'art , car la pièce est en général bien écrite et présente des caractères heureusement tracés; on ne peut, se dissimuler néanmoins qu'il n'y ait plusieurs personnages entièrement inutiles, et ne servant qu'à embarrasser l'action.
Quant à ce qui a rapport à l'imitation des anciens, il me serait facile de donner un assez grand nombre d'exemples de ce que j'ai avancé; je me contenterai de citer la sixième scène du premier acte, que je considère comme ce qu'il y a de plus comique dans la pièce , et où les meilleures plaisanteries se trouvent littérale-
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ment prises dans Térence , comme l'avait déjà observé un critique portugais.
JULIO. '
Je me rappelle maintenant que la senhora s'est excusée devant moi sur la visite de sa mère. Je le répète encore , je ne veux que ni père , ni mère , ni frère , ni parens , ni voisin , ni ami , ni amie , ni compère , ni commère, ni roi , ni reine , ni gens venant du paradis , entrent dans cette maison.
BROMIA.
Mais si l'on allait avoir besoin de feu ou d'eau , et qu'on en vint demander du dehors , ne voudrais-tu pas en donner?
JULIO
Non. Je ne veut point de feu , et, s'il s'en trouve dans la maison, j'exige qu'on l'éteigne à l'instant, afin qu'il n'y ait point de prétexte pour qu'on en vienne chercher. Quant à l'eau , assurez qu'elle s'est enfuie. Pour la chaudière, le mortier, le van, et tout ce qui sert à vous faire importuner du voisinage , dites qu'il n'y en a plus ici , et que des voleurs sont venus les emporter.
BROMIA.
Qui croira cela ?
JULIO
Qu'ils aillent se pendre ; je ne veux que personne entre dans ma maison.
Je ne pousserai pas plus loin cette citation; il suffira
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d'indiquer le passage du oomiqu^ hiin pour qw ^iit le monde se reconnaisse , et Ton se rappeUef a aiséinent , ca(^e quemquam alienum in œdeis intromiseris ^ etc.
Je regrette que les bornes de la notice ne me permettent pas de cit£r le riBste d^ cette scène et le ipopologue du jaloii:^ ; pri y reconnaitr^i^ u^ géj^m plp^ orig^* nal , et un faomn^e qpj entrievoy^it , çomjs^ Qji l'a à^\k observé , les r^^^sources de )a véritable cpmédie.
Je fie dirjii que for|t p^u de cho$e d^ Brysto ; icettç pièce précéda de plusieurs années celle que je viens d'analyser. Ferreira la composa à vingt-six ans, et elle fut assez bien accueillie par l'université de Goïmbre, en 1 5 54; elle est certainement très-inférieure au /aloux. Le principal personnage, que son honteux emploi empêche d'admettre sur notre théâtre , rendrait la traduction impossible , quoique le style ne soit pas en général inconvenant.
L'on ne peut guère s'empêcher d être surpris qu'à une époque où le genre pastoral semblait appartenir à la natiop ., et où les bergers , dans leurs dialogues , n'employaient (jpe les expressions les plus mélancoliques , les drames ne se ressentissent pas plus fréquemment de ce goût pour les sentimens romanesques. Cependant l'on voit quelques autos où la douleur est exprimée à côté des plaisanteries les plus triviales.
Le premier poëte de Portugal qui a excellé dans presque tous les genres, et dont nous ne connaissons guère en France que la Lusiade^ l'immortel Camoêns, a voulu s'essayer dibos la eomédie ; mais daas ce genre il est resté au-dessous de son talent ordinaire ^ et F^demo^ Seleucus , ainsi que les Amphitryons , n'ajoutent rien à sa gloire. Ces pièces néanmoins , tout impar-
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faites quelles sont ^ prouvent que les plus grands hommes du Portugal voyaient , comme les Italiens , la nécessité de créer un théâtre avant que les auteurs appartenans aux autres nations s'en occupassent sérieusement.
Comme le Gamoêns se sentait^ toujours disposé à célébrer les passions vives, il choisit un sujet qu'il était à même de traiter mieux que tout autre , et Antiochus mourant d'amour pour Stràtonice , épouse de son père Sélèucus, lui parut digne d'être mis en scèn^(i). 11 suivit dans cette circonstance les règles adoptées par les auteurs d'autos, et l'on ne sait trop quel titre, il faudrait donner de nos joîirs à la pièce qu'il désigne sous le nom de comédie. Quoique écrite en vers , elle se trouve précédée par un prologue en prose, où le maître du logis engage les auditeurs à venir jouir du spectacle qui se prépare; un gracioso interrogé par quelques interlocuteurs , dit quelques mauvaises plaisanteries qu'on ne pourrait guère souffrir de nos jours, et qui n'ont aucuii rapport avec la pièce. Cependant il semble dans le discours fait à la fin par le représéntador que le poète ait eu l'intention de critiquer le désordre qui régnait dans plusieurs autos ; et il faut convenir que la marche de la pièce est de la plus extrême simplicité. Cette petite comédie n'est divisée ni en actes; ni en scènes; il est annoncé que tel personnage entre et parle, sans que le jeu des acteurs soit indiqué. >
Stràtonice s'avance d'abord avec le* roi, et lui fait part de la maladie du prince. On voit bientôt arriver celui-ci accompagné de son page Léocada ; il semble pendant un
(i) On pense aussi qu'il eut l'intention, en composant cette première pièce, de reprocher à Philippe II le meurtre de son fîls«
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assez long diab)gue ne point apercevoir les deux autres personnages , pour avoir le temps d^avouer à son confident le tourment qu'il endure. Il &e décide enfin à s'approcher du roi y qui l'engage à se laisser visiter par le médecin, et lui fait préparer un lit afin qu'il repose avec plus de tranquillité. Ils s'éloignent tous un instant , et sont remplacés par une servante , qui a bientôt une scène assez singulière avec un portier ^ et l'avertit , après l'a voiif écouté quelque temps, que le prince va venir se coucher. Antiochus arrive en effet, témoigne le désir d'entendre de la musique, mais finit par s'endormir; la reine en entrant déplore l'état où il est réduit : qu^nd sa confidente lui remet un papier qu'elle vient de ramasser à terre , et qui découvre la passion dont il est dévoré. C'est alors que Stratonice dévoile la sienne ; elle veut même être unie avec le prince après sa mort, si elle n'a pu l'être pendant son existence. Lorsqu'elle est partie, on voit entrer le médecin , il tâte le pouls du malade; il appelle un serviteur portant le nom portugais de Sancho , et l'envoie chercher Séleucus. Le roi ne tarde pas à arriver, et se trouve suivi immédiatement par Stratonice. C'est après quelques demandes faites au prince, que le médecin ne conçoit plus de doutes sur son mal, et 'prend la résolution d'user d'artifice afin d'obtenir pour lui la main de la reine. YoLci comme il s'explique lorsque tout le monde est sorti.