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en droit de l'attendre d'un écrivain doué de vastes connaissances, d'un esprit philosophique, d'une brillante imagination , d'une grande délicatesse de goût , et dont les ouvrages justifiaient les préceptes. Presque du même âge, amis intimes, tous deux d'une naissance illustre, et tenant un rang distingué à la cour, les comtes de Creutz et de Gyllenborg mirent leurs efforts et leurs talens en commun pour élever leur nation, par les arts, au même degré de gloire où l'avaient fait monter dans les sciences les Celsius \ les Wallerius et les Linné.
Les femmes ne témoignèrent pas moins d'amour pour les lettres et de zèle pour leurs progrès. La reine Louise Ulrique , qui en avait pris le goût à la cour de son frère , le roi Frédéric II de Prusse , dans les entretiens de Maupertuis, de Voltaire et d'Algarotti, leur accorda en Suède la plus constante protection. Elle fonda, en 1753, dans la capitale, une académie des belles-lettres. Il n'y avait encore d'association de ce genre que pour les sciences : Upsal en possédait une depuis 1720, Créée par l'archevêque Éric Benzélius; et c'est la plus ancienne académie du Nord. Il en fut institué une autre pour le même objet à Stockholm, en 1739. Celle qui dut la naissance à la reine , et que son fils as* simila depuis par la nature de ses travaux à notre Académie royale des Inscriptions , a publié des mémoires pleins d'utiles recherches, et de matériaux précieux pour l'histoire nationale. A l'exemple de la souveraine Hedwige, Charlotte Worden-Flycht réunit les amis des arts dans une société particulière, qui fit époque dans la littérature suédoise. Plus tard s'élevèrent pour le même but, et avec succès, deux autres associations libres du
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même genre , sous le nom de sociétés de belles-lettres et à9 utile dulci; et de toutes ces réunions académiques sont émanées, sous le titre de Recueil de littérature, d'Exer*ciceset de Dèlassemens littéraires, des productions dont quelques-unes ne sont pas indignes d'estime. Mais en 1 7 86 un temple plus auguste fut consacré aux Muses : Gustave III érigea \ académie suédoise sur le modèle de l'académie française. Ses statuts lui firent une loi de travailler à un dictionnaire et à une grammaire : jusqu'à présent la grammaire seule a été publiée. L'académie fut aussi chargée de distribuer des prix d'éloquence et de poésie. Le roi lui-même ne dédaigna pas de se présenter à ces concours , et son éloge du maréchal Torstenson en sortit triomphant et couronné. Le soin d'honorer par des notices biographiques la mémoire des hommes célèbres de la Suède fut encore Tune des attributions de l'académie ; du moins a-t-elle donné la vie du feld-maréchal baron de Helmfelt que Gustave III avait déjà choisi pour le héros d'un de ses drames. Composée de l'élite des gens de lettres, des hommes les plus recommandables parleurs lumières , leur esprit et leurs talens, cette académie avait commencé à prendre un essor glorieux, et promettait d'exercer une influence d'autant plus salutaire, que l'indépendance et la liberté y étaievt regardées comme les étémens indispensables de son existence. Mais, quelque chère que parût être cette institution à son fondateur , il aima mieux la détruire que de n'y pas voir dominer son absolue volonté. Ce n'est pas trop la peine que le pouvoir forme avec un grand appareil des établissemens pour la recherche et la propagation de la vérité , s'il a la prétention d'en rester seul et l'organe et l'arbitre. Après seulement neuf ans de durée , l'aca-
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demie suédoise fut anéantie. Rétablie sous le règne suivant, mais dans des circonstances peu favorables, elle en a retrouvé depuis de plus propices pour reprendre sa première splendeur et son ancienne influence.
Après cette vue générale sur la naissance et la marche d*la littérature suédoise , et sur les causes principales qui ont agi sur ses destinées, il est convenable de descendre à quelques détails pour en connaître les variations et en apprécier les résultats. Les guides les plus sûrs pour cet examen sont Y Histoire littéraire des poètes suédois, de Liden; Y Histoire des beaux-arts et du bon goût en Suéde , par Dalin ; l'ouvrage de Rûh sur Y État des beaux arts en Suède; les Considérations de Hôft sur la poésie suédoise ; le Parnasse suédois de Régner; Y Histoire1 littéraire suédoise de Léopold,et les Remarques critiques sur les sciences, F histoire et la lit" térature, par Haimerskoëld; mais il ne faut pas les suivre avec une confiance aveugle, et sans avoir comparé leurs jugemens avec ceux d'autres critiques, et particulièrement avec les opinions des écrivains allemands qui ont traité le même sujet.
La langue suédoise, d'origine teutonique, est naturellement traînante et prolixe. Avant que Dalin eût fait voir la possibilité de lui donner de la brièveté , de la précision et de la vigueur, la prose se ressentait encore plus que la poésie de ces défauts; ils la rendaient surtout peu propre à l'expression des idées abstraites et transcendantes, qui exigent particulièrement de la lucidité et une exactitude rigoureuse dans les termes. Rhydélius essaya cependant de substituer le langage commun au latin dans les ouvrages philosophiques; mais cette première tentative, dont le succès ne fut pas très-encoura-
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géante ne trouva que beaucoup plus tard des imitateurs. Il était encore réservé à Dalin de faire faire un immense progrès à renonciation didactique. Depuis lors plusieurs écrivains se sont distingués dans cette carrière , particulièrement Boëthius , dans son Plan (renseignement de morale physique; Rosenstein, dans sa Culture de ? esprit; Hôjer, dans ses Leçons sur la location des savons; et Kelgren, Léopold, Silverstolpe et {Ijârta, par leurs ouvrages philosophiques. Mais au-dessus de tous ces écrivains plane Thorild , auteur d'un Traité de F Imitation, de la Critjgue des Critiques , d'Èclaircissemens sur la véritable liberté du commerce; d'un livre intitulé, Harmonies; et d'un autre portant pour titre: Le Droite ou la Loi éternelle des Sociétés; ouvrages tous recommandables , non-seulement par la variété et l'importance des sujets, et la profondeur des idées, mais surtout par une vivacité, une chaleur et une énergie de diction propres à l'auteur. Dans ceux de ces écrits à où il s'occupe des principes de la littérature , il blâme fort le penchant qui entraînait ses contemporains vers les nôtres, et il leur donne l'exemple d'une originalité qu'il lui était plus facile de souhaiter que de rendre nationale.
On peut aussi classer parmi les productions didactiques les Lettres journalières d'un homme âgé à un prince enfant; celles d'un homme plus âgé à un prince adolescent ; et enfin la Correspondance , pendant cinq ans, d'un vieillard avec un jeune prince ; recueil de préceptes adressés à Gustave III, lorsqu'il n'était encore qu'héritier de la couronne, par son premier gouverneur , le comte de Tessin ; et on peut remarquer , en passant, que ce recueil et celui des lettres du roi qui
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en était l'objet , sont les seuls monumens du genre épistolaire en langue Suédoise; car les lettres du comte Scheffer, autre gouverneur de Gustave III, sont pour la plupart écrites en français; et celles de Charles IX à Henri IV et à d'autres souverains, originairement en langue latine, n'ont été publiées qu'en allemand.
L'art oratoire n'a pas été cultivé sans succès en Suède* mais il ne s'est pas élevé à la même hauteur dans tous les genres où il s'applique.
Les sentimens religieux et l'attachement aux doctrines de la réformation , qui se sont scrupuleusement conservés dans ce pays, n'ont pas permis aux prédicateurs d'aller chercher des modèles ailleurs que dans les contrées où se professaient les mêmes principes. Ils se sont formés à l'école des orateurs chrétiens de l'Allemagne protestante. Mais, avant que le talent de Mosheim eut enseigné à faire retentir la chaire des vérités éternelles dans un langage épuré, noble, élégant, harmonieux, flexible et docile aux impulsions de son âme, l'incorrection , la pédanterie , la trivialité , l'abus des citations et l'étalage d'une érudition bizarre , dégradaient l'éloquence sacrée. Ces défauts furent transportés en Suède et il en subsiste encore des traces', quoique ce pays ne soit pas resté étranger à la révolution opérée par l'illustre chancelier de l'université de Gôttingue. Postérieurement à cette époque , les plus fameux prédicateurs suédois, tels que Bâlter dans ses Discours sacrés sur divers textes de ly Évangile , Baëld dans ses Conférences sur les évangiles des dimanches et Jetés , Tolesson, dans ses Prédications chrétiennes, Ekmansson, dans ses Sermons, n'ont pu parvenir à donner à leurs compositions assez d'élévation et de dignité, ni à se défendre totalement de l'ancienne
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manière déclamatoire. L'archevêque Lindblom et révoque Lehnberg sont à peu près les seuls qui se soient préservés de cette contagion héréditaire , principalement le dernier qui , dit M. Catteau-Calleville , « fut le pre- » mier dans son pays, qui annonça les vérités de la re- » ligion avec une éloquence imposante et persuasive. » Le gouvernement représentatif, de temps immémorial établi en Suède, devait naturellement favoriser 1 éloquence de la tribune, surtout avant que la révolution de 177a Peut à peu près réduite à des discours d'apparat , dans une forme convenue. La tradition a conservé le souvenir du talent de quelques anciens orateurs dans les discussions politiques; mais, comme elles étaient presque toujours improvisées, on n'a pas recueilli textuellement ces débats. Les procès verbaux des séances des états reconstitués contiennent un assez grand nombre .de harangues prononcées dans ces assemblées; et plusieurs , principalement parmi celles des membres de la noblesse , tels que les Hôpken , les Tessin , les SchefFer, etc., se font du moins remarquer par un ton noble et solennel , digne du rang des orateurs , de l'auguste réunion où ils parlaient , et des grands intérêts dont elle était occupée. Mais le don de la pbrole avait été accordé à tin degré bien plus éminent au roi Gustave III ; et ses discours , insérés dans le recueil de ses œuvres, portent tous l'empreinte d'un esprit vif et éclairé, d'une âme ardente et d'une brillante imagination. Avec quel enthousiasme s'armèrent, en 1788, pour soutenir son autorité menacée, deux mille Dalécarliens, harangués par ce prince dans la même plaine où autrefois les avait assemblés Gustave Vasa ! Il se peut qu'une éloquence aussi séduisante ait paru un in-
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strument de dommage aux partisans de l'ancienne constitution , mais il n'est point étonnant qu'elle ait puissamment contribué à l'accroissement de la prérogative royale.
De savantes recherches sur l'histoire nationale ont utilement occupé un grand nombre d'érudits suédois ; et à leur tête se place Eric-Jules Biœrner, qui, digne émule de l'illustra archevêque dlTpsal, Eric Benzélius, explora avec un soin infatigable les provinces du nord de la Suède , pour y recueillir les traditions des anciens temps et les monumens runiques. Il faut citer aussi Berch, qui a publié une Histoire des rois de Suède et des personnages remarquables de ce pays, d après les médailles. y Mais parmi les écrivains dont la main a tracé le tableau de l'histoire générale de leur pays , ou celui de quelqu'une de ces grandes époques , aucun n'a produit un ouvrage vraiment classique. Dalin lui-même, que les états chargèrent d'écrire Y Histoire du royaume de Suède, qu'il a poussée jusqu'au règne de Charles IX , n'a guère fait briller dans cette composition que la clarté, la pureté et l'élégance de son style. On lui a reproché le défaut de nerf, d'exactitude, de critique et d'indçptndance dans ses juge mens. Botin, à qui l'on doit un Abrégé de F Histoire de Suède, depuis l'origine de la monarchie jusqu'au règne de Gustave Y*.3 eut plus de succès. L'esprit philosophique qui guida sa plume , et le point de vue nouveau sous lequel il considéra son sujet , donnèrent à son livre une grande réputation ; mais il est écrit avec une affectation et une recherche d'antithèses qui en rendent la lecture pénible et fatigante. Une Histoire de Norwège, toute récente, par Silverstolpe , paraît conçue dans un aussi bon es-
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SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE. xvij prit , et d'un beaucoup meilleur style , Y Histoire de la Scandinavie sous la dynastie des Folkungors ; Y Histoire de r union de Calmar, et V Histoire des guerres depuis Charles X jusqu'en i8i4> par Granberg, qui forment un corps complet de l'histoire des trois royaumes , ont été reçues avec l'applaudissement universel de la nation.
Les seules traductions des histoires. étrangères qui méritent qu'on en fasse mention sont celle de Charles- Quint, de Robertson , par SohrôcUrheim ; et celle dç la Guerre de trente ans, de Schiller. Écrire cette guerre, c'était élever un monument à la gloire de la nation suédoise; et puisque ses écrivains en avaient laissé le«oin à un auteur allemand , c'était bien le moins que quelqu'un d'entre eux la fit passer dans leur langue.
Les biographes remarquables sont encore plus rares que les historiens généraux. L'histoire de Gustave Ier. et celle d'Éric XIV , par Celsius, ont cependant de la célébrité ; mais l'individualité des rois , dont elles ont pour objet essentiel de retracer la vie, y est comme ensevelie sous l'amas des accessoires qui les surchargent. Les Vies des hommes célèbres , et particulièrement celle de Birger, par Bottin; et les Souvenirs de Berch , sont plutôt de simples notices et des matériaux biographiques, que des biographies proprement dites. Celle de Gustave Adolphe, par Hallenberg, est incomplète. Les Mémoires sur Christine, mis en lumière il y a peu d'années, contiennent d'utiles recherches qui ont répandu un nouveau jour sur plusieurs circonstances de l'histoire de cette reine , mais elles n'ont pas pour but de la retracer dans son ensemble; et avant la publication de ces ouvrages, les mémoires donnés par Arkenholz n'offraient non plus que des
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études pour un tableau général, et de plus ils sont écrits en français d'un style lourd et diffus. La partie militaire de la vie de Charles X a été aussi écrite en langue française dans ces derniers temps, par le général Skjôldbrand. V Histoire militaire de Charles XII , par Àdlerfeldt , qui n'est que le journal d'un compagnon de ce roi , d'un témoin oculaire des événemens qu'il raconte, a du moins le mérite de la fidélité ; et si l'histoire plus complète du même prince , par le chapelain Norberg , est digne de quelque confiance pour l'exactitude des faits, des noms, des dates, parce que le gouvernement suédois avait lui-même soumis l'ouvrage , sous ce rapport , et peut-être aussi sous quelques autres , à une sévère inspection , il n'est pas moins vrai qu'à cause des longueurs, des inutilités , de la pesanteur du style, il n'a pu se soutenir , même en Suède , à coté du tableau si rapide, si animé, si brillant, qu'a tracé la main de Voltaire.
Comme les rois, les guerriers, les hommes d'état, les savans célèbres ont eu leurs biographes ; mais on s'est plaint que depuis l'établissement des académies , et principalement de l'académie suédoise, l'usage des éloges y avait fait dégénérer la biographie en panégyriques. On en excepte seulement YÉlùge de Terserus, par l'évêque d'Abo Tengstrôm ; et celui de Rhydelius, par Daniel Boêthius.
Le goût des romans -ne paraît ni bien vif, ni trèsrépandu dans la nation suédoise ; et ce sont en général des traductions de l'anglais , de l'allemand et du français, qui alimentent la curiosité des amateurs de cette sorte d'ouvrages. Cependant la Suède en possède d'originaux qui ne sont pas sans prix ; et ceux de Môrk y dont
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1a publication remonte au milieu du dix-huitième siècle , produisirent une grande sensation. Malgré un peu d'apprêt dans le style, Adalric et GothiÙe} et Thècla, intéressèrent par des situations touchantes, des sentimens vrais , une morale pure, et participèrent an succès de la révolution littéraire que Dalin avait entreprise à la même époque. L'ouvrage de Wallenberg, intitulé, Monjils aux galères, ou Voyage aux Indes orientales, est une de ces fictions dans le goût de Sterne qu il est difficile de définir, mais qui , bien qu'audessus d'une certaine médiocrité, reste encore bien loin de son modèle. Plus originale , quoique l'idée n'en soit pas neuve, la Description géographique du grand pays de la Jriponnerie est un roman satirique, médiocre sous tous lés rapports, et qui n'a fixé un moment l'attention que par sa singularité. Il y a plus de talent et de mérite, et une peinture plus délicate des mœurs dans les Contes moraux et satiriques de Léopold ; et enfin on ne doit point oublier ici le petit roman de Zcaftaleski, de Kexell , ni les Nouvelles ingénieuses dont la composition charmait ses loisirs,* ou plutôt ses ennuis , dans la prison où il était enfermé pour dettes.
Aux recherches sur l'état de la prose, dans la littérature suédoise, vont succéder des recherches semblables sur l'état de k poésie.
On a vu dans les considérations générales comment la lyre avait résonné sous la main des moines pendant près de six cents ans. Il ne faut chercher dans les productions barbares de ces temps aucune règle fixe de versification. Il est cependant à remarquer qu'on trouvé dans la collection des monumens de Biorner un
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poëme du douzième siècle en vers alexandrins rimes* A la renaissance des arts, quelques poètes essayèrent de rétablir les mètres prosodiques des anciens ; mais le succès de leurs efforts n'a été que de peu de durée ; les formes modernes ont prévalu, et nos grands vers sont maintenant généralement employés dans les grandes compositions poétiques suédoises, telles que l'épopée et la tragédie.
Les rois de la maison de Vasa se sont tous distingués par l'amour des sciences et des arts. Ils les cultivèrent personnellement, et particulièrement la poésie. On a conservé quelques essais de Gustave Ier. Son fils , Éric XIV, a laissé des cantiques sacrés , qu'il composa dans sa captivité, et dont on fait encore usage dans les églises; et les historiens suédois citent souvent une Chronique rimée de Charles IX. Sans doute ces royales productions, d'un temps où la langue était encore inculte et grossière , et où la lumière des arts commençait à peine à poindre à travers les épaisses ténèbres d'une longue barbarie , ne portaient pas l'empreinte d'un talent supérieur , mais elles annonçaient un heureux penchant pour le culte des muses, et donnaient, par l'exemple , un salutaire encouragement. L'impulsion ne fut pas sans effet, et le mouyement qu'elle imprima s'accéléra sous le règne de Gustave Adolphe , par les soins de ce prince pour lui donner plus d'activité. Le plus saillant des versificateurs de cette époque est Jean Bure ou Burœus, d'abord instituteur, ensuite bibliothécaire du roi , savant profond à qui l'on doit d'immenses recherches d'antiquités gothiques ; mais esprit bizarre qui , ayant assigné le moment précis et trèsprochain de la fin du monde , distribuait tout son bien
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aux pauvres, et resta sans ressources quand ses. prophéties ne s'accomplirent pas. Il reste de lui un recueil de poésies lyriques, curieuses par le délire qui les a inspirées.
Quoique essentiellement occupée de sciences , d'érudition et de philosophie , Christine favorisa néanmoins les progrès de la poésie. Elle fit un pas immense, grâces au talent de Stjernhjelm. Il réhabilita dans son domaine un grand nombre de mots vieillis qui étaient môme exclus de l'usage ordinaire, mais qui, propres à donner de l'énergie et de la variété au langage, comme l'a prouvé l'emploi qu'il en a fait, se sont depuis, pour la plupart, maintenus dans les droits qu'il leur avait rendus. Il se servit de la mesure des vers anciens. Son Choix d* Hercule i espèce d'épopée comique , où règne un assez singulier mélange de l'antique et du moderne , est en vers hexamètres. On y trouve , daus un assez haut degré, tout ce qu'on peut attendre du travail et de l'art ; et tel est aussi le caractère de tous ses autres .ouvrages en vers recueillis sous le titre de Muses , ou Collection de quelques petits poèmes; mais l'imagination et l'élévation manquent à son style.
Stjernhjelm eut , dans l'emploi des mètres anciens , de nombreux imitateurs , qui , sous d'autres rapports , suivirent aussi ses traces dans la carrière poétique. On distingue dans cette foule Johansson ou Lucidor l'infortuné , poëte lyrique harmonieux , mais trop peu animé ; Colombus , dont les odes ont de l'éclat et de la verve ; Dalstjerna , qui , ayant particulièrement étudié la poésie italienne , y puisa le goût des stances dont il appliqua la forme à presque toutes ses compositions, et qui imita avec quelque succès le Pastor fidc de
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Guarini ; le baron de Rosentein , alors renommé pour ses sonnets; Hôlstrom, tête bien organisée, esprit ingénieux et plaisant ; Runius , autre poète facétieux d'un talent original, et Haquin Spegel, auteur de plusieurs poèmes religieux : la Création , le Paradis ouvert et ferme; le Paradis reconquis ', et la Sagesse et la Grandeur de Salomon, ouvrages qui tous furent reçus avec applaudissement, mais probablement bien plus par les âmes pieuses que par les connaisseurs en poésie. Cependant la partie technique de la versification du poème sur la création n'est pas entièrement dépourvue d'art , et l'emploi des rimes féminines y produit un assez bon effet.
Quelques autres poètes qui ont de la réputation , tels que Lindeman , Lâgerlof, Hôlmstrom, Broms, Geisler, appartiennent à la même époque; mais leurs productions , en général peu étendues , n'ont pas été recueillies, et on ne les connaît plus guère que par ce qu'en a publié Carleson dans son Essai sur la poésie suédoise.
Quoique Charles XII ait plus aimé les lettres qu'on ne le pense communément, l'esprit de son gouvernement, ses longues absences, et les soins de la guerre, ne lui permirent pas de les protéger aussi efficacement que l'avaient fait ses prédécesseurs; elles languirent sous son règne ; les poètes que produisit alors la Suède ne peuvent pas même être comparés à ceux qui les avaient devancés , et cette première période de l'histoire poétique de cette nation, qui, commencée à peu près avec le seizième siècle , a fini dans les premières années du dix-huitième , s'est terminée dans une assez profonde obscurité.
On a reproché aux critiques plus récens de s'être
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Une ère nouvelle s'ouvrit pour la poésie suédoise , comme pour toutes les autres branches de la littérature, avant le milieu du siècle dernier. C'est encore à Dalin qu'il faut en rapporter la première gloire , non qu'il ait été doué précisément d'un talent poétique privilégié , et qu'on ne puisse désirer dans ses vers plus d'élan et une imagination plus vive ; mais le premier , d'un idiome encore lâche et rampant, il fit un langage noble, harmonieux, et propre à tout peindre. Son poëme de la Liberté suédoise éleva la langue à l'expression des idées les plus sublimes; ses odes prouvèrent qu'elle était susceptible de se prêter aux mouvemens impétueux; et dans ses épîtres, souple et flexible, elle se plie aux tons les plus variés, sans jamais retomber dans son ancienne bassesse, même sous les formes les plus familières.
C'est ici surtout qu'éclate la colère des critiques allemands contre le goût presque exclusif qui, à cette époque, se manifesta en Suède pour la littérature, et principalement pour la poésie française. Tout en rendaut j ustice au mérite de Dalin , et en avouant les grands servicesqu'il
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rendit aux lettres dans son pays, ils ne lui pardonnent pas sa prédilection pour notre système littéraire , et ils loi font un crime de l'avoir inculqué à son royal élève, qui depuis en a , dit-on , tant abusé. On a remarqué déjà que les germes de cette préférence étaient depuis longtemps semés dans la nation ; ils ne faisaient en ce moment que se développer avec plus de fécondité , et ce développement devenait inévitable aussitôt qu'un esprit supérieur se sentirait appelé à faire cesser la confusion et l'égarement dans une carrière où depuis deux siècles on marchait sans règle , sans guide , sans but et sans résultats. L'expérience démontre , du moins chez les peuples modernes, que toute littérature commence par l'imitation; et à l'époque dont il s'agit , la France, sous ce rapport, était la seule nation imitable; car, encore uhe fois, aucune autre n'offrait autant de chefs-d'œuvre et de modèles clignes de l'antiquité , ce type éternel du bon et du beau dans tous les arts. Cette direction n'oppose aucun obstacle à l'essor du génie , et en attendant qu'il apparaisse et qu'il impose une autre loi, par l'effet ordinaire de sa toute-puissance , elle empêche la médiocrité de se fourvoyer dans des routes sans issue , et elle maintient et propage des principes en faveur desquels déposent les théories antiques auxquelles ils se rattachent, et les admirables applications qu'en ont faites nos grands maîtres. Sur quelles traces plus clignes d'être suivies que celles de La Fontaine convenait-il aux fabulistes suédois de marcher ? Dalin , il est vrai, s'y est égaré; il ne s'est trouvé aucun talent pour l'apologue ; ses inventions sont mesquines et froides, et sa naïveté descend le plus souvent jusqu'à la niaiserie. Mais qu'a produit de mieux en ce genre Lidntr , qui se piquait d'une ma-
SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE. . x*v nière totalement indépendante et originale? Ses partisans les plus déclarés avouent la médiocrité de ses fables , et ont raison d'accorder à peine ce nom à dès récits communs , sans intérêt , saûs vérité , et surchargés d'ornemens déplacés et de mauvais goût. Gyllenborg , au contraire , plein d'Ésope , de Phèdre et surtout de notre bonhomme y a donné à ses compositions le véritable caractère du genre ; et ce qu'il a joint de son propre fonds à ce qu'il a emprunté de ce dernier modèle , - en rappelle , quoique de loin , l'aimable simplicité , l'abandon , la grâce , la douce philosophie et le bon sens. Ce qui appartient en propre à Silverstolpe dans ses fables n'est guère plus heureux que ses imitations ; et celles de Bellmann n'offrent qu'une lourde traduction des apologues de Gellert.
On trouve dans les œuvres de Léopold quelques contes badins ; ceux de Stanhammar ont été recueillis par les journaux de son temps , et Silverstolpe a aussi cherché dans ce genre de composition des délassemens de travaux plus imfportans. Les essais des deux derniers de ces poètes ne sont dépourvus ni d'esprit , ni d'agrément, ni de gaieté ; mais il brille dans ceux du premier des trois , un talent plus réel , et ils portent l'empreinte d'une nature plus libérale.
A Us et Camilla, du conlte de Creutz , que quelques historiens littéraires ont placé au rang des narrations historiques , est un véritable poëme champêtre , considéré avec raison comme l'un des chefs-d'œuvre de la poésie suédoise. Des idées gracieuses , des sentimens délicats, de brillantes images, rendus dans un style harmonieux devenu un modèle que chacun s'efforce d'imiter ; tels sont les droits de cet ouvrage à l'admiration
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qu'il a obtenue, et dont le temps ne lui a fait rien perdre.
La pastorale proprement dite n'est pas un fruit qui pût être transplanté et mûrir sous le climat rigoureux de la Suède. Ce n'est pas dans un pays où l'hiver règbe durant huit mois que l'on trouve les bergers de Théocrite et une nature digne de leurs chants. Lidner a cependant produit quelques idylles ; mais les tableaux en sont presque tous copiés sur ceux de Gessner , et ils brillent plus par le coloris que par le dessin.
C'est principalement dans la poésie descriptive qu'excellent les écrivains suédois* Les Heures du jour et les Moissons du comte Jean-Gabriel Oxenstiern, et les Saisons du comte de Gyllenborg , soutiennent le parallèle avec les meilleurs ouvrages de ce genre des autres nations. Ces poèmes joignent à une grande richesse d'imagination une énergie de style non moins digne d'être remarquée , et sous des formes déjà connues ils présentent un caractère très-précieux d'originalité.
Dans la poésie didactique on retrouve encore le comte de Gyllenborg dans un rang distingué. Son Art poétique suédois y même quand il y abandonne les traces d'Horace et de Despréaux, et qu'il vole de ses propres ailes, offre quelques morceaux dignes du beau talent qu'il a signalé dans d'autres genres ; mais tout n'est pas d'une égale force , et sa muse tombe quelquefois dans la sécheresse et dans la langueur. Madame Norden-Flycht, dont le zèle pour l'avancement des lettres lui a fait une grande réputation , ne justifie pas dans ses ouvrages les éloges qui leur furent prodigués par ses contemporains. Son Essai sur les poêles suédois est une composition faible , triste et sans couleur. L'auteur n'a guère été mieux inspirée dans son Apologie des femmes. Si
SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE. xxtîj le Legs à monjîlsj par Lillestrâle , n'est pas entièrement exempt de reproches sous le rapport de l'art , il émane du moins d'un esprit très-élevé et en porte le sceau. Les Passions , de Thorild , appartiennent aussi au poëme philosophique; et on y reconnaît , à son obstination dans l'emploi des vers hexamètres , et dans sa manie d'innover ou d'inventer un système , un esprit singulier, qui , pour ne pas entrer dans les routes battues, s'égare dans les espaces imaginaires ; mais il faut avouer aussi , que jusque dans ses efforts les plus vains il déploie une verve peu commune, et que la profonde sensibilité de son âme, répandue dans ses ouvrages , leur prête un charme particulier et explique la sensation que la plupart produisirent. La force des pensées et la pureté du langage caractérisent le poëme de Blom , sur la Nécessité de la religion pour le maintien des états , et son Épître à ceux qui veulent se faire un nom immortel y sujet que Marmontel a heureusement traité dans un poëme sur le désir et Y espérance de se survivre. Stenhammar et Silverstolpe ne doivent pas être oubliés ici , puisque leurs productions de cette classe ont joui d'une estime méritée dans leur pays ;' et enfin il faut citer celles de Sjôberg et de Léopold sur des sujets philosophiques , les unes classiques par leur correction, les autres non moins saillantes par leur contexture et par leur esprit.
C'est principalement dans ses épîtres que ce dernier poète a revêtu les maximes de la philosophie de ces formes brillantes et légères que chez nous Voltaire a prêtées à la raison. Oxenstiern leur avait donné une apparence phis ironique, et parfois trop peu noble; et à la faveur du privilège qu'ont les muses de parler fami-
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lié rement aux rois , il avait , à l'exemple de Boileau , adroitement flatté son maître , et glissé parmi les louanges quelques utiles vérités. Àdlerbeth, plus grave, a embelli les principes de la morale des plus nobles ornemens de. la poésie.
Il faudrait qu'un peuple fût exempt de vices et de ridicules pour que la satire se trouvât exclue de sa poésie. La Suède , comme toutes les autres nations, a fourni matière à se* pinceaux. Cependant les premiers écrits en ce genre ne datent que de la fin du dix-septième siècle. Dans ses Leçons sur Fart poétique suédois, Triewald s'était déchaîné, avec l'approbation publique, contre les mauvais poètes. Dalin, à son tour, les accabla de sarcasmes, tant en prose qu'en vers, et quelquefois avec trop peu de ménagement ; mais du moins son Œuvre d avril, ou la Gloire de notre temps, se fait pardonner sa vivacité par le grand talent poétique dont elle porte l'empreinte. Le poëme en trois chants, de Bergstrôm, sur XArt de ramper », et qui est une véritable satire , n'est pas absolument indigne d'attention : le style en est passablement correct, mais le poète manque d'inspiration. Il y en a davantage dans quelques morceaux de son Éloge de la stupidité ; mais dans cet ouvrage , comme dans le précédent , on désire plus de proportion et de mesure. Le comte de Gyllenbqrg a marqué du sceau de son bon esprit, et de son talent brillant et fteond, ses Satires sur ses amis et sur les détracteurs du monde; mais par-dessus tous les écrivains suédois de ce genre s'élève Kellgren, avec tous les attributs d'un vrai poète : ses productions réunissent au plus haut degré la justesse d'esprit et un amour ardent pour la vérité et pour la vertu. Ma risée,
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Il riy a point de génie , Pourquoi Von estjbu, Y Ennemi des lumières , la Fie de Dumbom, sont autant de satires ou de contes satiriques qui lui assurent, dans les annales de la littérature suédoise , un nom impérissable. Léopold et Silverstolpe ont aussi écrit dans le genre satirique.
Les épigrammes de madame Norden-Flycht etd'Élers sont oubliées ; on n'a retenu que celles d'Oxenstiern qui ont le mérite d'une certaine originalité.
Les diverses branches de la poésie lyrique ont été cultivées en Suède avec beaucoup d'ardeur et de succès. L'ode y a été particulièrement encouragée par l'académie , et c'est cependant le genre qui a le moins prospéré. Toutes manquent plus ou moins de l'essor et de l'inspi- ration qui caractérisent celles de Pindare , de Rousseau et de Klopstock. On reconnaît néanmoins de l'élévation * et de l'énergie dans les odes de Gyllenborg sur la Force de Fâme et sur les Plaisirs et les misères de Vhomme. On doit le même éloge à celles de Kellgren, d' Ad lerbeth , d'Oxenstiern , et de Léopold : les deux derniers de ces poètes ont de plus l'avantage dans lçs leurs d'une imagination plus Vive et d'un plus brillant coloris. L'ode de Casstrôm sur la Providence n'est pas sans çclat. On trouve de belles strophes dans celle de Sjoborg sur Gustave Adolphe; les autres, du même auteur, ont une marche, trop composée , trop didactique. L'ode de Stenhammar sur la bataille de Svensksund passe pour un chef-d'œuvre; mais entre .les poètes lyriques, la première place appartient à Francèn. Ses ouvrages la lui ont méritée par le choix et la vivacité des images , l'élévation des sentimens > un langage pittorescjy e , et la nouveauté des formes. Ces qualités éclatent principale-
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ment dans son Ode au comte de Creutz , et dans les suivantes, la Voix de la Suède, le Nouvel Éden , les Institutions de la Finlande; mais il n'est pas toujours égal à lui-même, et, souvent trop prodigue d'images, il a encore le défaut de les prolonger sans mesure.
Les chansonniers abondent en Suède , et on compte parmi eux des hommes célèhres dans des genres plus graves. Les chansons de Dalin obtinrent beaucoup de vogue : faciles , agréables , mais en trop grand nombre t elles furent de son temps généralement chantées. Élers a rendu les siennes populaires par leur naturel, leur simplicité et leur naïveté. Celles de madame Nord en - Flycht plaisent par le sentiment et par le langage doux et pur qui y règne. Le petit nombre de celles qu'a laissées Tilas , trop tôt ravi aux muses, sont caractérisées par la légèreté et par la grâce. Rellgren et Francèn comptent aussi avec distinction parmi les lyriques plus modernes. L'imagination et le sentiment animent les chansons amoureuses de madame Wickstrôm. Mais Bellmann l'emporte sur tous ses rivaux : ses ouvrages sont marqués à un coin tout particulier ; il est incontestablement le premier des lyriques suédois; toutes ses compositions , consacrées à célébrer des événemens nationaux , sont inspirées par une âme grande , profonde et passionnée. Les sujets les plus communs, il sait les embellir par l'idéal , et c'est avec un génie vraiment original qu'il a illustré un genre dans lequel un modeste chansonnier français a prouvé et prouve encore tous les jours qu'on pouvait déployer un talent poétique du premier ordre (i).
(i) Bellmann a compose lui-même les airs de la plupart de ses
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Bellmann s'est missi essayé dans les eafttiques sacrés; mais il y a été moins heureux que dans ses hymnes profanes. Ceux d'Œdman lui ont acquis quelque réputation ; mais c'est aux travaux de Stenhammar que fut décerné le prix institué par l'Académie pour l'encouragement de ce genre de poésie.
Enfin on doit à Lidner quelques Oratorio. Ceux de la Ruine de Jérusalem et de Gethsemané sont des compositions pleines de feu , et le langage y transporte et y touche à la fois; mais là, comme dans ses autres productions , l'auteur quelquefois s'élance au plus haut des airs, et quelquefois rampe sur la terre.
Cette inégalité se fait encore sentir dans ses poèmes élégiaques : sa sensibilité s'y montre profonde et pathétique, son imagination riche et active; mais à côté des mouvemeos les plus vifs et les plus touchans , et des tableaux les plus animés , 5e rencontrent des sentimens glacés et des images décolorées : il aurait*eu besoin de plus d'apprendre à se défendre de sa facilité et de son abondance. Le goût lui a manqué; et comme Thorild, pour n'avoir pas voulu accepter le frein d'une littérature étrangère, tous ses ouvrages sont pleins d'écarts et de contrastes ; mais , on ne saurait en disconvenir , on y trouve en même temps des beautés neuves et hardies qu'il ne doit qu'à son propre génie. Laure ou Mon amante, de Stenhammar, doit être considérée comme une élégie; et la plupart des poésies de Francèn en ont aussi le caractère.
L'épopée ne joue pas un grand rôle dans l'histoire
" ouvrages lyriques, et il y règne un parfait accord entre la musique et les paroles.
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littéraire de la Suède : on n'y trouve avant le dix-huitième siècle aucun poème digne de ce nom, ou qui même en eût les caractères. Depuis l'introduction du nouveau système de littérature, Brander, anobli depuis sous le nom de Skjôldebrand, et Olaûs Celsius, ont consacré chacun un poëme héroïque à la mémoire de Gustave Ier. ( la Gustaviade, et Gustave Posa); mais ces essais n'ont pas eu de succès durable : quoique inspirés par un sentiment d'enthousiasme et d'admiration patriotique, ces ouvrages manquent de chaleur et de vie.* Plus heureux dans un sujet non moins national , le Passage des Belts , Gyllenborg , quoiqu'il n'ait pas rempli toutes les conditions de l'épopée , a du moins enrichi la Suède de la seule dont elle soit en droit de se glorifier. L'auteur a cherché à cacher la simplicité, la nudité du sujet, sous le nombre et l'éclat des épisodes; mais il les a entassés avec trop peu de discrétion , et le choix et l'invention n'en sont pas toujours également heureux. Mais le sujet fondamental est intéressant, la conception générale hardie et grandiose, le principal caractère tracé d'une main sûre et brillante; et les descriptions, les discours, les ornemens de détail, riches, variés, assortis à la nature du poëme, à la grandeur du héros, et aux fictions dont la vérité historique est embellie, donnent à ce vaste tableau un prix que n'altèrent pas les imperfections qu'on peut lui reprocher.
L'histoire des Suédois ne leur rappelant aucun souvenir chevaleresque , ils n'ont pas cultivé ce que les Allemands nomment X épopée romantique : seulement Àdlerbeth a essayé d'imiter V épisode d'Àrmide du Tasse, et Ta dénaturé en voulant y mettre du sien.
L'épopée badine a produit un ouvrage remarquable.
SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE. ixiiij Rudbeck , poëte qui avait reçu de la nature un talent comique singulier , a chanté avec beaucoup de bonheur et d'originalité , dans un poème en quatre chants intitulé Boresiadey la lutte héroïque des bourgeois de la petite ville de Bores , sous le commandement de leur bourgmestre Edbom , contre les tiOupes d'un chef audacieux de rebelles nommé Hofmann. Un autre poëme du même auteur, Néri> a pour sujet les faits et gestes d'un avare de ce nom. L'invention en est médiocre , mais l'exécution et quelques traits décèlent la main d'un maître : sa mort prématurée a été une grande perte pour la littérature suédoise.
Elle n'offre de trace de poésie burlesque que dans le travestissement du premier livre de Y Enéide y par Stenhammar.
On sait que dès le seizième siècle il fut fait quelques tentatives en Suède pour y introduire l'art dramatique. Il eût été extraordinaire que l'attention des érudits ne se fût pas portée sur cette branche si brillante de la littérature ancienne à l'époque où l'étude de cette littérature était devenue le grand objet de leurs travaux , et qu'ils n'eussent pas essayé d'en enrichir leur pays. L'exemple de l'Italie et de la France devait les encourager dans ce projet , et l'Espagne et l'Angleterre avaient , à la même époque , ouvert une autre carrière théâtrale qui pouvait aussi exciter quelque émulation jusque dans le Nord , si toutefois elle y était connue. Quoi qu'il en soit, les pièces suédoises, composées au temps dont il s'agit , n'ont pas été recueillies , et on a perdu jusqu'à la mémoire de leur nature et de leurs sujets. Les plus anciennes parmi celles qui existent encore sont dues à Messénius, professeur en droit à l'uni-
Théâtre Suédois. C
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versité d'Upsal, au commencement du dix-septième siècle. Il en a composé plus de cinquante , toutes sur des sujets d'histoire nationale , et il avait eu l'intention d'accommoder à la scène cette histoire tout entière. Les étudians représentaient ses ouvrages. On n'en a imprimé qu* quatre; deux portent le titre de comédies : Svanhvita et Disa; et deux, celui de tragédies : Blanka mareta et Signill; mais le nom de tragicomédies leur conviendrait beaucoup mieux. Si le nombre des éditions d'un livre était la mesure de son mérite, les drames de Messénius devraient être regardés comme des chefs-d'œuvre; mais il n'est que trop certain qu'ils attestent tous l'enfance de l'art , sans aucune lueur de talent et encore moins de génie. On s'empressa néanmoins d'imiter cet exemple : tous les établissemens d'instruction publique eurent désormais leur théâtre, sans que pour cela ni la représentation , ni la composition dramatique, fissent le moindre progrès.
Les plaisirs de la scène, long-temps encore renfermés dans l'enceinte des collèges , ne pénétrèrent qu'à peine , même à la cour de la reine Christine ; ils n'y consistaient guère qu'en ballets mêlés de chants , presque toujours en français*
La ville de Stockholm n'eut un théâtre qu'en 1740, et il ne fut alimenté, que par la traduction de tragédies étrangères dont l'approvisionnait un comédien, jusqu'au moment où Dalin y fit représenter la Brunchilde , qui obtint un succès éclatant , quoique la critique puisse y relever de grands défauts , et dans la disposition du plan , et dans la peinture des caractères , et dans l'expression des sentiment Mais la nouveauté, quelques situations intéressantes et l'éclat du style, expliquent
SUR Là LITTÉRATURE SUÉDOISE. kxt l'enthousiasme qu'excita partout cet ouvrage. Ses autres tragédies eurent moins de succès. Vers le même temps , VIngeborg de Celsius , et VHabor et Signild de Brander (Skjôklebrand) , n'en obtinrent aucun. Plus de gloire était réservée aux pièces tragiques de Gyllenborg, bien qu'il n'y ait pas montré un talent aussi éminent que dans la plupart de ses autres travaux poétiques. Sune Jarl et Birger Jarl ne sont pas sans doute des pièces auxquelles on puisse applaudir sans restriction ; mais la terreur et la pitié y régnent à un assez haut degré , les passions "les animent, et les caractères y conservent de la vérité jusque dans leur exagération. Le style en est d'ailleurs énergique et brillant , et le choix de sujets nationaux en augmente l'intérêt. Le mérite d'avoir retracé sur la scène quelque action ou quelque* personnages mémorables dans l'histoire de leurs pays est commun à presque tous les poètes dramatiques suédois, ltigiald le Cruel, d'Àdlerbeth, a de plus celui d'un style élevé et quelquefois assez éblouissant pour couvrir les défauts d'une action mal ourdie , et rendre supportable le spectacle révoltant d'une rage constamment forcenée. UOcUn de Léopold , estimé le chefd'œuvre de la tragédie suédoise , et sa Virginie doivent aussi et à bien meilleur droit encore la faveur dont elles jouissent dans l'opinion publique à la beauté de la versification.
Toutes ces pièces, ainsi que toutes les autres tragédies suédoises , sont, il est vrai, fondues dans le moule français; elles ont la forme régulière de nos compositions dramatiques , sont soumises aux lois de notre poétique, animées de notre esprit, et se contentent de peindre la réalité avec assez de noblesse, de gran~
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deur et d'élévation, pour que l'effet en soit imposant, et la vérité morale d'autant plus frappante. Quelle douleur ne cause pas aux écrivains allemands qui ne rêvent que l'idéal , cette fascination des Suédois? et avec quels re§rets ils déplorent qu'on n'ait encore traduit parmi eux aucune pièce anglaise , et de celles qu'on estime le plus en Allemagne , que deux ou trois de Schiller, et que les Complices de Goethe , librement imités par Radénius , avec assez de bonheur. Leur chagrin redouble en pensant que, grâces aux soins de Mûrberg, de madame Lengrèn, de Ristell, deLalin, de Rothmann et de quelques autres , les chefs-d'œuvre tragiques de la scène française ont tous été transplantés sur les théâtres de la Suède.
Gustave III , disent-ils , a corrompu le goût de la nation, non-seulement en encourageant ces travaux, mais en donnant dans les siens même l'exemple de préférer la nature embellie aux chimères de l'imagination , à cet idéal prétendu qui , selon eux , donne seul de la valeur et un grand caractère aux productions des arts ; théorie d'après laquelle son grand promoteur en Allemagne a sérieusement renversé les autels que l'admiration du monde littéraire avait élevés au génie de Molière, proclamé Legrand le premier des auteurs comiques français, et déclaré son Roi de Cocagne le chefd'œuvre de notre scène. Le roi de Suède , en empruntant pour ses compositions de théâtre les formes extérieures des nôtres, ne s'est pas astreint à une imitation tellement servile , qu'il y ait sacrifié toute espèce d'originalité. Son théâtre se compose essentiellement de drames intéressans, tous consacrés à des souvenirs historiques, conduits avec art, exempts de déclamations, et
SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE, xzxvij d'un style élégant, facile et naturel, et qui pour être loués n'avaient pas besoin de sortir d'une plume royale. La comédie suédoise manque en général de vigueur et de verve. Elle offre peu de caractères saillans, peu d'intrigues vives et amusantes, et on regrette de n'y pas trouver une peinture des mœurs plus vraie et pluà animée. L'observation y est superficielle , le «dessin faible et léger , et le coloris froid et pâle. Toujours écrite en prose, il en résulte trop souvent dans le style une négligence qui ravale le naturel jusqu'à la trivialité. Il en est cependant dont les auteurs annoncent du moins beaucoup d'esprit , et qui suppléent assez adroitement par ce moyen aux artifices de l'art et à la connaissance approfondie du cœur humain. Tel fut Dalin : marchant sur les traces du Norvégien Holberg , si fameux chez les nations septentrionales par sa comédie du Potier cfélain et par quelques autres pièces du même genre , Dalin donna à son Envieux plutôt le caractère de la satire que de la comédie; mais il y montra du moins à un très-haut degré le talent de peindre , sous des couleurs comiques, les travers qu'il voulait livrer à la risée publique. Hallmann a cherché à se rapprocher de la manière d'Aristophane dans Finkel, ou la distillerie souterraine d? eau-de-vie. C'est un tableau d'une nature basse , mais la touche en est hardie, et les figures frappent de vérité. Mulpus, le camérien de la maison mortuaire, petite pièce de Kexell , quoique au fond imitée du Café de J.-B. Rousseau, offre aussi quelques traits remarquables des mœurs suédoises. Dans une pièce intitulée X Amateur des cordons , Peykull s'est moqué avec succès, mais peut-être outre mesure, des associations secrètes. Enfin les comédies de Lindgren tiennent un
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rang distingué dans le répertoire habituel des théâtres suédois. Celles qui sont insérées dans ee volume donneront une idée de la nature du talent de leur auteur , et peut-être jugera-t-on qu'il participe trop aux défauts imputés ci-dessus en général aux poètes comiques de sa nation.
Gustave III aimait trop la magnificence et les arts pour ne pas regarder le pompeux spectacle de l'Opéra comme un ornement nécessaire de sa capitale et de sa cour. Non-seulement il en soutint la splendeur à grands frais , mais même il ne dédaigna pas de diriger les auteurs dans la composition des pièces. Il donna à Wellander le plan de Thétis et Pelée , dont la représentation excita le plus vif enthousiasme , et qui méritait son succès. Mais la gloire de cet ouvrage fut bientôt éclipsée par celle du Gustave Vasa , de XEbba Brahé , et de Y É née y de Kellgren. On admire surtout dans ces productions la mélodie d'un langage et d'une versification qui se marie, pour ainsi dire, d'elle-même à celle de la musique. La Médée de Lidner, d'un style plus élevé et plus hardi, mais moins harmonieux et moins doux, n'a jamais été représentée. %
Un grand nombre d'opéras italiens et français ont été traduits en langue suédoise ; et Adlerbeth s'est distingué dans ce genre de travail.
La langue suédoise n'a produit qu'un très-petit nombre d'opéras comiques qui lui soient propres. Les traductions des pièces étrangères de ce genre occupent à peu près seules les théâtres. Lindgren n'a pourtant pas dédaigné d'en composer d'originales.
Parmi les parodistes , on ne peut guère citer que Hallmann. Doué d'une vocation particulière pour ce triste et
SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE. xxxix facile métier, il a du moins obéi à un instinct véritable, et mis dans ses parodies de la gaieté, de l'esprit et de l'originalité. La part que le roi avait prise à la composition de l'opéra de Tkétis et Pelée n'a pas empêché cet ouvrage d'être travesti, et de subir à cet égard le même sort cpfjécis et Gcdatée , et que la tragédie de Birger Jarl. Mais la fortune de ces facéties n'a pas été de longue durée; un goût plus délicat et plus épuré les a bientôt repoussées ; et les ouvrages qui avaient été l'objet de ces ignobles et burlesques mascarades leur ont glorieusement survécu.
Que conclure de cet aperçu de la littérature suédoise ? Sans doute, elle n'a pas encore un caractère qui lui soit propre , et qui appelle sur elle les regards des autres nations; mais elle n'est pas entièrement indigne d'attention; et le tableau qui vient d'être tracé ne prouvet-il pas que , si la puissance du génie a manqué aux écrivains qui l'ont cultivée avec succès, un grand nombre d'entre eux possède à un assez haut degré la plupart des élémens secondaires propres à la vivifier; l'intelligence, l'esprit, l'imagination, des connaissances profondes et variées , et une ardeur infatigable pour ses progrès? Les germes qu'ils ont semés se développent lentement sous un ciel rigoureux, peu propice à leur prompte fécondation ; mais ils subsistent et se perpétuent sans dégénérer : il ne faut peut-être , pour en mûrir les fruits et leur donner une saveur égale à celle des productions les plus précieuses de climats plus heureux , qu'une de ces influences supérieures que la nature crée rarement dans les régions hyperboréennes, mais qu'elle a pourtant accordées à la Suède, même pour les sciences. Olaûs Rudbeck faisait de ce pays le
xl COUP D'OEIL SUR LA LITTÉRATURE SUÉDOISE, foyer primitif de toutes les lumières qui ont éclairé l'Europe : tout en espérant, dans cette supposition, que celle des arts pourra s'y rallumer et y briller un jour avec un nouvel éclat, il est permis de douter qu'elle redevienne jamais l'astre dominant du monde littéraire;
ODIN
OU