SCÈNE V
La salle rojale. On aperçoit dans le fond un trône d'or.
ATABALIPA, PALIMA, SÉMIRA, INGACU.
PALIMA.
Au milieu de la terreur, de l'épouvante et du chagrin, vous avez fait renaître mon espérance ; venezvous la détruire ? venez-vous nous révéler d'importans secrets ? leur aspect est-il moins redoutable ? avez-vous découvert dans leurs accens de pliis doux sentimens ?
INGAGU.
A peine eus-je vu leur camp, où le tonnerre dort enckainé, que je sentis mon copur glacé palpiter de crainte. Des hommes armés de pesans et durs vêtemeus me conduisirent au milieu de nouvelles armes brillantes , en présence de leurs augustes chefs qui m'aliendaient près de là. Le plus élevé en rang , recornnaissant peut-être que la crainte arrêtait ma voix, commença à me parler d'un visage serein et d'un air affable pour me donner du courage. Quand je lui eus dit que le puissant monarque qui gouvernait cet empire m'envoyait pour implorer la paix ,
et qu'il dësirait le voir au milieu de son palais dans peu d'instans y il m'assura y d'une voix plus douce y que, loin d'accabler les peuples soumis, il venait seulement leur apporter de hautes yërités sur les ailes dorées du bonheur; qu'il ne deyenait terrible que pour ces audacieux mortels prétendant lui disputer le pouvoir, et s'opposer aux ordres qui leur venaient d'un Dieu puissant.
ATABALIPA.
Il faut céder à la loi sévère de l'implacable destin. Mes efforts seraient inutiles si je voulais m'opposer à la voix du ciel ; soyons dociles aux décrets d'un Dieu terrible. Les oracles s'accomplissent, peutêtre que d'humbles prières pourront éteindre sa foudre.
SEBilRA.
Mes craintes ne diminuent pas. Si les destins ont donné la* possession de cet empire à ceux qui viennent nous envahir armés du feu ; si nous ne pouvons pas résister à des bras que la foudre rend toujours invincibles , abandonnons à un funeste sort notre malheureuse patrie. Mon père , tu régneras avec tranquillité sur le trône de mon amant ; ton ami, ta fille, seront tes sujets. Hâte tes pas, fuis la rigueur d'un sort contraire ; la nature prévoyante a élevé des chaînes de montagnes pour servir de barrière inexpugnable aux étals d'Oscar .Ses habitans, accoutumés aux marches dans les lieux escarpés, habitués aux cimes rocailleuses , sauront défendre au milieu des rochers leur patrie de toutes les insultes.