‹ Chefs-d'œuvre du théâtre portugaisChapitre 91 sur 292 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

ATâBâLIPÂ.

Non , ma fille ; l'infortune suit toujours les pas d'un malheureux^ comme une sombre et inséparable compagne ; j'irais porter mon fatal destin au centre d'un pays qui peut seul te prêter un asile assuré contre le sort. Protège ta tendre mère ; va faire le bonheur d'un époux chéri; abandonne^ au milieu de ces scènes d'horreur^ un père affligé destiné à finir avec sa patrie.

SÊMIRA.

S'il y a un Dieu plus grand que le soleil et plus puissant que lui, qui par des vues secrètes se cache aux regards des innocens et dociles Péruviens, commeiit^peut-ce être un crime de ne point aimer ce que nous Ue connaissons pas? Sans doute, s'il est le créateur de tous les êtres , il n'en a produit aucun' de plus beau et de plus actif que ce Dieu lumineux que nous adorons. En vain se conjurent les destinées , les lois effrayantes qui révoltent en nous les sentimens de la vertu : un Dieu ne peut pas parler contre mon cœur. Aimer mon père , suivre constamment ce que les destins lui ont prescrit , voici la loi sacrée que la nature a gravée de sa douce main dans mon âme. Si le devoir, si l'honneur, en liant ton grand cœur à tes peuples , ne te permettent pas d'abandonner tes enfans dans la disgrâce, Séniira, suivant ton exemple , donnera sans regret sa vie pour qui la lui- a donnée autrefois.

ATABALIPA.

0 Dieu! toi que nous annoncent, avec un bruit terrible, des mortels effpayans ; qui que tu sois, tu ne

peux aimer le vice : la morale sera toujours ta fille la plus douce et la plus aimable. Que le soleil ne éoit (^u'un astre que tu as créé d'une parole , si tu es le Dieu producteur des autres êtres, tu seras bienfaisant, affable, juste, prévoyant, tu seras le protecteur des vertus et le père le plus tendre de Sémira. Épouse infortunée; toi, fille héroïque, retirez-vous; ces hommes redoutables se préparent déjà à pénétrer dans cette salle , où résidaient la paix et le plaisir. {A Ingacu. ) Cher ami , accompagne-les; je veux les entendre de près, et voir si le destin a proscrit la race des Incaa.

ÏNGACU.

En ce moment l'espérance et la crainte luttent dans mon cœur. Au milieu de ces circonstances», n'oublie pas que tu es souverain et maître d'un vaste empire , que des millions de sujets t'obéissent; mais n'irrite point par un caractère trop dur des êtres inconnus qui nous apportent au milieu du feu d'effrayantes nouvelles.

(lUorU)

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