‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 155 sur 310 · ACTE V, SCÈNE VIL aoD · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIL aoD

tombe la gloire de votre vie. Ayez encore assez d'é* nergie pour supporter vos malheurs. Opposez au\ violences d'un tyran, le mépris d'une âme romaine, et souvenez-vous que celui qui brave sa puissance est libre, (y/ Jppius.) Va, scélérat! tu as reçu la réponse à laquelle tu devais t'attendre; je serais digne de tes chaînes, si elles pouvaient me faire oublier ce que je me dois.

APFIUS.

Non, cruelle, n'espère pas que je puisse te quitter. Je suis un monstre, un tyran digne de toute ta haine; mais, c'est toi, oui, toi-même qui m*as forcé de le devenir. Tu as fermé ton âme à la voix de mon désespoir. Mets fin à mes tourmens, arrache la mort de mon cœur, tends-moi encore une main prête à confirmer d anciennes promesses, et Rome verra ensuite si Appius en était digne. Virginie! prends pitié de toi-même et ne sois pas plus barbare que moi !

VIRGINIE

Épargne de vaines et d'importunes menaces. Tu peux m ôter mon nom, il t'appartient de le faire; mais je ne puis m'abaisser jusqu'à toi. Je choisirais plutôt un esclave qu'un tyran W,

Tu veux ta perte, tu veux me rendre criminel. Ta haine triomphe, réjouis-toi, tes souhaits seront accomplis. Elle t'attend, cette joie, qui seule peut te flatter, celle de inavoîr précipité d'abime en abîme dans le gouffre du crime. Je cours (sois satisfaite) mériter ton horreur, j'ai ton exemple

Tfawtrt Suédois. f/J

aïo VIRGINIE,

à suivre. Ce ne sfera pas assez de t arracher des bras d'un père , de couvrir tes jours et ton nom d'ignominie , de voir tes mains porter les chaînes de la servitude; mon cœur se rassasiera de vengeance. Ton père , livré à la hache des bourreaux , sera témoin de ta honte. Le meurtre et l'esclavage me feront raison de ton inimitié. Ma fureur ne s'arrêtera que lorsque la source de tes larmes ne pourra plus tarir.

VIRGINIE

Barbare !

Au nom des dieux penses-y encore. Virginie! cet instant est précieux... ne me laisse pas sortir. Un mot peut te livrer pour toujours au repentir. C'est toi qui devrais peut-être chercher à calmer Appius, et c'est lui au contraire.... Tu le veux, n'importe : ce tyran si terrible, si menaçant, il tombe à tes pieds; il ne te demande que l'espoir de t'appartenir un jour, d'obtenir de toi un regard. Il te conjure au nom de tout ce qui est sacré pour les mortels, de lui épargner des crimes.

VIRGINIE

Lève-toi. Voilà mon père, qu'il dise s'il veut par une faiblesse, conserver des jours flétris par tant d'outrages.

Virginie !

VIRGINIE

Tu peux nous laisser.

Page 1