ACTE II, SCÈNE II. i^g
lieux que pour t être un objet d'horreur ? Je n ai comblé ton père de tous les dons -de ma puissance que pour me voir en butte à tes mépris comme aux siens? Âh ! je m'égare... Pardonnez un emportement criminel , et Tin justice de mes plaintes; mais aucun sentiment ne plaide-t-il en ma faveur dans votre àme contre un père irrité ? Si un moment j'ai pu méconnaître vos droits et blesser votre fierté, n'êtes-vous pas assez vengés tous deux quand je reconnais ma iaute ? Et ces anciens titres d'amant et d ami , le repentir ne peut-il me les rendre?
VIBGTMIE,
Àb ! seigneur l pourquoi faut-il que ce soit moi qui rappelle à Àppins les raisons qui nous ont^our toujours séparés? Et de quel mépris votre orgueil n'al-il pas couvert ma naissance ? Est-ce à vous de vous étonner de l'indignation de mou père? Ma honte ne fut peut-être pas ce qui me causa le plus de douleur ; mais , croyez-moi , le plaisir de la vengeance est loin de ce cœur; et s'il n'avait point de plus grands devoirs à remplir , vous y occuperiez peutêtre la même place qu'autrefois : mais vous n'avez point oublié , seigneur, que Rome gémit sous vos lois de la perte de sa liberté ; vous savez quelle indignation, quelle haine excite dans Tàuie de mon père Tidée d'un joug quel qu'il soit. Quel espoir reste-t-U d'une réconciliation entre vous ? Yirgiuius est né libre... Appius veut régner. Vous aspirez au trône : fussiez-vous son fils, Virginius vous en précipiterait avec joie; et du poignard de la liberté il sacrilierait votre sang aux dieux protecteurs de Rome,
i5o VIRGINIE,
C'est ainsi que pense ce plébéien que tous ayez offensé, plus offensé comme citoyen que comme père. Ce langage, je le sais, s'accorde mal avec ma faible voii. Je sais que la vertu de Brutus ne devient chez un sexe sans pouvoir qu'un objet de dérision et de mépris. Je ne me crois point la force de sauver ma patrie ; mais, nourrie dès le berceau dans l'amour de la liberté et de la vertu, je peux dire avec vérité que mon horreur pour votre puissance nous sépare plus que vos dé ains.
A.PPIUS.
Mes dédains !.... Virginie , arrêtez ; épargnez un cœur déchiré. Accusez-moi d'un crime possible : je ne+nie point mes désirs ambitieux ; mais celui qui vous aime , qui connaît votre âme , ne conservera bientôt plus rien de sa fierté que le noble désir de se montrer digne de vous ; c'est ainsi que j'atteindrai le comble de la félicité. Que Virginie partage la gloire d'un changement qui est son ouvrage, elle aura rendu un fils à Rome et à Virginius. Vous voyez avec horreur la patrie dans les chaînes : eh bien ! vous pouvez les briser, et faire recouvrer à Rome son ancienne liberté, ses lois, sa force ; faites seulement renaître pour moi le temps que je regrette; et lorsque j'abandonne avec joie un pouvoir détesté, rendezmoi une amante et l'amitié de votre père.
VIRGINIE
Ah! pour votre tranquillité, pour la mienne peut-être, que n'avez-vous suivi ces nobles sentimens depuis l'instant oh nos nœuds s'étaient formés ! Combien de larmes n'auraient point été ré-