‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 4 sur 310 · SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE · texte numérisé non relu

SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE

bord la faveur qu'elle leur accordait par rétablissement de l'université d'Àbo , et elle appela ensuite autour d'elle, de toutes les parties de l'Europe, les hommes les plus célèbres dans tous les genres de savoir. L'effet de leur présence fut prodigieux : elle imprima aux travaux scientifiques et littéraires un redoublement d'activité et une direction toute nouvelle. Jusqu'alors ils n'avaient guère eu pour objet que des recherches théologiques; mais elles avaient du moins exigé la connaissance des langues anciennes : on les appliqua désormais à des études moins restreintes, et toutes les parties du champ de l'érudition furent cultivées avec une diligence infatigable.

Toutefois la langue latine fut assez long-temps encore la seule dont se servirent les écrivains. Celle du pays n'avait presque rien perdu de la rouille de la barbarie ; elle suffisait à peine à exprimer les idées les plus vulgaires et les besoins les plus communs; et dans quel cercle étroit devait être circonscrit à cet égard un peuple isolé , ignorant et.pauvre ! Pour faire de l'idiome national un instrument littéraire , il fallut en quelque sorte le créer, et ce furent les traductions qui commencèrent cette régénération.

Dès i5a5 parut une version suédoise du Nouveau Testament : cet ouvrage des deux frères Olaûs et Laurent Pétri et du chancelier Ànderson a passé pour un chef-d'œuvre. Mais ce premier exemple ne fut imité qu'au commencement du siècle suivant, lorsque, à l'instigation de Charles IX, Martin Aschanaeus traduisit le traité alors fort en vogue de Patientid et Consolatione , de Chrystœus. Les esprits , déjà éclairés par les discussions religieuses, saisirent avec avidité cet aliment nou~

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yeau qui leur était offert, mis à la portée de tous les . ordres de lecteurs, et le goût qu'ils y prirent encouragea les écrivains versés dans les langues anciennes et vivantes , à faire connaître à leurs concitoyens les ouvrages classiques de l'antiquité et ceux des .nations modernes les plus estimés. Il n'en est point depuis Homère jusqu'aux livres les plus récens qui n'aient passé plus ou moins heureusement dans la langue suédoise , et qui n'aient contribué à la polir, à lui donner de l'énergie , de la douceur, de l'harmonie , de la souplesse , et à la rendre propre à tous les genres de style , tant en prose qu'en vers.

Aux traductions succédèrent les imitations. Rien n'influa davantage sur le sort de la littérature suédoise : elles lui imprimèrent son caractère dominant , et portèrent jusque dans ses créations originales l'esprit, les formes et les principes des modèles étrangers qu'elle avait étudiés avec le plus de prédilection. Elle en a peu choisi en Angleterre ; l'Italie et l'Allemagne lui en ont fourni davantage; mais c'est surtout à l'école des grands maîtres français qu'elle s'est formée, principalement pour son système dramatique. Cette préférence pour les arts de la France, qu'en Allemagne on attribue uniquement à l'engouement de Gustave III , s'est sans doute principalement développée sous le règne de ce prince; mais il en reste des traces bien plus anciennes. Au treizième siècle , des architectes français avaient été appelés pour construire la cathédrale d'Upsal; Gustave- Adolphe se fit accompagner dans son voyage en France, par Pierre Forrai, littérateur distingué, gendre du fameux Samuel Petit, et voulut le fixer en Suède; parmi les savans qu'attira sa fille Christine , brillèrent à

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coté de Orotius , d'Heinsius , de Coring et de Meibonius, Descartes , Saumaise, Bochart, Huet, Chevreau , Bourdelot et Naudé ; et comment , dans le siècle de Louis xiv, l'éclat des lettres françaises n aurait-il pas frappé les regards d'une nation qui ouvrait à peine les yeux à la lumière des arts? Jusqu'au milieu du siècle suivant, où en aurait-elle cherché des rayons plus purs et plus brillans? L'astre de l'Italie avait pâli; la littérature comme la langue espagnole s'était concentrée dans la péninsule; Shakspeare, divinisé depuis, inconnu au reste de l'Europe, était enseveli dans l'oubli le plus profond en Angleterre même; de toutes les productions britanniques, à peine quelques ouvrages philosophiques avaient-ils pénétré sur le continent; enfin l'Allemagne se traînait encore lourdement et exclusivement sur les traces de ces même Français pour qui elle a ensuite affecté un dédain si superbe , quand elle a eu la prétention d'avoir une littérature originale. Et l'on s'étonne que durant cette période où l'universalité de notre langue attirait de plus en plus l'attention générale sur nos chefs-d'œuvre, un peuple , que n'avait encore égaré aucune prévention, ait puisé dans leur contemplation le goût des principes sur lesquels ils sont fondés? et puisque ces principes avaient leur origine dans tout ce que l'antiquité a produit de plus admirable, comment le& Suédois n'en auraient-ils pas reconnu et maintenu l'autorité, plutôt que d'adopter des théories fantastiques que leurs plus habiles partisans n'ont encore appliquées qu'en tâtonnant , et que n'a consacrées aucun de ces grands résultats, seuls capables de les ériger en lois ? Parce que quelques drames allemands se représentent sur les théâtres de la Suède , et que quelques romans

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d'Auguste Lafontaine y trouvent des lecteurs, on a prétendu que le goût pour la littérature française était contraire au penchant naturel de la nation, et que Gustave III le lui avait imposé par force. On vient de voir comment s'étaient formées et avaient dû nécessairement se former des dispositions qui s'étaient ma* nifestées avant même la naissance de ce prince. Fortifiées par les leçons de ses instituteurs et par l'exemple de la reine sa mère, elles entrèrent dans l'esprit du fils dès son enfance , comme une idée généralement adoptée , comme une idée toute nationale ; et quand depuis , après les avoir cultivées en lui-même avec le plus grand soin , il s'efforça du haut du trône d'en augmenter le développement, il ne crut certes pas introduire une innovation.

Ce n'est pas pour avoir suivi un système qui a produit ailleurs tant d'ouvrages justement célèbres, que la Suède ne jette pas encore un grand éclat sur l'horizon littéraire. Il lui a manqué, jusqu'à présent, un de ces hommes extraordinaires qui dominent l'esprit de leur nation et de leur siècle par la seule puissance de leur génie , et donnent l'impulsion aux talens que fécondent au loin leurs exemples et leurs leçons. Mais, dans une sphère moins élevée, la littérature suédoise a possédé des conseils et des guides qui lui ont rendu d'utiles services.

A la tête de ces instituteurs se place Olaûs Dalin. Né dans les premières années du dix-huitième siècle 9 d'un ecclésiastique obscur, il illustra bientôt son nom par des succès qui le firent choisir pour précepteur du prince royal, depuis le roi Gustave III. A peine âgé de vingttrois ans, il publia, sous le titre tf Argus suédois , un

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