ACTE I, SCÈNE X
SV1NDLER.
Il est si désagréable et si ennuyeux pour un étranger d'être sans connaissances dans un lieu où il se voit forcé de passer un peu de temps ! les soirées sont longues quand on est seul; la lecture finit par fatiguer; enfin un jeu modéré, quelques entretiens amusans avec des personnes aimables, spirituelles, vous font échappera lennuir et donnent des ailes au temps, *( D'une voiœ moins élevée. ) Buvez, je vous prie; ftVi-je pas raison , monsieur le bourgmestre?
LE BOURGMESTRE
Non, je vous suis obligé, point de vin rouge pour moi, ( H prend son verre. ) J aime mieux le blanc.
SVINDLER,
Je vous demandais, monsieur le bourgmestre, si je n avais paggraison dans ce que je viens d'avoir rhonneur de vous dire.
LK BOURGMESTRE
Pardon, pardon, j ai l'ouïe si dure! Oui, assurément, ce que vous me ditesest très-bien pensé ; aussi plusieurs personnes des plus distinguées de la ville se sont-elles réunies pour former un petit club ici, chez l'aubergiste. Nous y venons tous les soirs, et passons le temps à jouer, à fumer et à nous entretenir de nouvelles- Nous buvons aussi quelquefois un bon verre de vin-
SYIWDf.BR,
Est-il permis à un voyageur de prendre part à ces divertissemens?
LE BOURGMESTRE
Oh ! assurément. Tout homme de bonne compagnie est le bienvenu j plus on est, plus on rit, tel est notre principe. Les voyageurs surtout sont tus avec plaisir; ils savent toujours des nouvelles, ce qui entretient la conversation.
L'AUBERGISTE
Beaucoup de voyageurs d'un haut rang ont visité notre club. L'année dernière, par exemple, sa grâce le gouverneur de la province est venu jusqu'à la porte pour appeler monsieur le bourgmestre.
SVINDLER.
Je vais donc supplier monsieur le bourgmestre de m'accorder sa protection , pour me faire recevoir comme membre de cette charmante société.
LE BOURGMESTRE. -
Très-humble serviteur , soyez le bienvenu.
* L'AUBERGISTE, faisant un salut.
Ce sera un honneur pour nous tous ; du reste, les déboursés sont peu de chose. Toute personne qui inscrit son nom sur le livre donne un riksdaler.
S Y IN DLER. Il lire des papiers de sa poche , et fait semblant de chercher.
Je vais vous le donner de suite. ( Il continue à chercher. ) A propos , monsieur le bourgmestre , n'y a-t-il pas une madame Stricker dans cette ville ?
LE Bi «1RGMESTRE.
Oui.
SVINDLER.
Elle est bonne , n'est-ce pas ?