‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 41 sur 81 · Voyoz les Voyages de Pietro délia Valle^ 1. 1, p · texte numérisé non relu

Voyoz les Voyages de Pietro délia Valle^ 1. 1, p

montant, plus les habitants sont basanés, jusque-là que ceux qui sont aux confins de la Nubie sont «presque aussi noirs que les Nubiens mêmes. Les défauts les plus naturels aux Égyptiens sont Foisiveté et la poltronnerie; ils ne font presque autre chose tout le jour que boire du café , fumer, dormir ou demeurer oisifs en une place, ou causer dans les rues; ils sont fort ignorants, et cependant pleins d'une vanité ridicule. Les Coptes eux-mêmes ne sont pas exempts de ces vices, et quoiqu'ils ne puissent pas nier qu'ils n'aient perdu leur noblesse, les sciences, l'exercice des armes, leur propre histoire et leur langue même, et que d'une nation illustre et vaillante ils ne soient devenus un peuple vil et esclave, leur orgueil va néanmoins jusqu'à mépriser les autres nations et à s'offenser lorsqu'on ]gi\T propose de faire voyager leurs enfants en Europe pour y être élevés dans les sciences et dans les arts *.

Les nations nombreuses qui habitent les côtes de la Méditerranée depuis l'Egypte jusqu'à l'Océan, et toute la profondeur des terres de Barbarie jusqu'au mont Atlas et au delà, sont des peuples de différente origine : les naturels du pays, les Arabes, les Vandales, les Espagnols, et plus anciennement les Romains et les Égyptiens , ont peujdé cette contrée d'hommes assez différents entre eux : par exemple, les habitants des montagnes d'Auress ont un air et une physionomie différente de celle de leurs voisins: leur teint, loin d'être basané, est au contraire blanc et vermeil, et leurs cheveux sont d'un jaune foncé, au lieu que les cheveux de tous les autres sont noirs , ce qui, selon M. Shaw, peut faire croire que ces hommes blonds descendent des Vandales, qui, après avoir été

1. Voyez les Voyages du sieur Lucas, t. HI, p. 194; et la Belation rf'wn wyage fait en Egypte, par le père Vansleb, p. -42.

chassés, trouvèrent moyen de se rétablir dans quelques endroits de ces montagnes*. Les femmes du royaume de Tripoli ne ressemblent point aux Égyptiennes, dont elles sont voisines : elles sont grandes, et elles font même consister la beauté à avoir la taille excessivement longue: elles se font, comme les femmes arabes, des piqûres sur le visage, principalement aux joues et au menton; elles estiment beaucoup les cheveux roux , comme en Turquie , U elles font même peindre en vermillon les cheveux de leurs enfants*.

En général , les femmes maures affectent toutes de porter les cheveux longs jusque sur les talons : celles qui n*ont pas beaucoup de cheveux ou qui ne les ont pas si longs que les autres en portent de postiches, et toutes les tressent avec des rubans; elles se teignent le poil d9» paupières avec de la poudre de mine de plomb ; elles trouvent que la couleur sombre que cela donne aux yeux est une- beauté singulière. Cette coutume est fort ancienne et assez générale, puisque les femmes grecques et romaines se brunissaient les yeux comme les femmes de rOrient. ( Voyage de M. SkaWy t. 1 , p. 382.)

La plupart des femmes maures passeraient pour belles, même en ce pays-ci ; leurs enfants ont le plus beauteint du monde et le corps fort blanc ; il est vrai que les garçons qui sont exposés au soleil brunissent bientôt, mais les filles qui se tiennent à la maison conseiTent leur beauté jusqu'à Tâge de trente ans qu elles cessent communément d'avoir des enfants; en récompense elles en ont souvent à onze ans , et se trouvent quelquefois grand'mères à vingtdeux ; et comme elles vivent aussi longtemps que les

1. Voyez les Voyages de M, Shaw, La Haye, 1743, 1. 1, p. 168.

2, Voyez VÉtat des royaumes de Barbarie. La Haye, 1704.

femmes européennes, elles voient ordinairement plusieurs générations. [Idan^ t. I, p. 395.)

Od peut remarquer, en lisant la description de ces différents peuples dans Marmol, que les habitants des montagnes de la Barbarie sont blancs, au lieu que les habitants des côtes de la mer et des plaines sont basanés et très -bruns. Il dit expressément que les habitants de Capez, ville du royaume de Tunis sur la Méditerranée, sont de pauvres gens fort noirs * ; que ceux qui habitent le long de la rivière de Dara dans la province d'Escure, au royaume de Maroc, sont fort basanés *; qu'au contraire les habitants de Zarhou et des montagnes de Fez du côté du mont Atlas, sont fort blancs, et il ajoute que ces derniers sont si peu sensibles au froid, qu'au milieu des neiges et des glaces de ces montagnes ils s'habillent très-légèrement et vont tête nue toute Tannée*; et à l'égard des habitants de la Numidie, il dit qu'ils sont plutôt basanés que noirs , que les femmes y sont même assez blanches et ont beaucoup d'embonpoint, quoique les hommes soient maigres*, mais que les habitants du Guaden dans le fond de la Numidie, sur les frontières du Sénégal, sont plutôt noirs que basanés ", au lieu que dans la province de Dara les femmes sont belles, fraîches, et que partout il y a une grande quantité d'esclaves nègres de l'un et de l'autre sexe*.

Tous les peuples qui habitent entre le 20*^ et le 30* ou le 35« degré de latitude nord dans l'ancien continent,

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