ACTE II, SCÈNE IL
les titres par lesquels on croit dédommager Içs citoyens des violences d*un pouvoir usurpé , et il s'indigne de l'affectation de ne voir dans les soupirs de la liberté opprimée que le cri de l'ingratitude. Je ne suis point ingrat; non, Odin; je te parle le langage de la vérité ; mon âme est aussi ouverte que l'espace parcouru par l'étoile du jour. Je me plains lorsque je souffre, m'irrite de mon malheur et me venge quand je le puis. Te rappelles-tu ces jours où Odin, sans empire, sans titre qui le mît au-dessus de ses égaux , s'occupait en silence, à l'ombre de ces bois , dans les ténèbres de ces grottes obscures , des projets qui devaient lui frayer la route du trône et de l'autorité suprême ?
Eh bien!
ASMDN.
Te rappelles-tu l'ami qu'il possédait alors, qui appuya ses desseins , donna de l'enthousiasme aux troupes et lui assura la couronne?
ODIN
Poursuis.
asmun.
Tu te souviens peut-être aussi du serment que tu fis , que ce trône, acquis par des travaux communs, nouveau gage d'amitié entre ces deux familles, serait occupé à droit égal par ton sang et le mien?
ODIN
Après.
Tftcâlrr Suédois. 3
34 ODIN
ASMUJf.
Qui de nous a manqué à ses sermens ? Tu te rap pelles (à moins que le trône n'efface de la mémoire ce qu'on fut, et ce qu'on promit), tu te rappelles l'union que tu projetas le premier entre nos enfans, même avant leur naissance, et le plaisir que tu éprouvais avec moi, lorsqu assis dans nos tentes, nous apercevions déjà dans leurs yeux, dans leurs regards, dans leurs discours, cette inclination mutuelle qui prévenait ton choix. Tu dois te rappeler aussi ta sollicitude à former ma fille pour ton fils , et le cœur d^ngvé pour Thilda.
ODIlf.
Continue.
ÀSMUN.
Il vint un autre temps où Odin, sur un trône affermi par des lois, ne fut plus cet Odin que j'avais connu jadis, cet ami qui à l'ombre de ma tente, partageant mon repas, se trouvait heureux près de moi, voyait dans nos enfans le fruit de ses peines et l'espoir du trône qui les attendait tous deux. Je prévis alors tes perfides desseins. Enfin ils se découvrirent, et je vis arriver le jour oii sous prétexte de visiter l'Egypte , de s'instruire des sciences cultivées sur les bords du Nil, Yngvé fut arraché des bras de ma fille éplorée; mais pour te punir, barbare, pour consoler Asmun, ton fils emporta dans son cœur le trait qui l'avait frappé; car ne pense pas que ta ruse , ton regard dissimulé, trompent par de fausses apparences le cœur