‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 49 sur 81 · Voyez les iMtres édifiantes. Recueil IV , p · texte numérisé non relu

Voyez les iMtres édifiantes. Recueil IV , p

iHt CHEFS-D'OEUVRE LITTÉRAIRES

de r amiral Drack, un fait qui, quoique très- extraordinaire, ne me paraît pas incroyable : il y a, dit ce voyageur, sur les frontières des déserts de l'Ethiopie, un peuple qu'on a appelé Acridophages , ou mangeurs de sauterelles; ils sont noirs, maigres, très-légers à la course et plus petits que les autres. Au printemps , certains vents chauds qui viennent de l'occident leur amènent un nombre infini de sauterelles; comme ils n'ont ni bétail ni poisson, ils sont réduits à vivre de ces sauterelles qu'ils ramassent en grande quantité ; ils les saupoudrent de sel, et ils les gardent pour se nourrir pendant toute l'année; cette mauvaise nourriture produit deux effets singulière : le premier est qu'ils vivent à peine jusqu'à l'âge de quarante ans, et le second c'est que, lorsqu'ils approchent de cet âge, il s'engendre dans leur chair des insectes ailés qui d'abord leur causent une démangeaison vive, et se multiplient en si grand nombre, qu'en très -peu de temps toute leur chair en fourmille; ils commencent par leur manger le ventre, ensuite la poitrine, et les rongent jusqu'aux os; en sorte que tous ces hommes, qui ne se nourrissent que d'insectes, sont à leur tour mangés par des insectes. Si ce fait était bien avéré, il fournirait matière à d'amples réflexions.

Il y a de vastes déserts de sable en Ethiopie , et dans cette grande pointe de terre qui s'étend jusqu'au cap Gardafu. Ce pays, qu'on peut çegarder comme la partie orientale de l'Ethiopie, est presque entièrement inhabité; au midi l'Ethiopie est bornée par les Bédouins et par quelques autres peuples qui suivent la loi mahométane, ce qui prouve encore que les Éthiopiens sont originaires d'Arabie:

ils n'en sont en effet séparés que par le détroit de Babel-Mandel; il est donc assez probable que les Arabes auront autrefois envahi l'Ethiopie, et qu'ils en auront

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chassé les naturels du pays qui auront été forcés de se retirer vers le nord dans la Nubie. Ces Arabes se sont môme étendus le long de la côte de iVIélinde, car les habitants de cette côte ne sont que basanés et ils sont mahométans de religion ^ Ils ne sont pas non plus tout à fait noirs dans le Zanguebar; la plupart parlent arabe et sont vêtus de toile de coton. Ce pays d'ailleurs, quoique dans la zone torride, n'est pas excessivement chaud; cependant les naturels ont les cheveux noirs et crépus comme les nègres *; on trouve même sur toute cette côte , aussi bien qu'à Mozambique et à Madagascar , quelques hommes blancs , qui sont, à ce qu'on prétend, Chinois d'origine, et qui s'y sont habitués dans le temps que les Chinois voyageaient dans toutes les mers de l'Orient, comme les Européens y voyagent aujourd'hui : quoi qu'il en soit de cette opinion qui me paraît hasardée , il est certain que les naturels de cette côte orientale de l'Afrique sont noirs d'origine, et que les hommes basanés ou blancs qu'on y trouve viennent d'ailleurs. Mais pour se former une idée juste des différences qui se trouvent entre ces peuples noirs, il est nécessaire de les examiner plus particulièrement.

11 paraît d'aboid , en rassemblant les témoignages des voyageurs, qu'il y a autant de variétés dans la race des noirs que dans celle des blancs; les noirs ont, comme les blancs, leurs Tartares et leurs Circassiens; ceux de Guinée sont extrêmement laids, et ont une odeur insupportable; ceux de Sofala et de Mozambique sont beaux et n'ont aucune mauvaise odeur. Il est donc nécessaire de diviser les noirs en différentes races, et il me semble qu'on peut les

i. Vide Indi» Orientalis partem priniam, per Phiiipp. PigafeUam, Francofurtî, i5î»8, p. 56.

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