‹ Chefs-d'œuvre littéraires de BuffonChapitre 7 sur 81 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

« de leur industrie et de la plupart de leurs facultés. »

Dans V Histoire de r oiseau-mouche^ dont le fond tout entier est de l'abbé Bexon , gloire qui doit rester à ce jeune auteur, Bexon dit :

« Dans le genre volatile , c'est au dernier degré de « l'échelle de grandeur que la nature a placé son chef- « d'oeuvre. Le plus petit des oiseaux en est encore le « plus merveilleux; il réunit tous les dons partagés aux « habitants de l'air : légèreté, rapidité, prestesse, « grâce, beauté, brillante parure des plus riches coutt leurs, tout appartient au charmant oiseau-mouche. « L'émeraude, le rubis, la topaze, éclatent sur son « plumage : dans sa vie tout aérienne, on le voit à « peine toucher quelques instants à la terre ; il vole de « fleurs en fleurs ; il a leur fraîcheur, comme il a leur « éclat; il vit de leur nectar; on a dit qu'il mourait avec « elles; plus heureux, il habite des climats où elles ne « fleurissent que pour renaître, et parent tour à tour le « cercle entier de l'année. »

Buffon a supprimé quelques traits un peu lourds, comme le début : « Dans le genre volatile;... » comme : « brillante parure des plus riches couleurs ; » et quelques autres qui lui ont paru sans doute un peu recherchés, comme : « On a dit qu'il mourait avec elles; » il a rendu le tout plus élégant, plus animé, plus vif; il a corrigé l'imagination par le goût.

Voyons le tableau conduit à sa perfection.

« De tous les êtres animés, voici le plus élégant

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(( pour la forme et le plus brillant pour les couleurs. « Les pierres et les métaux, polis par notre art, ne « sont pas comparables à ce bijou de la nature; elle « Ta placé dans l'ordre des oiseaux au dernier degré de a l'échelle de grandeur, maxime miranda in minimis; « son chef-d'œuvre est le petit oiseau -mouche; elle l'a « comblé de tous les dons qu'elle n'a fait que partager « aux autres oiseaux: légèreté, rapidité, prestesse, « grâce et riche parure , tout appartient à ce petit « favori. L'émeraude, le rubis, la topaze brillent sur « ses habits; il ne les souille jamais de la poussière de a la terre; et, dans sa vie tout aérienne, on le voit à « peine toucher le gazon par instants ; il est toujours en « Tair, volant de fleurs en fleurs; il a leur fraîcheur a comme il a leur éclat; il vit de leur nectar et n'habite «c que les climats où sans cesse elles se renouvellent. »

Quoi de plus gracieux et de plus frais que ce tableau du réveil du printemps et du retour des oiseaux dans nos climats ? Chacun le connaît.

« Le retour des oiseaux au printemps est le premier (c signal et la douce annonce du réveil de la nature a vivante; et les feuillages renaissants et les bocages a revêtus de leur nouvelle parure sembleraient moins « frais et moins touchants sans les nouveaux hôtes qui a viennent les animer et y chanter l'amour.

« De ces hôtes des bois , les fauvettes sont les plus a nombreuses, comme les plus aimables : vives, agiles a et. sans cesse remuées , tous leurs mouvements ont

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u l'air du sentiment , tous leurs accents le ton de la joie , « et tous leurs jeux l'intérêt de l'amour. »

Je trouve les traits primitifs, et, si je puis ainsi dire, natifs^ de ce charmant tableau dans un brouillon de l'abbé Bexon , un de ces brouillons qui , par leur négligence, leur confusion, leurs ratures , portent la marque évidente de premier jet , d'essai , de première ébauche , d'originalité certaine,

Je reproduis le brouillon de Bexon, et je marque quelques-uns des mots corrigés ou changés par Buffon.

« Le retour des oiseaux au printemps est une des « circonstances les plus intéressantes de ce moment du « réveil de la nature. Les feuillages renaissants , les « bocages couverts de nouvelle verdure, sembleraient « moins frais et moins doux, sans les nouveaux hôtes « qui viennent les animer et y chanter l'amour.

« De ces hôtes des bois , les fauvettes sont les plus « nombreuses comme les plus aimables : vives , agiles , « légères et sans cesse agitées, tous leurs mouvements « ont l'air de la sensibilité, tous leurs accents le ton de « la joie, tous leurs jeux l'intérêt de l'amour. »

Je viens à celui de ses ouvrages qu'il a le plus médité pour le fond et le plus travaillé pour la forme : les Epoques de la nature. M. Cuvier nous dit qu'il fut obligé de le faire recopier jusqu'à onze fois; Hérault de Séchelles dit jusqu'à dix-huit. Mais ici , ce n'était pas seulement du style qu'il s'agissait, c'était surtout des idées.

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BufTon avait publié, trente ans auparavant, sa Théorie de la terre, et son Système sur la formation des planètes; mais ni dans l'un ni dans l'autre de ses deux écrits , il n'avait marqué des époques : c'est pourtant là qu'il voulait en venir.

« Comme, nous dit -il dans son beau langage, « comme dans l'histoire civile, on consulte les titres, « on recherche les médailles, on déchiffre les inscrip- « tions antiques pour déterminer les époques des révo- « lutions humaines et constater les dates des événea ments moraux; de même, dans l'histoire naturelle, il a faut fouiller les archives du monde, tirer des entrailles « de la terre les vieux monuments, recueillir leurs dé- « bris, et rassembler en un corps de preuves tous les « indices des changements physiques qui peuvent nous « faire remonter aux différents âges de la nature. C'est a le seul moyen de fixer quelques points dans l'immen- K site de l'espace, et de placer un certain nombre de ce pierres numéraires sur la route éternelle du temps i »

Tel était le problème : il fallait fixer quelques points ; il fallait placer quelques pierres numéraires; il fallait, comme le dit encore Buffon, il fallait poser quelques fanaux sur la route jusqu'alors si obscure de l'histoire du globe*

C'est à quoi Buffon s'applique. Il part de l'hypothèse, si grandement conçue par Leibnitz, de notre globe primitivement fondu par le feu : la première époque du globe sera donc celle de sa fusion; la seconde.

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