ACTE IV, SCENE VIL
POMPÉE
Je veux ne plus être trompé , je veux que Fou connaisse mieux la force des sermens, et qu'on m'épargne une injure. Si l'on ôte à Pompée des droits fondés .sur les promesses d'Âsmun , il saura faire valoir ceux de la victoire.
TH1LDA.
Quelle victoire! quels droits! je t'entends, barbare ! ton courage s'enorgueillit d'une trahison. Je vois ton dessein et mérite mon sort; mais ne crois pas qu'après ma faiblesse et mon crime mon cœur s'abaisse encore à l'éviter. J'accomplirai les promesses que je t'ai faites; prends la main que la victoire t'a donnée, mais elle sera teinte de mon sang, froide , inanimée, et telle que l'épouse d'Yngvé te l'a toujours destinée. ( Elle tire un poignard et le lève sur son cœur. ) L'heure est venue; Pompée, ma main me tiendra lieu de la tienne ; ordonne!
. POMPÉE, arrachant le poignard
Arrête, cruelle!... la voix de la nature, de l'humanité ne se fait-elle donc plus entendre dans ces terribles contrées? Si c'est du sang qu'il te faut, tourne contre mon cœur ce fer meurtrierqui arme ton bras; éteins dans la nuit de la mort cet amour qui fait mon tourment. Après avoir trahi un prince dont tu étais l'idole , après avoir donné des chaînes honteuses à ton roi humilié , après avoir rempli de remords les derniers jours de ton père, cruelle jusqu'à la fin , détruis l'instrument dont tu t'es servie, et ajoute encore une vengeance à celle que tu as déjà goûtée. Voilà donc cette fête d'hyménée qui devait
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couronner ma victoire! mais crains un amant dont tu as enfin prononcé l'arrêt. Si tu refuses de récompenser ce que j'ai fait pour toi , du moins épargnemoi ton mépris ; Pompée n'est pas né pour l'éprouver. S'il est assez faible pour compatir à tes souffrances, il ne l'est pas assez pour supporter tes injustices. Crains que cette fidélité qui te sert à déguiser ton antipathie ne devienne funeste pour toi, pour un rival... Qu'ai-je dit? ah! pardonne, pardonne un discours criminel et des menaces imprudentes. Non , cruelle ! ce cœur est moins endurci que le tien; un mot de Thilda dissipera cet orage. Si tu ne peux partager le feu qui me dévore , ah ! par pitié , trompe-moi encore.
THILDA.
Tout ce que je puis, Pompée, c'est de te plains dre; n'en demande pas davantage. Je t'ai dit mon choix et ma résolution. La force est ton droit : tu peux te venger d'un rival qui est dans tes fers; mais si ton âme est faite pour les sentimens généreux , si la gloire de ton nom t'est chère, si tu crains le jugement de la postérité, traite avec douceur un ennemi vaincu, dont les malheurs et les vertus réclament , ton humanité. Si ton cœur y est insensible, la terre entière s'élèvera contre toi et donnera du poids à mes larmes. L'infortune d'un héros touche tous les cœurs, et la vertu opprimée réunit tous les suffrages.Un jour peut-être, pour la consolation de la terre, le sang dont les Romains arrosent les trônes qu'ils renversent trouvera des vengeurs.