XIV INTRODUCTION
celle de sa consolidation; la troisième, celle de la chute des eauxy reléguées jusque-là dans l'atmosphère par la chaleur du sol; la quatrième, celle de Y action des volcans; la cinquième, celle des terres du nord, habitées par les animaux du midi; la sixième, celle de la séparation des deux continents; et la septième, celle de Yhommey apparaissant enfin sur le globe et venant seconder par sa puissance, c'est-à-dire par son intelligence, la puissance de la nature.
Voilà les sept époques de Buffon, telles que nous les présente son livre.
Le fond de ce livre, c'est la chronologie du globe.
Ce qui fait le grand côté du tableau tracé par Buffon, c'est l'art admirable avec lequel il nous représente ce globe, « depuis !e sommet de l'échelle du temps « (pour parler comme lui), jusqu'à des temps assez a voisins du nôtre » : passant du chaos à la lumière, de l'incandescence au refroidissement, du refroidissement à l'établissement de la mer universelle, à la production des premiers coquillages et des premiers végétaux, à la construction de la surface de la terre par lits horizontaux, à la retraite des eaux, au feu des volcans, à ce temps où la nature, a dans son premier moment « de repos , a donné ses productions les plus nobles, » c'est-à-dire les grands animaux terrestres, les grands animaux du midi habitant les terres du nord, et l'homme lui-même que Buffon définit si bien : a Le témoin « intelligent et l'admirateur paisible du grand spec-
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a tacle de la nature et des merveilles de la création. » Les Epoques de la nature sont, de Buffon, l'ouvrage le plus considérable et le plus fortement conçu. Les hypothèses y sont judicieuses, les faits enchaînés, les raisonnements suivis, les déductions naturelles. On y reconnaît le grand cachet d'un esprit conséquent. On est étonné de l'audace, mais on admire la grandeur. On voudrait à l'édifice entier une base moins fragile que quelques expériences dont l'auteur est loin d'avoir soupçonné l'extrême complication; mais on est frappé, mais on est ravi de l'aspect imposant que cet édifice nous offre. J'applique à Buffon ce que d'Alembert dit de Descartes, que, s'il s'était trompé sur les lois du mouvement, il avait du moins deviné le premier qu'il devait y en avoir. Si Buffon s'est trompé sur la durée des âges du globe , s'il n'a pu indiquer qu'en gros , et de loin, leurs vrais caractères, du moins a-t-il deviné le premier qu'il devait y avoir des âges.
Les révolutions de Cuvier ne sont que les âges de Buffon, sous une autre forme et sous la plume d'un génie différent; et tout ce que font d'efforts tous nos géologues actuels , tout ce qu'en feront jamais les géologues futurs, pour le classement, de mieux en mieux démêlé, de leurs formations, de leurs couches, de leurs terrains, ne sera jamais qu'un remaniement incessant, et sans cesse perfectionné, des Epoques de la nature. Ce thème sera toujours refait et ne sera jamais fini.
Voici comment Buffon a jugé lui-même son œuvre.