ACTE II, SCÈNE YIII. i8i
de rhomtne les profondes impressions que l'ëducation y a inculquées dès le berceau : changer nos coutumes^ abandonner les loix dans lesquelles nous ayons été élevés ; et plus que tout cela , dépouiller de leur culte les dieux de nos pères , placer en tremblant sur leurs autels un Dieu étranger , accoutumer notre vue à de nouveaux rites , tout cela ne peut être que l'ouvrage du temps et de la vérité. Reposez-vous de vos fatigues dans ce palais^ asile de l'amitié et de la concorde ; vous serez traités selon les usages du pays. Mon cœur^ rempli de franchise ^ se rend à vous : heureux si je puis , au milieu de l'assaut des plus fortes passions , trouver les moyens de réunir par de doux liens nos dieux ^ notre patrie, nos lois et nos compatriotes.
ÂLMAGRO.
La saison des tempêtes s'avance : notre caractère, la majesté du Dieu que nous annonçons , ne permettent pas que le temps se perde en d'inutiles retards : notre loi ordonne de croire ; on ne dispute pas contre la vérité par essence. Tu dois te soumettre , et faire hommage de cet empire à mon souverain.
ÂTABALIPÂ.
Quelle cruelle violence ! Vous dites que nous sommes sauvages , et que la grossière nature nous a enchaînés; nous ignorons selon vous les usages polis de l'ordre social : vous annoncez un Dieu dont ta bonté pénètre les âmes ; et, remplis de fureur, vous proclamez les décrets les plus injustes ; vous voulez qu'en un seul instant je me décide sur la
i8a LA CONQUÊTE DD PÉROU,
question la plus importante et la plus ëlevée; que, me trouvant assis sur mon trône et sans être vaincu , j'aille lâchement déposer mon héritage aux pieds d'un être que mes yeux n'ont jamais vu; que je croie tout , uniquement parce que vous le dites ! Ce n'est pas ainsi qu'on dispose les cœurs à adopter de nouveaux principes : quand la patience se trouve lassée , souvent les sentimens les plus doux se changent en fureur «
ALMAGRO
Tu nous menaces ; tu prétends dans ton délire alier contre des décrets tracés par la main de la Providence. As-tu déjà oublié que les éclairs s'allument à notre voix , que leur feu embrase et extermine ? que rien enfin ne résiste aux fils du tonnerre? Holà! soldats, préparez-vous; la guerre se déclare ; marchez à la conquête et à la destruction ; vengez nos insultes. Que le chef de la nation soit le premier qui tombe à vos pieds I Tremble , orgueilleux !
PIZARRE
Arrêtez-vous , soldats ! qu'on n'offense pas celui qui est sans armes ^ celui qui nous reçoit dans son propre palais ^ et , se prêtant aux liens de l'amitié , ne refuse pas d'entendre les hautes vérités annoncées par les envoyés du ciel. Souvent les génies fougueux déconcertent les meilleurs plans.
AtABALIPA.
Puisque tu es sensible , et que tu as un . caractère plus doux et plus humain , je te conjure d'arrêter ton tonnerre : ne confonds pas dans les mal-