‹ Chefs-d'œuvre du théâtre suédoisChapitre 43 sur 310 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

POMPÉE , YNGVÇen habit romain.

(Vers la fin de la scène précédente Yngvé a paru dans le fond du théâtre ; il «arrête un moment comme transporte* d'un sentiment délicieux , faitquelques pas, et tandis que Pompée donne Tordre daller vers Àamun , il s'arrête de nouveau près de la place où le conseil seytbe a été astis. )

POMPÉE

Je croyais que ces contrées t'étaient inconnues. Moi-même, qui t'ai conduit ici , je ne distingue qu'avec peine le lieu où. nous sommes. Qui a pu ainsi presser tes pas , et te séparer de nous?

Peut-être l'influence mystérieuse que ces champs exercent sur moi , le charme secret attaché à ce ciel.

, POMPÉE

Ton imagination te trompe; lorsque le jour éclairçra tes pas , tu ne trouveras plus qu'un • peuple de bergers , sans sciences, sans lois , sans mœurs , semblables aux animaux dont la dépouille couvre leurs épaules.

ACTJE III, SCÈNE II. 5i

Y3GVÉ.

Un peuple enfant de la nature , et aussi simple quelle , est digne de tes observations, et non de tes mépris : il peut devenir redoutable à ta puissance même.

POMPÉE

Baisse , jeune homme , baisse ce ton , et prends garde à tes paroles. Tu manques au respect que tu me dois , et tu devrais en rougir !

YNGVÉ.

Toi-même, élèv£ moins la voix dans un camp ennemi. Celui de nous deux qui doit rougir le premier est celui qui vient l'épier.

POMPÉE

Soldat !... qui est-tu donc? Je te le demande avec l'autorité d'un chef qui peut punir ta hardiesse ; qui es-tu ? Que désires-tu , jeune téméraire , qui t'es attaché à mes drapeaux, et qui oses me braver?

YNGVÉ.

Dès l'instant où j'ai quitté les bords du Nil pour te suivre en Scythie , mon bras t'a appartenu ; mais mon nom est à moi, et je dois le taire.

rOMPÉE , 1 part.

Quelle noblesse ! quel courage dans tous ses discours ! ( A Fhgvé. ) Je n'ai point oublié les preuves de fidélité que tu m'as données , ni le Pont-Euxin , et le danger de cette nuit oh le vainqueur que tu suivais serait devenu la proie des flots, si tu n'eusses point exposé tes jours pour sauver les siens. Mais

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aussi , que n'ai-je pas fait pour récompenser tes services? Ta place dans l'armée fut la plus rapprochée de moi ; Pompée s'est fait gloire de partager avec toi , et les dépouilles de l'ennemi , et ses lauriers. Quelque ignoré que tu voulusses rester , ma fierté voyait avec plaisir te révéler en toi une noble origine. H n'a dépendu que de toi , et il est encore e» ton pouvoir de posséder dans ton général, un frère d'armes, un ami... Mais quelle haine cachée avec soin, et cependant sans cesse visible , a pu me fermer ton cœur généreux, et y anéantir tout le charme attaché au souvenir de tes services ? Qui a pu exciter ce dépit toujours nouveau , que tu déguises avec peine , et qui te fait voir un ennemi dans celui que tu as sauvé? Qui réveille ce courroux dont tes yeux étincellent? Quelle est ta naissance, ton pays ? Parle : la fortune t'a-t-elle poursuivi ? Elle peut changer. Si tu descends de l'un de ces rois que j'ai vaincus dans mes guerres précédentes ; si j'ai anéanti le trône de tes aïeux , si c'est le sang d'un père qui crie vengeance : parle , je te rendrai ton royaume , tes villes ; un mot, et les maux que je t'ai faits seront réparés ; je te le jure au nom de l'honneur et de Rome.

YNGVE.

Je n'ai point recherché tes favemrs , reprends tes sermens. Je ne sais quel sera mon sort; ma naissance est telle que jeté l'ai déjà dit; je suis né parmi ces peuples qui,habitant non loin des bords duGange, étendent le nom de la Scythie jusqu'aux régions septentrionales de l'Asie ; peuple que Philippe civi-

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