ACTE V, SCÈNE V. loi
jours. Je ne le vois que trop; l'amour d'un ennemi puissant pour ton amante désolée ne t'est point inconnu; mais si ton âme conserve encore un sentiment de justice , ne crois pas que le cœur de Thilda suive le don de sa main, ni qu'en te perdant elle puisse supporter une vie détestée. Ne crois pas (et que cette pensée répande la consolation dans ton âme), ne crois pas qu'un rival abuse de ma faiblesse tant que les dieux me feront entendre la voix de mes premiers devoirs, et me laisseront, avec le sentiment qui règne dans mon cœur, la force de mettre un terme à mon existence.
YNGVÉ.
Si tel est ton dessein, si tu as le courage de mourir, comment ne meurs-tu pas auparavant ? pourquoi ta main hésite-t-elle jusqu'à l'instant où tu auras consommé mon outrage ? jusqu'à ce que j'aie vu conduire mon amante en triomphe dans les bras du vainqueur? Thilda croit -elle que mes jours me soient ehers à ce prix ! que mon âme soit assez lâche, assez peu digne de moi-même pour désirer un moment la vie lorsqu'elle l'aura perdue, et que j'oublie les devoirs des héros , le courage et les mœurs de mes ancêtres, pour racheter de son sang une liberté sans honneur ! Non , Thilda ; rends plus de justice à mon nom , à mon amour. Meurs, s'il le faut , mais d'une mort plus glorieuse ; jure , si ta fidélité est sincère, si tes larmes sont pures, jure au nom des dieux sur ces chaînes que tu m'as données, sur cet autel oïl nous devions être unis , de ne point t'en approcher sans moi.
i02 ODIN,
THILDA, après un moment de silence.
Eh bien!.... je le sens;... c'est ton trépas que je vais jurer. Tu le veux.... Prends ma main; unissons nos destins. Je jure d'être à toi jusqu'à la mort, et de terminer moi-même mes tourmens, plutôt que d'être arrachée de tes bras pour devenir la proie de ton rival.
YNGVÊ.
Non, ne redoute pas ce destin, la crainte t'emporte trop loin. Si un rayon d'espoir ne trompe point mon courage, je pourrai encore défendre mes droits avec mon épée. Apprends ce qu'Odin a entrepris pour se venger. La moitié de notre armée, dispensée par le glaive du vainqueur, a cherché son salut dans Us montagnes : réunie après sa fuite par Sigurd et par mon père, elle s'avance vers ces lieux pour tenter de nouveau la fortune. Je connais le bras du Scythe ; lorsqu'il est guidé par la vengeance , lorsque c'est pour rompre les liens d'Yngvé qu'il s'est armé , c'est à Pompée de trembler.
THILDA.
Quel flatteur espoir vient faire trêve à ma douleur ! Écoutez, ô dieux ! les promesses que je vous fais.... Quelle voix se fait entendre; n'est-ce pas celle de Sigurd ?
YNGVÉ.
C'est celle de la vengeance.