‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 274 sur 310 · ACTE fllf SCENE Vil · texte numérisé non relu

ACTE fllf SCENE Vil

HOLLBfl-

Y a-t-il quelqu'un, ici ?

SVJNDLEK,

Oui, monsieur; celui qui a eu l'honneur de vous offrir sa chambre.

HOLLER.

Recevez tous mes remercîniens, monsieur; je ne vous incommoderai pas long-temps : dans une heure ou deux je continuerai mon voyage pour me rendre à une terre dont j'ai fait l'acquisition depuis peu, et qui se trouve dans ces environs. Êtcs-vous aussi voyageur ?

SVIEÏDLKH,

Oui , monsieur.

KOLLEIt.

Pardonnez; les vieillards sont toujours curieux : d'où venez-vous ?

SVINDLER.

En dernier lieu, du Danemark; mais depuis six ans j'ai parcouru presque toute l'Europe.

ROLLKR.

Six ans! Nicolas, te souvient-il de celui qui partit il y a six ans?

NJGOLÀS.

Ah ! monsieur !

HOLLKÏL

De manière que vous avez visité les pays étrangers, et revenez, selon toute apparence, en homme instruit, pour faire le bonheur de vos parens, et la gloire de votre pays.

S V IN D LE R, à part.

Que répondre ? {Haut. ) Je l'espère , monsieur.

ROLLER

Alors je vous félicite, ainsi que ceux qui ont le bonheur de vous appartenir. Beaucoup de jeunes gens maintenant partent bons et honnêtes , et reviennent corrompus et couverts de honte. Je plains leurs parens ; mais bien plus malheureux , et plus digne de pitié, est le père dont le fils unique, la seule consolation de sa vieillesse , forcé par ses fautes de quitter sa patrie , le laisse sans espoir de le revoir un jour ! N'est-il pas vrai , Nicolas ?

NICOLAS

Ah!

SVINDLER, arec émotion.

Un père aussi infortuné ne devrait pas pour cela se livrer au désespoir. Quelquefois ce fils si amèrement pleuré lui a été rendu , corrigé par l'adversité, la misère , réconcilié avec la vertu, et digne de sa famille et de sa patrie.

ROLLER

Monsieur, vous parlez comme un ange. Fasse le ciel que mon cœur puisse s'habituer à cette idée, et se livrer à l'espérance! Apprenez, monsieur, que moi, vieil aveugle ,* et père malheureux , je suis privé depuis six ans de mon fils, de mon fils unique. II me quitta coupable , et je jurai de ne plus le regarder comme mon enfant. Pendant trois ans , mon cœur sut tenir cette promesse ; je n'ouvris point ses lettres , ne lui envoyai point de secours ; mais députe

.♦ 'ACTE III, SCÈNE VII. 38g

%e temps la nature a repris ses droits. Hélas! je cherche maintenant mon fils, et ne puis le trouver. Cela est juste: il m'a cherché aussi, mais. en vain* "Aveugle depuis deux ans , mes chagrins se sont accrus : me voilà avec une fortune immense, sans enfans, sans bonheur. J'appelle mon fils et ne reçois point de réponse. N auriez-vous pas entendu parler dans vos voyages d'un nommé Roller?

SVINDLER.

Roller? mais oui, je lai même connu.

ROLLER , *?ec Tiracâtf.

Vous l'avez connu? Ah! dites-moi en quel lieu.

SVINDLER.

En France , je crois.

4 ROLLER

Et vous ne lavez point secouru! vous n'avez point eu pitié de lui ! C'était mon fils ! mon fils unique !

SVINDLER.

Il comptait alors revenir en Suède.

ROLLER

Revenir en Suède ! Dieu ! est-il possible? peut-être est-il mort de misère en venant trouver un père comblé de biens!

SVINDLER % avec une émotion toujours plus Tire.

Consolez-vous. ... il reviendra bieptôt.

ROLLER

Il vient ! Où est-il ?.. où est-il?

3go I/AVENTURIER, •

S V INDLER , m jetanl dans ses fcras.

Ici... mon père!

ROLLER

Grand Dieu ! mon fils ! (// retombe sur sa chaise, après un instant de silence. ) Nicolas ! est-ce lui ?

Oui, oui , c'est notre Guillaume.

ROLLER

Oui, c'est mon fils, le fils que j'ai perdu. Mon cœur te reconnaît. Que le ciel te bénisse !

SVINDLER.

Pardonnez-moi, mon père.

ROLLER

Pardonne-moi , mon fils.

SVINDLER.

Je suis le seul coupable.

ROLLER

Non , non ; j'ai été un père dénaturé. Ah ! que ne puis-je fixer mes regards sur toi ! Nicolas , est-il toujours le même ?

NICOLAS

Oui , monsieur.

ROLLER

A-t-il encore les beaux yeux de sa mère?

NICOLAS

Oui, monsieur; c'est bien lui.

ROLLER

Et cet air franc et ouvert?

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