ACTE V, SCÈNE VII
tyran qu'un mot de tous peut encore rappeler à l'humanité, à l'honneur. Ce mot décidera du sort de Virginie; mon amour met encore des bornes à mes fureurs. Malgré toute la vengeance qu'un orgueil blessé réclame, ma faiblesse épargne l'idole que j'adore. Mais, tremblez; le bras est levé pour la briser. Virginie est encore libre, je n'ai point encore prononcé; tu as encore une fille. Écoute , et réponds-moi ; est-elle chère à ton cœur? connaistu le danger qui la menace?
VIRGINJUS,
Tu oses le demander quand tu vois l'horreur que tu m'inspires, et l'effroi peint dans les regards de Virginie ! Ce n'était point asse^, tyran , de fermer les portes de ton palais, tu aurais dû empêcher la renommée de pénétrer sous ces voûtes; tu aurais dû enfermer Rome au même instant que moi; Rome remplie de tes crimes» et dont la voix te maudit *
Rome peut te plaindre,... mais elle ne peut te secourir; cette réflexion aurait dû t'engagera modérer ton orgueil. Fenses-y ; préviens le coup qui menace tes jours : tu seras ma victime ou mon père,,,- choisis.
mai* 10 &
Crois-tu qu'un homme vertueux puisse hésiter un moment ? Moi , ton père!... Je n'oserais plus lever mes regards sur Rome, ni vers lastre du jour : voilà la réponse de Virginius.
208 VIRGINIE
Et l'arrêt de sa fille. C'est toi qui le prononces , enfin; c'est ta fureur qui en presse l'exécution; elle brave sans mesure la puissance d'un ennemi irrité , et hâte sa vengeance par un mépris injurieux.
( Il ? eut sortir. ) VIR-GINIUS, le retenant.
Tyran, s'il ne faut que cacher mon désespoir, étouffer les cris de la vengeance , oublier ses droits, réprimer mon amour pour la liberté et pour la vertu; quitter Rome en silence, la laissant dans les fers; ne jamais montrer sur ses places publiques un front redouté; enfin s'il faut moi-même porter ton joug : si c'en est assez pour désarmer ta fureur , ordonne , et tu me verras prêt à me soumettre. Ma fierté ne s'est-elle pas assez humiliée? Eh bien! vois à tes pieds un Romain baigné de larmes ; un père qui te supplie au nom de ses cheveux blancs , par égard pour sa vertu, par pitié pour son âge, d'épargner le dernier opprobre à son sang. Que te faut-il de plus, barbare, pour toucher ton cœur, pour t'inspirer quelque compassion?... Non, tigre; non : ton âme ne peut changer. Virginius à tes genoux!... Tu ne rougis pas, tyran?....
VIRGINIE
Mon père, au nom des dieux et de vous-même, cessez d'avilir votre sang par de si indignes soins pour mon honneur. N'augmentez pas la honte dont mes jours sont menacés en me faisant rougir pour mon père. N'oubliez point sur le bord de la