‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 47 sur 81 · Idem, ibid., p. 279 et · texte numérisé non relu

Idem, ibid., p. 279 et

3. Voyez la Relation curieuse de Moscovie. Paris, 1698, p. 181.

prouve-t-il pas que la barbarie commençait à finir, et que leur souverain n'a pas eu autant de peine à les policer que quelques auteurs ont voulu l'insinuer? Ce peuple ^ aujourd'hui civilisé , commerçant , curieu^ des arts et ues sciences, aimant les spectacles et les nouveautés ingénieuses. Il ne suiTit pas d'un grand homme pour faire ces changements, il faut encore que ce grand homme naisse à propos.

Quelques auteurs ont dit que l'air de Moscovie est si bon qu'il n'y a jamais eu de peste; cependant les annales du pays rapportent qu'en 1&21 , et pendant les six années suivantes, la Moscovie fut tellement affligée de maladies contagieuses que la constitution des habitants et de leurs descendants en fut altérée, peu d'hommes depuis ce-temps arrivant à l'âge de cent ans, au lieu qu'auparavant il y en avait beaucoup qui allaient au delà de ce terme ^ .

Les Ingriens et les Caréliens qui habitent les provinces septentrionales de la Moscovie, et qui sont les naturels du pays des environs de Pétersbourg , sont des hommes vigoureux et d'une constitution robuste; ils ont pour la plupart les cheveux blancs ou blonds ' ; ils ressemblent assez aux Finnois, et ils parlent la même langue, qui n'a aucun rapport avec toutes les autres langues du Nord.

En réfléchissant sur la description historique que nous venons de faire de tous les peuples de l'BSirope et de TAsie, il paraît que la couleur dépend beaucoup du climat, sans cependant qu'on puisse dire qu'elle en dépende entièrement ; il y a en effet plusieurs causes qui doivent influer

1. Voyez le Voyage d*un ambassadeur de Vempereur Léopold au czar Michaelowits. Leydc, 1688, p. 220.

2. Voyez les Nouveaux mémoires sur Vétat de la grande Russie, Pam, 1725, t, n,p. 64.

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sur la couleur et même sur la forme du corps et des traits des différents peuples : Tune des principales est la nourriture , et nous examinerons dans la suite les changements qu elle peut ocamsionner. Une autre qui ne laisse pas de produire son effet, sont les mœurs ou la manière de vivre; un peuple policé qui vit dans une certaine aisance, qui est accoutumé à une vie réglée , douce et tranquille , qui par les soins d'un bon gouvernement est à l'abri d'une certaine misère et ne peut manquer des choses de première nécessité , sera par cette seule raison composé d'hommes plus forts, plus beaux et mieu>^ faits qu'une nation sauvage et iridépendante , où chaque individu , ne tirant aucun secoui-s de la société , est obligé de pourvoir à sa subsistance , de souffrir alternativement la faim ou les excès d'une nourriture souvent mauvaise , de s'épuiser de travaux ou de lassitude, d'éprouver les rigueurs du climat sans pouvoir s'en garantir, d'agir en un mot plus souvent comme animal que comme homme. En supposant ces deux différents peuples sous un même climat, on peut croire que les hommes de la nation sauvage seraient plus basanés, plus laids, plus petits, plus ridés que ceux de la nation policée. S'ils <'iv aient quelque avantage sur ceux-ci , ce serait par la force du plutôt par la dureté de leur corps; il pourrait se faire aussi qu'il y eût dans cette nation sauvage beaucoup moins de bossus, de boiteux, de sourds, de louches, etc. Ces hommes défectueux vivent et même se multiplient dans une nation policée où l'on se supporte les uns les autres, où le fort ne peut rien contre le faible, où les qualités du corps font beaucoup moins que celles de l'esprit ; mais dans un peuple sauvage , comme chaque individu ne subsiste , ne vit , i^e se défend que par ses qualités corporelles, son adresse et sa force, ceux qui sont malheiireu-

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sèment nés faibles, défectueux, ou qui deviennent incommodés, cessent bientôt de faire partie de la nation.

J'admettrais donc trois causes qui toutes trois concourent à produire les variétés que nous remarquons dans les différents peuples de la terre. La première est l'influence du climat ; la seconde , qui tient beaucoup à la première , est la nourriture ; et la troisième , qui tient peut-être encore plus à la première et à la seconde , sont les mœurs ; mais avant que d'exposer les raisons sur lesquelles nous croyons devoir fonder cette opinion , il est nécessaire de donner la description des peuples de l'Afrique et de l'Amérique, comme nous avons donné cel]e des autres peuples de la terre.

Nous avons déjà parlé des nations de toute la partie septentrionale de l'Afrique, depuis la mer Méditerranée jusqu'au tropique; tous ceux qui sont au delà du tropiqpie depuis la mer Rouge jusqu'à l'Océan^ sur une largeur d'environ cent ou cent cinquante lieues, sont encore des espèces de Maures, mais si basanés qu'ils paraissent presque tout noirs; les hommes surtout sont extrêmement bruns: les femmes sont un peu plus blanches, bien faites et assez belles ; il y a parmi ces Maures une grande quantité de mulâtres qui sont encore plus noirs qu'eux , parce qu'ils ont pour mères des négresses que les Maures achètent, et desquelles ils ne laissent pas d'avoir beaucoup d'enfants*. Au delà de cette étendue de terrain, sous le 17* ou 18* degré de la latitude nord et au même parallèle, on trouve les nègres du Sénégal et ceux de la Nubie , les uns sur la mer Océane et les autres sur la mer Rouge ; et ensuite tous les autres peuples de l'Afrique qui habitent

i. Voyez V Afrique de Marmol, t. HT, p. 29 et 33.

depuis ce 18® degré de latitude nord jusqu'au 18* degré latitude sud, sont noirs, à l'exception des Éthiopiens ou Abyssins : il paraît donc que la portion du globe qui est départie par la nature à cette race d'hommes, est une étendue de terrain parallèle à l'équateur, d'environ neuf cents lieues de largeur sur une longueur bien plus grande, surtout au nord de l'équateur; et au delà des 18 ou 20 degrés de latitude sud les hommes ne sont plus des nègres , comme nous le dirons en parlant des Gafres et des Hottentots.

On a été longtemps dans Terreur au sujet de la couleur et d^ traits du visage des Éthiopiens, parce qu'on les a confondus avti: les Nubiens leurs voisins , qui sont cependant d'une race différente. Marmol dit que les Éthiopiens sont absolument noirs : qu'ils ont le visage large et le nez plat * ; les voyageurs hollandais disent la même chose * , cependant la Vériié est qu'ils sont différents des Nubiens par la couleur et par les traits : la couleur naturelle des Éthiopiens est brune ou olivâtre, comme celle des Arabes méridionaux , desquels ils ont probablement tiré leur origine. Ils ont la taille haute, les traits du visage bien marqués, les yeux beaux et bien fendus, le nez bien fait, les lèvres petites et les dents blanches; au lieu que les habitants de la Nubie ont* le nez écrasé, les lèvres grosses et épaisses, et le visagej^ fort noir'. Ces Nubiens, aussi bien que les Barberins leurs voisins du côté de l'occident, sont des espèces de nègres , assez semblables à ceux du Sénégal.

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