VI INTRODUCTION
grands travaux de Buffon : sa distinction des animaux des deux continents ; puis reviennent encore quelques histoires d'animaux célèbres , quadrupèdes ou oiseaux ; le lion, le tigre, l'éléphant, le castor, etc., le perroquet, le kamichi, le cygne, le paon, le rossignol, l'oiseaumouche, la fauvette, etc.
Ces dernières histoires : celles du paon, du rossignol, de l'oiseau-mouche, de la fauvette, etc., sont de Gueneau de Montbelliard ou de Bexon. Gueneau de Montbelliard et Bexon se sont si fort assimilés à Buflbn qu'on ne pourrait les en détacher qu'avec violence : par leur similitude, et surtout par leur dissemblance, ils le font mieux connaître.
Au milieu de ses deux imitateurs, j'ai presque dit : de ses deux simulacres (Buffon appelle lui-même Malebranche : le simulacre dé Platon^), Buffon se reconnaît toujours à son grand caractère : la force de la pensée. Quelle profondeur dans ce simple mot sur Vintelligence et sur V esprit! « L'éléphant est, si nous vou- « Ions ne pas nous compter, Têtre le plus considérable « de ce monde : il surpasse tous les animaux domes- « tiques en grandeur, et il approche de l'homme par « l'intelligence, autant au moins que la matière peut « approcher de l'esprit. »
Et, dans l'histoire du perroquet, que de bon sens et, par suite, quelle analyse sûre et nette ! « Il ne peut
4. a Platon Yeûi regardé eomme son simulacre en philosophie... » (Exposition des systèmes sur la génération.)
INTRODUCTION. vu
« y avoir de langue, soit de paroles, soit par signes, « que dans l'espèce humaine..., et l'on ne doit pas a attribuer à la structure particulière de nos organes « la formation de notre parole, dès que le perroquet « peut ia prononcer comme l'homme; mais jaser n'est « pas parler ; et les paroles ne font langue que quand « elles expriment l'intelligence et qu'elles peuvent la « communiquer. Or, ces oiseaux, auxquels rien ne a manque pour la facilité de la parole, manquent de « cette expression de l'intelligence, qui seule fait la a haute faculté du langage. »
Quand Buffon avait réussi à démêler ainsi, par l'heureux choix des mots, quelque grave complication d'idées, il éprouvait une vive satisfaction; et cette satisfaction, il l'exprimait avec la plus grande naïveté.
11 écrit à l'abbé Bexon : « Vous ne me marquez « pas si le préambule des perroquets vous a fait plai- « sir : il me semble que la métaphysique de la parole t( y est assez bien jasée. »
Dans un livre que je viens de publier sous ce titre : Des Manuscrits de Buffon, j'ai fait voir avec quel soin il travaillait son style, et même celui de ses imitateurs.
Dans l'histoire de l'oie, par exemple, Bexon avait écrit : « L'oie est parmi le peuple de la basse - cour un « habitant de distinction; sa grande taille, son port « droit, sa démarche grave, sa plume nette et lustrée, (c et plus encore son humeur sociale , son instinct cou-