‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 31 sur 310 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

que tu as offensé. Ce ne furent point de nouvelles lumières sur l'art de gouverner que ton filp alla chercher au loin; ce furent ma fille, son amour, ses larmes qu'on le força de fuir. Ton orgueil frémit à l'idée d'unir unjourlesang d'Asmun au tien. N'ai-je point deviné jusqu'où va ton ambition? Tu hais la femme qui ne peut offrir à ton fils un trône, un sceptre, un peuple nouveau. Eh quoi! tu n'es pas ému par ces souvenirs? ton cœur n'a point de soupirs, ta voix point de réponse! Tu as oublié, barbare, et Thilda et son amour excité et approuvé par toi. Depuis qu'elle a voué son cœur et ses jours à Yngvé, depuis que tu as trompé l'espoir de son père et de ton fils, plus cruel que ce tyran qui vint ébranler les trônes de l'Asie , tu as enlevé à Thilda un amant, un époux, tu as voulu arracher de son cœur l'image que tu y avais empreinte. C'est en vain que les années se sont écoulées, elle jette les mêmes cris qu'au moment oiir son amant lui fut enlevé. Cachée dans l'ombre des forêts, environnée de rochers qui nourrissent sa douleur et répondent seuls à sa voix , elle supplie la mort de hâter l'instant qui doit répandre un froid éternel dans son cœur, et ne ressemble plus qu'à la fleur brisée par l'ouragan de la nuit et flétrie avant le jour. Mais la vengeance t'attend : ton faible trône en danger sera bientôt, comme Thilda, réduit en poussière. Viens, jouis encore du moment qui te reste pour contempler ta victime et entendre les derniers accens de son désespoir ; viens voir sa tête languissante penchée sur son épaule; et réjouis toi... Ton fils est Ubre.

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ODIN

Asmun aurait pu m'épargner ses plaintes et ses menaces. Mais le dépit aime à se répandre, #t la douleur veut se venger ; elle a eu son cours, c'est maintenant à moi de parler. Apprends donc que mon fils est ici , et qu'il appartient à ta fille.

ASMUN.

Lui! Yngvé?

ODiN,a«m

Asmun , assieds-toi , et m'écoutes avec patience* Il se peut que j'aie eu pendant un temps le dessein de sacrifier l'amour d'Yngvé à la gloire d'affermir un trône qui n'est pas sans charmes. Ce n'est pas aujourd'hui la première fois, tu le sais, que l'aigle infatigable des Romains a dirigé son vol vers nos frontières. L'Asie occidentale tremble à l'aspect de ces armées qui portent partout leur tonnerre et leurs lois. Je médite depuis long-temps le projet hardi d'éviter les Romains , d'emporter nos tentes vers des climats plus tranquilles, et d'y former sous la protection des dieux un nouvel empire. J'ai cru qu Yngvé serait utile à ce dessein , et j'avoue que j'ai désiré de le voir libre afin qu'il pût s'allier à une puissance respectée qui eût ainsi doublé mon autorité; mais aujourd'hui que Pompée.... Je m'arrête ; c'en est assez. La vengeance te rend ce que l'ambition t'avait enlevé. (Ils se lèvent.) Écoule : ce fléau de nos rives éperdues, qui se dit fastueusement le dieu tutélaire de nos frontières, notre héros, notre défenseur, sais-tu pourquoi il menace

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