Ibidem j t. II, p
Il INTRODUCTION.
fut ignorée du grand siècle; et ses tableaux ne sont pas gâtés par la borne de l'intelligence.
Ce qui caractérise Buffon comme écrivain, c'est qu'aucun écrivain n'a jamais eu une intelligence plus étendue.
C'est même par la force de la pensée qu'il est pour quelque chose (Chateaubriand dit un peu, je croîs, beaucoup] dans la belle langue que Rousseau et lui ont
parlée. Dans les langues, l'heureuse innovation ne tient
pas moins à la force de la pensée qu'à la force de la passion.
On me demande un choix des Œuvres littéraires de Buffon. Il faudrait les donner toutes. Tout est littéraire dans Buffon.
« On a détaché de son ouvrage, dit M. Villemain, « quelques descriptions brillantes qu'on admire à part. « C'est lui faire tort : le mérite même de ses Vies des « animaux, c'est l'ensemble, c'est la manière dont la « tradition, l'observation, la critique sont réunies et « mêlées. A l'élégance trop pompeuse de quelques « débuts vient se joindre la précision des détails et la « simple netteté du récit, et c'est là surtout qu'il est « excellent écrivain ^. » •
Ce qui, du reste, simplifie beaucoup ma tâche, c'est
1. Tableau de la liitéraiure au xviir siècle, t. II, p. %tl (édi~ ion de 1840).
INTRODUCTION. m
que choisir les meilleurs écrits littéraires de Buffon, c'est choisir ses meilleurs écrits scientifiques. 11 n'est jamais plus parfait écrivain que lorsque, comme savant, il est plus exact et plus vrai.
Dans VEdition complète de ses œuvreSj je me suis attaché partout à marquer, du mieux que j'ai pu, ses erreurs et ses vues profondes. Je ne refais pas ici ce travail. Je relève à peine quelques erreurs. Je détourne, aussi peu que possible, le lecteur de son admiration.
A un siècle de distance, et surtout quand, après Buffon, on a eu Cuvier, il est facile de démêler ce qui fut erreur du temps, passée avec le temps, de ce qui est beauté réelle et qui ne passera point.
Cuvier excellait par le jugement ; c'est par là qu'il fut supérieur, dans la science, à tous ses contemporains. Il avait en outre un savoir immense^ par oii il a été le plus grand critique qu'ait eu l'histoire naturelle. Buffon avait plus d'imagination que de jugement; les systèmes de Buffon faisaient sourire Cuvier. Buffon n'était d'ailleurs naturaliste que par occasion, parce qu'on l'avait nommé Intendant du Jardin des Plantes. Cuvier était essentiellement naturaliste; il l'était d'instinct; ses premières études furent l'histoire naturelle, et cette curiosité passionnée de connaître l'organisation des êtres l'a occupé toute sa vie.
L'étude de la nature ne fut, dans Buffon, que la seconde passion. Sa première passion fut d'atteindre aux beautés du style, ce beau supérieur à tous les autres