SCÈNE VIL ATABALIPA
De tous côtes j'entends retentir à mes oreilles la voix de l'héroïsme. Êtres aimables^ sexe timide , faible et délicat, que la sage nature n'a armés que des grâces et Âes séductions , il existe dans voti^ cœur plus de courage que dans le mien. Je s^is accablé par une main puissante , et la terreur glace mon sang : voici la preuve fatale de ces destinées qui m'étaient réservées. Dieux injustes, suis-je plus criminel, plus inique que mes prédécesseurs? ai-je consenti pendant mon règne à ce que Ton opprimât la vertu ? à ce que l'on éludât les lois sacrées promulguées par les ïncas? As-tu déjà vu , injuste soleil, dans ton cours brûlant, couler le sang de mon peuple que je chéris? m'as-tu déjà vu me réjouir au milieu des gémissemens des malheureux ? ai-je prêté un asile à la fraude et à la trahison ? n'ai-je pas fait réparer promplementce dont se plaignaient mes sujets injustement opprimés? ne sais-je point punir le vice, en ne donnant qu'au juste la récompense qui lui appartient? permettras-tu, ô soleil! que ta postérité s'anéantisse, aiusi que la brillante splendeur de cet empire, to;i propre culte, tes temples majestueux?
Ah! si je vois que tu suives ton:COurs sans nous secourir ^ et 'que tu n'oses pas envoyer tes foudres contre les tonnerres qu'ont amenés ces étrangers, je dirai à l'instant que tu n'es pas un dieu , et qu'une illusion funeste nous a tenus dans l'esclavage depuis l'origine la plus reculée du monde... Ces hommes menaçans approchent; que la crainte s'éloigne, que mon cœur affligé se prépare à entendre de nouyeaux discours.