ACTE I, SCÈNE IV. i
entendre dans les places publiques, et où la guerre les retient loin de Rome , que , suivant mes avis , vous avez fait usage avec plus de fermeté de la menace et déployé votre puissance; et qu'enfin, mieux obéi , vous espérez le succès de la loi qui défendra ces mariages. Le sénat , le peuple , y donnent leur consentement. Dans cet instant important pour l'état et pour vous, deux hommes osaient s'opposer à votre loi ; l'un est épargné par faiblesse, et vous ' rappelez l'autre !
Ah , Claudius ! . . . cette loi.
Eh bien?
Je me tais.
Gomment ?
CLAUDIUS
CLAUDIUS, avec surprise.
Non , cette loi ne s'accomplira pas.
CLAUDIUS
Qu'entends-je ?
Non, ami, il n'est plus temps de cacher une faiblesse que tu finirais par découvrir et condamner. Je m'attends k ta colère, ..« peut-être même à ton mépris ; mais... après trois ans, j'ai revu... Virginie... Ce mot t'apprend tout mon àecret.
CLAUDIUS
Virginie ?
i34 VIRGINIE,
Toujours aussi belle et plus digne d'être adorée. Je n'ai qu'un mot à ajouter : elle est... au pouvoir d'Âppius... elle est dans ce palais.
CL AUDI os.
0 dieux !
Condamne le feu qui s'est rallumé dans mon âme ; regarde comme un crime une faiblesse que tu tie * connais point ; annonce-moi ma perte ; ma TÎe , mon bonheur , tout dépend d'elle.
CLAUD1US
Seigneur , y songez-vous?... Faites un choix...
Un choix !... Je n'ai plus que l'alternative ou d'être aimé d'elle , ou de mourir ! Si je suis rebuté, oublié , que m'importent les avantages et l'orgueil de la naissance ? et à quoi la vertu , la beauté , ne peuvent-elles point prétendre? Ton zèle met en vain tout son art à vanter une loi violente ; ma fierté l'approuve, mon cœur la maudit. Que n'ai-je point fait pour me surmonter moi-même ! Mon amour ne s'est assoupi que pour se réveiller avec une nouvelle force. Trois longues années passées dans le tumulte des affaires m'avaient fait oublier Virginie. Dans quel moment l'ai-je retrouvée? Que n'as-tu vu comme moi , dans cet instant terrible , son innocence , son malheur , ses larmes , la maison de son père détruite par des forcenés , et elle-même arrachée des bras du sommeil (a) ! que ne l'as-tu vue ,