ACTE II, SCÈNE VIIL
<Les enfiins heureux de la fertile Pnna savent déjà ces grandes vérités : ne crains rien de nous, si en ami docile tu écoutes mes préceptes ; si , au contraire , tu veux t'opposer.à mes ordres, je ferai tomber sur ton empire tout ce que le ciel a de feu , tout celui que j'amène ici.
ATABALIPA.
Expliquez-vous , mortels ou dieux menaçans : d'où venez-vous? quels climats vous ont enfantés? quelles sont ces lois qui donnent le bonheur ? qui vous engage à troubler la paix qui s'était réfugiée dans cet empire heureux que vous avez rempli d'épouvante ? Etes-vous souverains ?
PIZARRE
Nous ne sommes ni dieux , ni souverains ; nous ne sommes que dès hommes , mais nous avons été doués d'un pouvoir céleste : rien ne résiste aux foudres terribles qu'à mon moindre signe la mort vomit toujours^. Prépare ton cœur, écoute attentivement de sublimes vérités, je vais déchirer pour toi le voile de l'ignorance; que la stupidité, qui avait élevé son trône dans ces lieux , s'enfuie épouvantée en cédant son empire à la nouvelle lumière. Sache donc, timide Atabalipa, que tu as vécu jusqu'à présent avec toi seul dans un coin de l'univers, qu'il 7 a un autre monde peuplé de héros et de gens courageux : c'est dans la partie ia plus agréable de notre globe que se trouve située la riche et puissante Europe. L'esprit belliqueux de ses enfans, les arts , les sciences que leur génie cultive , leur ont donné un pouvoir inconstestable sur les autres peu-
pies qui habitent les deux parties les plus étendues du monde , que nous ayons appelées l'Asie et l'Afrique : c'est à l'extre'mitë de l'Europe , où se cache le soleil pour yenir reparaître sur cet hémisphère , que se trouVe la grande Espagne^ ma patrie. La nature , par une heureuse préyoyance , a marqué ses limites eh mettant les Hautes -Pyrénées entre elle et la France, son ennemie. A l'orient^ elle est bornée par la mer qu'ouyrirent les bras d'Hercule et qui baigne ses côtes; à l'occident, l'immense Océan forme des ports magnifiques et abrités de tous cotés, inyitant le nautonier, que le commerce anime , à venir échanger les fruits de l'industrie. Ce pays fertile et guerrier est gouyerné par le plus grand des monarques: son empire s'étend bien au delà de ces limites ; il se nomme Charles , et il est le cinquième de ce nom. Une grande partie de l'Europe incline son front devant le sceptre de ce souverain ; n'ayant plus rien à conquérir dans l'ancien monde, il envoie dans le nouveau, qu'il honore, des guerriers invincibles qu'on ne voit craindre ni les mers inconnues, ni les peuples grossiers. Tout à la fois sublime et généreux, il veut te montrer la clarté de la lumière la plus pure , éloigner les ténèbres de l'aveugle paganisme, et planter dans cet empire le rameau de la foi catholique.
ATABALIPA
Je ne puis pas concevoir en un seul instant d'aussi étranges nauyelles ! Je suis sensible à ce que tu ine dis du caractère généreux de ce grand empereur; mais déclare-moi quel changement il préparc