‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 89 sur 292 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

OSCAR

Mon âme ardente ne soujQTre pas de retards. J'abhorre la perfidie. Celui qui craint et sait feindre Qe peut jamais entreprendre de sublimes actions.

Pendant que l'agitation et la terreur régnent dans ce pays , pendant que de féroces çonquérans ne déclarent pas leurs projets , viens donner le bonheur à tes peuples ; excite par tou auguste présence leur ardeur; que les gorges étroites des moutagnçs qui servent de barrières à tes états^ défendues par leur courage^ nous permettent de ne plus craindre et de combiner avec tranquillité des plans bien conçus , pour expulser ces étrangers que nou3 ne voulons plus souffrir.

OSCAR

Comment , ami injuste , tu me conseilles , sans réflexion , une perfidie ! Tu veux couvrir Oscar d'une infamie affreuse! Fuir^ abandpnner à des mains cruelles lamour et l'amitié, ces doux liens qifti font seuls le bonheur de l'existence. Tu veux que, parjure à mes sermens, j'aille lâchement chercher un asile au milieu de mes montagnes , eti laissant dans la crainte et dans la disgrâce mon propre cceur, celle qui fait ma félicité? Non , ami; connais maintenant la force de mon âme; je ne crains rien. Si la terreur , si le fanatisme paralysent les bras tiuiides des Péruviens, plus courageux autrefois, à moi seul j'éteindrai la race audacieuse qui prétend enlever nos trésors, et qui sait tromper, par ses prestiges, un monarque accablé > un peuple trop simple.

z68 Lk CONQUÊTE DU PÉROU,

JAGOBACGA.

L'orgueil des hommes essaie vainement de s'op* poser aux décrets du ciel. Considère attentivement les antiques et funestes prophéties des oracles : qui peut disputer la force à l'ardent tonnerre ?

OSCAR

Sort funeste de Thumaine condition ! Avons-nous donc toujours à craindre ? Continuellement environnés d'un avenir ténébreux , devons-nous consu-» mer le peu de jours qui nous ont été a.ccordés en luttant contre la mort et contre l'incertitude? Le soleil peut-il ordonner notre ruine, se réjouir quand nous gémissons y donner injustement notre patrimoine à une nation qui en est indigne? Non , Jacubacca , des traditions forgées par de vils imposteurs qui effraient le peuple n'ont pas de pouvoir sur moi* Je sais que la vertu plaît aux dieux, et que le vice attire seul leur vengeance, ainsi que le carnage et la mort.

JACUBACCA.

Le mortel altier ne peut jamais sonder les célestes secrets ; toujours limitées , nos idées inquiètes ne nous font que de fatals présens : nous sommes dépendans d'un destin que les lois de la nature a altèrent jamais.

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